dimanche 23 janvier 2022

"Même si je n'ai pas le droit de le dire"

 


"Nous sommes à la fin d'une période interglaciaire. C'est mathématique, la glaciation va revenir."

    Qui dit cela ? François Djindjian, archéologue et préhistorien français, spécialiste du Paléolithique supérieur et des méthodes et théorie de l’archéologie. Ce n'est pas n'importe qui. Il a participé à l’introduction des mathématiques et de l’informatique en archéologie, notamment l’usage de l’analyse des données multidimensionnelles. Il a également développé, sous le nom d’archéologie des processus, une épistémologique globale qui, intégrant des techniques de structuration et d’apprentissage, permet de reconstituer les principaux processus qui définissent le fonctionnement systémique des sociétés du passé.

    Ce n'est pas n'importe qui, nous sommes d'accord ? Oui ? Merci.

    Je vous conseille de regarder et surtout d'écouter attentivement cette conférence donnée le 3 juin 2018, à l'occasion du Cycle "L'espèce humaine face au changement climatique", organisé par le Muséum d'Histoire Naturelle. Vous allez y apprendre l'histoire conjointe du climat et de l'humanité au cours des 100.000 dernières années.

    Les études du climat et de la préhistoire ont fait toutes deux des progrès immenses depuis les années 70. Les scientifiques sont à présent en mesure de reconstituer 1 million d'années de l'histoire du climat et vous allez voir que pour les derniers milliers d'années, le climat a eu des incidences sur l'humanité. Celle-ci a même failli disparaître lors de la dernière glaciation (réduite de moitié).

    J'ai déjà évoqué plusieurs fois l'histoire du climat dans quelques articles sur Transitio, et ce, avec plus ou moins de prudence.

    Je vous ai parlé du niveau de la mer Méditerranée 120 m plus bas à l'époque de l'ère glaciaire. Raison pour laquelle l'entrée de la grotte Cosquer se trouve à présent 37 m sous le niveau actuel. 

Article du 10 novembre 2014

    Je vous ai parlé du glacier Jacobshaven (Situé au Groenland) qui a reculé de 12.8 kilomètres et a perdu entre 6 et 9 mètres d'épaisseur entre 1850 et 1903. Ce qui signifie que le présent réchauffement climatique a commencé en 1850 (fin du petit âge glaciaire), quand la population ne comptait qu'1.2 milliard d'habitants, c'est-à-dire 6 fois moins que maintenant, et que la production de CO2 était près de 20 fois moins importante que de nos jours !...


    Mais qui suis-je pour vous parler de cela ? Juste un type qui dévore des livres de science et d'histoire depuis plus de 40 ans et qui ne risque pas sa carrière en le faisant.



 La conférence !

    Ecoutez la conférence, vous apprendrez comment au cours de la dernière ère glaciaire, la petite humanité a failli disparaître, tant les conditions étaient rudes. Les glaciers recouvrirent en grande partie l'Europe, nombre d'espèces disparurent, la végétation se réduisit à une toundra stérile, tous les arbres à feuilles caduques disparurent, seuls quelques chênes subsistèrent dans la péninsule ibérique. A la fin de l'ère glaciaire l'humanité était réduite à quelques centaines de milliers d'individus sur toute la planète.

Consultez cette page intéressante

François Djindjian pose la question suivante :

"Si le chasseur cueilleur a réussi à survivre, pour quoi nous, avec notre technologie fantastique n'arriverions-nous pas à survivre ?"

Il ajoute :

"Il n'y a pas de bon climat ni de mauvais climats. Il y a une bonne ou une mauvaise adaptation de l'homme, de la végétation et des animaux à des changements climatiques. Si nous avons des scientifiques qui nous l'annoncent, qui nous le prévoit (le réchauffement climatique), eh bien, au lieu de nous recouvrir la tête de cendres et de pleurer, je pense que la meilleure solution, c'est de nous y préparer." (59:50)

Le préhistorien rappelle qu'il y a 4 raisons possibles pour que le climat change :

  • Les Cycles de Milanković (des cycles astronomiques faisant que l'inclinaison de la Terre et sa distance par rapport au soleil provoquent des périodes régulières de glaciations)
  • Les éruptions volcaniques (les poussières projetées dans l'atmosphère faisant écran à la lumière solaire et provoquant des refroidissements allant jusqu'à une décennie)
  • L'activité solaire (correspondance entre le minimum d'activité solaire commencé à la fin du XVIIe siècle et le petit âge glaciaire survenu entre le début du XIVe et la fin du XIXe siècle (A noter que cette période correspond également à un maximum volcanique)).
  • L'activité humaine.


La petite remarque gênante.    

    Dans la deuxième partie de la conférence, celle réservée aux questions, François Djindjian fait cette remarque "gênante" :

"La fin du petit âge glaciaire, c'est la fin du 19ème siècle et une partie du réchauffement climatique que nous avons, même si je n'ai pas le droit de le dire, parait-il, c'est quand même, c'est la fin du petit âge glaciaire, plus, effectivement nos activités industrielles à la fin du 19ème siècle" (1:37:36)

    Concernant les modélisations mathématiques, (je vous rappelle qu'il est aussi mathématicien), il précise :

"Les calculs de modélisation du climat sont d'un ordre beaucoup plus compliqué que ce que nous montrent les articles à sensation que l'on peut voir dans la presse" (1:38:10)

Il ajoute :

"S'il y a des vrais scientifiques, des vrais mathématiciens dans cette salle, ils vont me comprendre. Les modèles météorologiques, les modèles climatiques, sont des modèles d'une complexité fabuleuse et il faut des mégas ordinateurs pour pouvoir les traiter. Alors si vous voulez faire un travail sérieux, ce n'est pas en trois. Cela demande des décennies et des décennies pour arriver à mettre au point les modèles. C'est pour ça que nous, comment dire, on est un peu réservés face à l'aspect spectaculaire et catastrophiste de que l'on lit dans la presse (1:38:45) et puis notre vieille formation scientifique qui nous dit que quand même, quand on dit des choses, il faut rester prudent, humble et surtout il faut toujours travailler et toujours discuter, et surtout quand le politique s'en mêle et que vous savez que quand le politique s'en mêle, c'est quand il trouve une occasion que ce genre de chose soit l'occasion de faire un nouvel impôt… Nous dans la préhistoire, on est quand mêle contents, un million d'habitants sur la planète, des chasseurs cueilleurs, des variations climatiques, c'est vachement simple. Là aujourd'hui, je n'aimerais pas être à leur place. Je préfère être préhistorien."

 

    Voilà, je vous laisse regarder la vidéo. Dépêchez-vous de l'oublier ensuite et surtout n'en parlez à personne. 😉







Post Scriptum :

    Je vous avais déjà parlé des paramètres de Milanković et de l'embarras d'un scientifique essayent de les évoquer.




    Peut-être comprenez-vous mieux pourquoi j'ai voulu écrire ce grand article qui m'a demandé tant de travail : "Ces catastrophes qui n'ont pas eu lieu. Message d'espoir."




Quel dommage que personne ne me lise...

Vraiment dommage, car en 2012, vous auriez été avertis des risques de pandémie dus au coronavirus dans mon article "Les services de renseignement américains imaginent 2030"

Et en avril 2017, vous auriez même été informés de qui était vraiment notre futur président.

Tant pis, c'est comme ça...

Amicalement,

Bertrand Tièche


jeudi 20 janvier 2022

Transition ? Quel pouvoir avons-nous ?

 


    Depuis plus de 10 ans qu'existe Transitio, j'ai évoqué nombre de questions, nombre de sujets de société tournant autour de la transition. J'avais déjà traité de la notion de pouvoir (S'en déprendre, plutôt que le prendre). Mais aujourd'hui je vais vérifier si nous avons vraiment le pouvoir d'agir. Et je gage que vous allez être déçus.

Un changement trop lent

    La situation est plus claire à présent. Ce qui relevait il y a dix ans du confidentiel est traité partout ou presque (lire "Le double langage des élites" publié en 2011). On parle plus du changement climatique que de la fin des énergies fossiles, mais qu'importe, puisque lutter pour sauvegarder un climat vivable, va de pair avec économiser le peu d'énergies fossiles qui nous restent et retarder le choc civilisationnel d'une crise majeure d'approvisionnement énergétique. Je ne saurais d'ailleurs dire, lequel de ces deux fléaux indissociablement liés nous abattra le premier, ou pas.

    Il existe bien un déplorable déni vis-à-vis du réchauffement climatique, mais il en existe un autre vis-à-vis de l'énergie. Les uns ne veulent pas voir les hivers de plus en plus doux et les étés de plus en plus torrides et les autres croient fermement que le pétrole sera remplacé par une nouvelle énergie miraculeuse. Les uns nient leur propre perception du réel et les autres ne disposent pas de suffisamment de connaissances en physique pour comparer la miraculeuse densité énergétique du pétrole avec une autre énergie. Passons.

    Malgré tout cela, la société change, lentement, mais elle change. Mais comme je l'ai écrit dans un précédent article, de tels changements de société ne peuvent se faire en une seule génération. J'ai également expliqué dans un précédent article qu'une décarbonation de notre modèle de société était dorénavant techniquement possible.

    Il nous faut impérativement apprendre à consommer moins. Ça aussi c'est techniquement possible comme l'explique si bien Matthieu Auzanneau dans la vidéo ci-dessous. Cela ne demande même pas des investissements gigantesques, seulement une évolution de nos modes de vies. Et qui plus est, ces nouveaux modes de vies amélioreraient nos qualités de vies !



Alors, qu'est-ce qui coince ?

    Pourquoi avons-nous cette impression justifiée que malgré tout, les choses ne vont pas assez vite ?

    Il n'y a pas que nos modes de vies qui sont inadaptés à notre changement d'environnement. Je pense que nos politiques sont eux aussi obsolètes et totalement contre-productifs.

Dans la vidéo ci-dessus, Matthieu Auzanneau dit à un moment :

"A une époque où les problèmes sont techniques, on croit encore que l'on peut faire de la politique, comme avant la révolution industrielle. Les règles du débat politique sont antérieures à la révolution industrielle et les politiques méprisent, ignorent, le fait que nous sommes enchâssés dans des systèmes techniques qui sont plus puissants que nous."

    Il a tout à fait raison. Nous avons des dirigeants qui se prennent pour Louis XIV ou Napoléon et qui croient qu'il suffit de dire, pour que cela soit. Notre président actuel constitue à lui seul un triste exemple. Mais il n'est pas le seul dans son cas. Il fait partie de cette nébuleuse de gens de pouvoir qui dirige le monde selon un unique modèle de société, un modèle périmé, reposant sur l'exploitation illimitée des ressources et des hommes. Ce n'est ni bien ni mal. Ce modèle a même été utile un temps pour faire progresser une grande partie de l'humanité (sciences, médecine, alimentation, éducation, etc.) Oui mais voilà, ce modèle imparfait qui était plus ou moins adapté à un moment donné de notre histoire, nous conduit à présent à notre perte.

    Le problème se double du fait que si nos hommes et femmes politiques sont inadaptés à la situation, leurs électeurs le sont également. Du moins ceux qui croient encore qu'il suffit de voter pour l'un ou pour l'autre pour que les choses changent. Car en fait, le choix n'existe pas. Il n'y a pas d'alternative à ce système, comme disait l'ancienne première ministre britannique Margareth Thatcher.

En transition vers le tittytainment.


    Nos classes politiques dirigeantes suivent toutes le même modèle. Pourquoi en changeraient-elles me direz-vous, puisque c'est celui qui les a conduites au succès ? Ce n'est pas la seule raison. Elles n'ont pas, elles non-plus, la liberté de changer...


Quel pouvoir ont les politiques ?

    Sur mon blog perso, en 2009, j'avais publié un article intitulé " Noam Chomsky : Comprendre le pouvoir, extrait..."

    C'est avec plaisir que je l'ai retrouvé et que je vous le donne à lire, ci-dessous. Dans son livre « Comprendre le pouvoir », Noam Chomsky montre qui détient vraiment le pouvoir politique, en mentionnant pour l'exemple deux articles révélateurs parus dans la presse économique en 1992 et 1993 :

Extrait du chapitre 10 ‘‘ Le tournant’’, pages 278 à 280 dans l’édition française chez ‘‘aden’’.

Les parties en rouges sont terribles !

« … immédiatement après les élections de 1992, le Wall Street Journal a publié un article en première page informant ses lecteurs qu’il n’y avait aucune raison de craindre que les soi-disant ‘‘gauchistes’’ entourant Clinton agissent différemment en prenant leurs fonctions. Bien sûr, le milieu des affaires le savait parfaitement, comme vous pouvez le voir en observant les marchés financiers vers la fin de la campagne électorale. Quoi qu’il en soit, le Wall Street Journal expliquait pourquoi, c'est-à-dire que si par accident Clinton ou tout autre candidat essayait bel et bien d’initier un programme de réforme sociale aux Etats-Unis, on y mettrait fin sur le champ. Ils n’ont fait que rappeler l’évidence et donner les chiffres.

Les Etats-Unis sont profondément endettés – en réalité, cela faisait partie de l’ensemble du programme Reagan / Bush : endetter le pays au point que le gouvernement n’ait presque plus aucun moyen de conserver leurs programmes de dépenses sociales. Et le véritable sens de « être endetté », c’est que le Département des Finances a vendu énormément de titres, obligations, etc. – aux investisseurs, qui se les échangent ensuite sur le marché obligataire. D’après le Wall Street Journal, actuellement, environ 150 milliards de dollars sont échangés chaque jour de cette façon uniquement en bons du Trésor. L’article explique ensuite ce que cela signifie : cela signifie que si telle ou telle mesure du gouvernement américain déplaît à la communauté d’investisseurs qui détient ces titres, cette dernière peut très rapidement vendre une toute petite quantité de bons du Trésor en guise de signal, ce qui aurait pour effet immédiat d’augmenter le taux d’intérêt de 1% et d’aggraver le déficit de 20 milliards de dollars en une nuit – autrement dit si Clinton (dans une hypothèse improbable disons) proposait un programme de dépense sociales à 20 milliards de dollars, la communauté internationales des investisseurs pourrait instantanément le transformer en budget de 40 milliards de dollars, rien qu’avec un signal, et toute autre mesure en ce sens serait alors avortée.

De même, un excellent article est paru dans l’Economist de Londres – vous savez, ce journal spécialiste du libre-échange et de l’idéologie populaire – au sujet du fait que les pays de l’Europe de l’Est se sont remis à élire des socialistes et des communistes au pouvoir. Mais le message de fond de l’article, c’était ne vous inquiétez pas, parce que disaient-ils, « la politique du gouvernement restera exactement telle quelle est parce qu’on les tient par les couilles : c’est nous qui contrôlons les monnaies internationales, et nous sommes les seuls à pouvoir leur accorder des prêts, nous pouvons détruire leur économie si ça nous chante, ils ne pourront rien faire. Ils peuvent jouer n’importe quels jeux politiques et même prétendre être en démocratie si ça leur fait plaisir – tout ce qui leur chante – tant que « la politique du gouvernement ne dépend pas des politiques ».

Je vous conseille également de lire cette page écrite par Noam Chomsky en 1995 pour Z magazine : http://www.thirdworldtraveler.com/Chomsky/Rollback_Part1_Chom.html

 

Vous commencez à comprendre ?

    Pourquoi d'après-vous, les Socialistes français des années 80 n'ont-ils jamais pu appliquer leur programme et qu'ils ont même dû rapidement faire marche arrière ? François Mitterrand appelait cela le pouvoir de l'argent…



    Les choses n'ont fait qu'empirer depuis, car nous avons même porté au pouvoir en 2017 un jeune banquier qui s'était fait fabriquer un costume d'homme politique en quelques mois à coup d'argent ! Son programme était simple, c'était celui de la finance, affaiblir les services publics, convaincre les gens que ce serait moderne et plus efficace de les privatiser, puis les brader à des sociétés privées qui gaveraient d'argent d'heureux actionnaires. 

    En avril 2017, je vous avais donné à lire un article de 2015 du Wall Street journal expliquant la formidable ascension du banquier Macron

    Vous pensez que j'exagère ? Mais avez-vous lu mon article du 31 janvier 2011 ? : 2004, aveux du ministre des "réformes sous la contrainte".

    Lisez également mon article du 60 août 2012 intitulé :"S'il vous plaît, lisez la stratégie du choc, de Naomie Klein". Vous y apprendrez comment la « crise du déficit » a été montée de toutes pièces au Canada dans les années 90 par des think tanks financés par de grandes sociétés.


Conclusion ? (Non)

    Alors voilà braves gens, vous pouvez toujours aller voter, mais vous n'êtes pas près de voir un gouvernement appliquer la réforme sociétale de grande ampleur, nécessaire pour nous éviter une crise majeure.

    J'en viens parfois à me demander si l'apparence de démocratie dans laquelle nous vivons ne sert pas qu'à reporter sur nous la responsabilité des décisions de nos maîtres et à nous faire culpabiliser ; la culpabilité étant un outil de manipulation depuis la nuit des temps.



 Alors que faire ?

    Les actions individuelles ? Citoyennes ? Voire mieux écocitoyennes ? Elles sont totalement inefficaces pour changer la société, mais elles vous aideront un peu à vous préparer à la crise. Là encore, on profite de votre manque d'information pour vous faire croire que raccourcir votre temps de douche, manger bio, trier vos déchets et aller au boulot à vélo, participera au changement nécessaire. Dans les chiffres, c'est absolument faux. Votre impact personnel est pathétiquement nul. Pire ! Même si dans un élan salvateur, la majorité de la population s'y mettait l'impact serait lui aussi minime.

Regardez cette vidéo, vous allez mieux comprendre :

Elle est sous-titrée en français. Ne vous laissez pas décourager par l'introduction maladroite.



Responsables ? Mais de quoi ?

    Cette idéologie de la responsabilisation des citoyens participe du même modèle managérial que celui qui nous est imposé dans le monde du travail. En effet, dans celui-ci, il n'y a plus d'employés ni d'ouvriers, il n'y a que des collaborateurs, des partenaires "responsables". La différence qui en résulte, c'est que si vous ne vous acquittez pas bien de votre fonction, ce ne sera jamais parce qu'on ne vous aura pas assez donné de moyens ni de temps pour la réaliser correctement, ce sera à cause de vous, vous qui êtes un agent responsable et non plus un simple exécutant. Le vice est poussé encore plus loin lorsque l'on vous invite à créer votre propre emploi quand il n'y en a plus autour de vous ! Comment ? Vous n'avez pas de travail ? Mais traversez la rue ! Achetez-vous un costume et créez votre startup !

 


    L'incitation à la démarche individuelle est un leurre. Son but réel n'est pas de faire de vous un acteur du changement, mais de reporter sur vous l'échec du changement.


    Ne soyez pas dupes non-plus des luttes mesquines dans lesquelles on veut vous engager. Comme aux USA depuis longtemps, les luttes sociales sont à présent interdites, seules sont tolérées les luttes sociétales. Pendant que vous vous disputez avec vos voisins à propos des droits de communautés persécutées ou ayant été persécutées, la vraie persécution de grande ampleur se déroule sans heurts, celle de la misère grandissante !


    Ne vous méprenez pas sur ce que je dis. Bien sûr que c'est nécessaire et louable d'être un citoyen responsable. Mais qu'il s'agisse d'un citoyen responsable de ses propres décisions, pas de celles des d'autres !

 

    Alors voilà, je suis désolé. Triste constat, le vote est inutile et l'action individuelle est inefficace. Hein ? Quoi ? L'action collective ? Pff…


Une intuition...

    Je ne veux pas terminer cet article d'une façon aussi défaitiste ou désabusée. En écrivant ce texte, je me suis souvenu d'un article que j'avais écrit en février 2013 sur Transitio : "Révolution ou évolution ? Soyons le changement !"

    Dans mon style de l'époque, je me demandais si la solution ne pourrait-elle pas être "tout simplement", de "tourner le dos aux murailles du kafkaïen château de l’ordre établi". Oui, je sais, de telles phrases peuvent décrédibiliser une idée. Mais telle que j'en avais l'intuition, l'idée était celle d'une sorte de démission. Il ne s'agissait pas de quitter la société avec pertes et fracas en claquant la porte. Mais plutôt de ne plus suivre la règle de ce jeu mortel dans lequel il n'y a de toute façon rien à gagner. Une sorte de pas de côté, une démission.

    Il faut dire que depuis 2013, nos gouvernants ont tout fait pour nous décourager en nous brossant un avenir affreux. Et comme si l'idée de devoir travailler jusqu'à 70 ans dans des conditions précaires avec une faible couverture sociale et une hypothétique retraite réduite au minimum ne suffisait pas, ils se sont même efforcés de de nous convaincre que nous n'aurions pas d'avenir du tout à cause de la catastrophe climatique ! Les plus vieux d'entre-nous, habitués à courber la tête sous le joug et plus influencés par l'ingénierie sociale (Média "mainstream", télé, journeaux, etc) n'ont pas réagi. Mais chez les jeunes, un nouveau mouvement apparait sous la forme d'une vague de démissions. J'ai connu les prémisses de cela la dernière année de mon travail, en 2018, où j'ai vu plusieurs jeunes ingénieurs refuser de jouer "le jeu" et démissionner. L'un d'entre eux, le plus brillant, refusant de se compromettre dans les magouilles des marchés publics et de s'épuiser à travailler sur des études inutiles, est devenu charcutier !

    Il y a une certaine logique à cela. Nos Etats ont rejeté la notion d'Etat providence et ils insistent depuis des années pour que nous soyons tous des citoyens responsables, c'est-à-dire, ne comptant que sur nous-mêmes.

    Si l'Etat n'assume plus sa fonction de protection, si les entreprises ne nous payent pas de façon que nous puissions vivre décemment, à quoi bon souscrire au contrat social ? A quoi bon travailler jusqu'à l'épuisement en vivant pauvrement ?

    Aux États-Unis, 4,5 millions de personnes ont volontairement quitté leur emploi pour le seul mois de novembre 2021, soit 3 % de la population active ! Ce mouvement arrive en France également. Même en Chine, "l'usine du monde" de jeunes cadres lèvent le pieds et lancent sur les réseaux sociaux, le mot d'ordre du "tangping" ! Lisez cet article : "La grande démission n'est pas une fatalité".

Tangping


Je ne dis pas que c'est la solution. C'est une intuition. Juste une intuition...


Bertrand Tièche




mardi 16 novembre 2021

Pourquoi le choix du nucléaire constitue-t-il une erreur de direction sur la route des solutions climatiques.

 


    Bon, je craque, je n'en peux plus. Tout le monde parle du nucléaire en ce moment et je revois sans cesse les mêmes arguments prémâchés par les Spin doctors de l'industrie nucléaire. Je ne peux pas en vouloir aux gens, nous subissons une telle désinformation sur le sujet depuis des décennies, que c'est difficile pour un citoyen lambda de se faire une opinion.

    Il y a une heure j'ai même vu un honnête homme affirmer que maintenant les nouvelles centrales étaient équipées de réacteurs à fusion nucléaire ! Et je ne vous parle pas des diatribes contre les éoliennes.

    Donc, plutôt que de m'énerver en pure perte, je prends sur moi et je vous donne à lire cet article publié hier dans le fameux "Bulletin of the Atomist Scientists". C'est article est réservé aux abonnés, et oui, j'avoue, je suis abonné à ce bulletin qui est une véritable mine d'or d'informations scientifiques sur le sujet. Je ne devrais pas vous le donner à lire, mais disons que je fais cela dans l'intérêt de mon pays et de mes compatriotes (dit comme ça, ça le fait !) ; compatriotes qui ne trouveront jamais ce genre d'article dans les médias français, dont la plupart copient-collent des articles pré-écrit de l'AFP ou des communiqué de presse d'EDF ou ORANO.

    Cet article fait le point sur le nucléaire dans le monde et il explique clairement pourquoi soutenir l'énergie nucléaire au détriment d'alternatives plus rapides et moins chères pour réduire les émissions de gaz à effet de serre est une stratégie perdante.


    L'auteure, Sharon Squassoni est professeur-chercheur à l'Institute for International Science and Technology Policy, Elliott School of International Affairs, à l'Université George Washington. Auparavant, elle a dirigé le programme de prévention de la prolifération au Center for Strategic and International Studies et a été chercheur principal au Carnegie Endowment for International Peace, tous deux à Washington, DC. Elle s'est spécialisée dans la non-prolifération nucléaire, le contrôle des armements et la politique de sécurité pendant trois décennies, au service du gouvernement américain à l'Agence pour le contrôle des armes et le désarmement, le Département d'État et le Service de recherche du Congrès. Elle a obtenu un baccalauréat ès arts de l'Université d'État de New York à Albany, une maîtrise en gestion publique de l'Université du Maryland. Vous aurez compris que ce n'est pas une illuminée débarquée du Larzac.


Voici l'article :

    Les nouvelles du climat n'ont pas été bonnes cette année. Les phénomènes météorologiques extrêmes ont servi de toile de fond à la publication en août du sixième rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, qui a averti que « [l]e réchauffement planétaire de 1,5 °C et 2 °C sera dépassé au cours du 21e siècle à moins que des réductions importantes de CO2 et d'autres émissions de gaz à effet de serre se produisent dans les décennies à venir. Maintenir l'augmentation de la température à 1,5 degré Celsius nécessitera d'atteindre zéro émission nette d'ici 2032. En bref, il faut faire plus, et se produire rapidement, pour éviter les pires catastrophes climatiques.

    Malgré ses vertus bas carbone, l'énergie nucléaire est tout sauf rapide. Dans la course au zéro émission nette, le nucléaire reste sur la ligne de départ. Continuer à soutenir l'énergie nucléaire au détriment d'alternatives plus rapides et moins chères pour réduire les émissions de gaz à effet de serre est une stratégie perdante.


Où en est l'énergie nucléaire actuellement

    L'énergie nucléaire a historiquement fourni une quantité importante d'électricité à faible émission de carbone, culminant en 1996 à 17,6 % de la production mondiale d'électricité. Aujourd'hui, 444 réacteurs produisent 10 % de l'électricité sur un marché en croissance. Seuls 32 pays déploient l'énergie nucléaire, contrairement à la diffusion généralisée d'autres sources de production d'électricité (charbon dans 80 pays ; gaz naturel dans 100 ; pétrole dans 200 ; hydraulique dans 150 ; éolien dans 83 ; solaire photovoltaïque dans 79). La concentration des centrales nucléaires existantes dans un petit nombre de pays pour la plupart développés n'est pas une coïncidence ; elle est corrélée aux enjeux de capacité importants de l'énergie nucléaire, notamment en termes de financement. Là où l'énergie nucléaire est envisagée pour répondre à une demande d'électricité plus élevée, comme l'Inde, l'Asie du Sud-Est,

    Comme le rappelle l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) aux pays qui envisagent pour la première fois l'énergie nucléaire, l'énergie nucléaire nécessite un engagement sur 100 ans, du processus de conception du réacteur au démantèlement. La phase de conception et de construction du premier réacteur dure au moins 15 ans, selon l'AIEA. Contrairement aux énergies renouvelables modernes, les programmes nucléaires nationaux ont besoin de trois fois plus de temps pour les préparatifs institutionnels (Lovins 2019).

    Il y a deux décennies, il semblait que l'énergie nucléaire pourrait connaître un regain de croissance (Squassoni, 2009). Des dizaines de pays en développement ont manifesté leur intérêt, mais seule une poignée a donné suite. La Chine est le point chaud de la construction nucléaire, ayant ajouté 48 réacteurs nucléaires au cours des 20 dernières années ; L'Inde a ajouté huit réacteurs nucléaires au cours de la même période.

 Le tableau mondial de l'énergie nucléaire est globalement moins rose qu'en Asie. Relativement peu de mises en chantier, une consolidation des fournisseurs de centrales nucléaires, des décisions de pays clés (Allemagne, Belgique, Suisse, États-Unis, etc.) de retirer des centrales avant la fin de leur durée de vie et un parc de réacteurs vieillissant approchant 30,9 ans) ne suggèrent pas un secteur dynamique prêt à se développer (WNSIR 2021). L'Agence internationale de l'énergie a déploré la « stagnation du nucléaire » (AIE 2020). En 2020, quatre nouveaux réacteurs ont commencé la construction et cinq ont été connectés au réseau, mais six ont été définitivement fermés. Tout projet de montée en puissance de l'énergie nucléaire devra tenir compte de ces actifs vieillissants. Des prolongations de vie à 40, 60 ou même 80 ans sont possibles, mais tous les réacteurs actuellement en exploitation devront être remplacés avant la fin du siècle. Bien sûr, les actifs éoliens et solaires doivent être remplacés entre 20 et 25 ans, mais à un coût considérablement inférieur et sans démantèlement coûteux.

 Les retards sont devenus monnaie courante pour la construction de centrales nucléaires. Alors que plus de 50 réacteurs sont actuellement en construction, l'achèvement de 33 d'entre eux a été retardé, certains pendant de nombreuses années. Sur les 15 tranches raccordées au réseau en 2018 et 2019, une seule (Tianwan-4) a été achevée sans délai (Schneider et Frogatt 2020) En réfléchissant à l'utilité de l'énergie nucléaire dans le contexte du changement climatique, l'histoire des projets abandonnés doivent également être pris en compte. Selon un récit, « Sur les 783 constructions de réacteurs lancées depuis 1951, au moins 93 unités dans 19 pays avaient été abandonnées ou sont suspendues, au 1er juillet 2021. Cela signifie que 12% ou une construction nucléaire sur huit ont été abandonnées. (Schneider et Froggatt 2021). Éviter de telles pertes serait essentiel pour développer l'énergie nucléaire à l'avenir.

Figure 1. Retards de démarrage des unités 2018-2020. Le temps de construction prévu est basé sur les données de connexion au réseau fournies au début de la construction lorsqu'elles sont disponibles ; alternativement, les meilleures estimations sont utilisées, sur la base d'informations sur l'exploitation commerciale, l'achèvement ou la mise en service. Graphique et données avec l'aimable autorisation du World Nuclear Industry Status Report 2021.

Nota Transitio : Vous aurez remarqué que l'EPR de Flamanville, commencé en 2007, ne figure pas dans ce graphique puisqu'il a aujourd'hui 10 ans de retard et ne devrez démarrer qu'en 2026, mais pas à pleine puissance en raison de ses multiples malfaçons.

 

L'énergie nucléaire dans le futur

    Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles l'énergie nucléaire n'a pas répondu aux attentes, dont certaines peuvent se résumer à ses quatre défis bien connus : le coût, la sûreté, l'élimination des déchets et la prolifération. Rendre l'énergie nucléaire plus attractive nécessite des améliorations dans tous ces domaines. Bon nombre des innovations que les fournisseurs de produits nucléaires envisagent maintenant se concentrent sur l'amélioration des coûts, de la sécurité et de l'élimination des déchets, mais la promotion du retraitement du combustible usé pour certaines conceptions pourrait en fait exacerber les problèmes de prolifération.

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La peur nucléaire : l'obstacle irrationnel à une véritable action climatique

 

    La quasi-totalité des innovations proposées par l'industrie nucléaire sont désormais regroupées sous la rubrique « Réacteurs avancés ». Il existe deux axes fondamentaux : le premier développerait des réacteurs à neutrons rapides (utilisant du sel fondu, du métal liquide ou des gaz à haute température comme réfrigérants) pour traiter les problèmes de déchets et de sécurité ; la seconde cherche à construire de plus petites variantes de réacteurs à eau légère (microréacteurs d'un à 20 mégawatts électriques et petits réacteurs modulaires jusqu'à 300 mégawatts électriques) pour répondre aux questions de coût et de sécurité. Il existe un certain croisement dans les soi-disant petits réacteurs modulaires qui utilisent différents combustibles, modérateurs et réfrigérants (Makhijani et Ramana, 2021)

    Des réacteurs rapides ont été déployés par quelques pays (dont les États-Unis), mais aucun n'a jamais réussi commercialement. On espère que de nouvelles conceptions pourront être utilisées pour générer de la chaleur industrielle, de l'hydrogène, du chauffage urbain ou le dessalement de l'eau. Une nouvelle conception (Natrium) comprend un stockage d'énergie intégré, utilisant du sel fondu. Aucun de ces ajouts ne réduit le manque de compétitivité des coûts de l'énergie nucléaire, mais ils font preuve d'une plus grande flexibilité que l'énergie nucléaire n'a montrée dans le passé (Lovins 2019).

    L'enthousiasme actuel de l'industrie pour les petits réacteurs modulaires repose sur deux espoirs : que le grand marché des pays en développement s'intéressera davantage aux petits réacteurs parce qu'ils peuvent être mieux intégrés dans des réseaux de transport et de distribution plus petits, et que des économies d'échelle peuvent être réalisées non en construisant de gros réacteurs sur place mais en produisant de grandes quantités de réacteurs dans des environnements contrôlables hors site (c'est-à-dire dans des usines). Le succès des réacteurs navals est souvent cité comme preuve que la fabrication modulaire est possible ; malheureusement, il offre peu d'indications sur la compétitivité des coûts. Plus de 700 réacteurs navals (autant que des réacteurs terrestres civils) ont été construits et déployés depuis les années 1950, mais aucune utilisation commerciale n'a survécu aux forces du marché. Bref, ils étaient trop chers à exploiter (Conca 2019).

    Le manque de compétitivité-coûts est, en termes modérés, un énorme problème. Les partisans des petits réacteurs modulaires soutiennent que la fabrication en série réduira les coûts et le temps de construction et compensera les surcoûts d'échelle subies par les réacteurs plus petits. Pourtant, ces défis de fabrication (sans parler de la logistique de transport) pourraient être formidables : une étude a suggéré que des centaines à des milliers de ces réacteurs devraient être fabriqués avant d'atteindre le même prix par kilowatt que les grands réacteurs (Glaser et al. 2015).

    La compétitivité-coût affecte évidemment l'investissement. L'Agence internationale de l'énergie (AIE 2019) a noté que les investissements dans de nouvelles centrales nucléaires se heurtaient à des obstacles, notamment le manque de compétitivité des coûts par rapport aux autres technologies de production d'électricité, « l'ampleur des investissements et les longs délais ; le risque de problèmes de construction, de retards et de dépassements de coûts ; et la possibilité de futurs changements de politique ou du système électrique lui-même.

    Une forme d'allégement financier pourrait être trouvée dans les efforts visant à faire admettre l'énergie nucléaire dans le «club des énergies renouvelables», permettant à l'énergie nucléaire de participer aux programmes de financement de l'ONU et de l'UE pour promouvoir les énergies renouvelables. L'UE débat actuellement pour savoir si elle devrait permettre à l'énergie nucléaire le même accès que les énergies renouvelables au financement selon les critères taxonomiques du développement durable (Schneider et Froggatt 2021). Cependant, détourner des fonds des énergies renouvelables pourrait entraîner des coûts climatiques si cela signifie une mise en œuvre plus lente des économies de carbone.

    Même si le financement et la compétitivité des coûts n'étaient pas des obstacles, une expansion de la construction nucléaire mettrait à l'épreuve la base industrielle nucléaire actuelle. Comme l'a noté le GIEC, « même si l'évolutivité et la vitesse de mise à l'échelle des centrales nucléaires ont été historiquement élevées dans de nombreux pays, de tels taux ne sont actuellement plus atteints » (GIEC 2018). Au cours de la dernière décennie, cinq réacteurs en moyenne ont été connectés au réseau chaque année. Le simple remplacement des réacteurs ayant une durée de vie de 60 ans nécessiterait 8 achèvements de construction par an à partir de 2040, passant à 19 par an à partir de 2050 (pour un total de 270 réacteurs). L'expansion réelle de l'énergie nucléaire signifie plus que doubler ce que l'industrie fait aujourd'hui.

    Qu'en est-il de la suggestion que nous maintenions simplement les centrales nucléaires existantes en fonctionnement aussi longtemps que possible pour profiter de leur électricité à faible émission de carbone ? Comme l'a fait valoir un expert, l'exploitation de réacteurs existants sur des marchés où les coûts d'exploitation nucléaire dépassent les coûts des énergies renouvelables pourrait « aggraver le changement climatique, par rapport à dépenser le même argent pour des moyens plus efficaces sur le plan climatique de fournir les mêmes services énergétiques » (Lovins 2019) .

Une relation mouvante

    Au cours des 20 dernières années, la lenteur dans l'ajout de nouvelles capacités nucléaires a fortement contrasté avec la croissance record des énergies renouvelables. Depuis 2000, 42 gigawatts électriques de capacité nucléaire ont été ajoutés, tandis que 605 gigawatts électriques d'énergie éolienne et 578 gigawatts électriques de capacité solaire ont été installés dans le monde (Schneider et Froggatt 2020)Les coûts de l'énergie solaire photovoltaïque ont chuté de 80 à 90 % au cours de cette période. L'électricité éolienne et solaire photovoltaïque ont dépassé la production mondiale d'électricité nucléaire au cours des six premiers mois de 2021, la première fois qu'un tel événement se produit (Ember 2021). Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat a conclu en 2018 que « la faisabilité politique, économique, sociale et technique des technologies d'énergie solaire, éolienne et de stockage d'électricité s'est considérablement améliorée au cours des dernières années,

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Les méduses attaquent les centrales nucléaires. Encore et encore.

 

    Les voies d'atténuation du changement climatique ont commencé à refléter ces développements. Des études antérieures telles que « L'avenir de l'énergie nucléaire » (MIT 2003) envisageaient un quadruplement de l'énergie nucléaire, et l'analyse en coin de 2004 des professeurs de Princeton Stephen Pacala et Robert Socolow aurait nécessité de tripler le nombre de réacteurs nucléaires (Squassoni 2017). Cependant, étant donné que la capacité de l'énergie nucléaire n'a pas augmenté au cours des 20 dernières années, des taux de croissance beaucoup plus élevés seraient nécessaires pour atteindre les objectifs cibles. Une modélisation plus récente n'envisage que des augmentations modestes pour l'énergie nucléaire, certains suggérant aucun rôle pour la fission nucléaire d'ici 2100 (AIE 2021).


Le cas de l'Inde

    Proposer des objectifs irréalistes pour l'énergie nucléaire ne se limite pas à la modélisation du climat. À la mi-septembre, les autorités indiennes ont annoncé qu'elles tripleraient la capacité nucléaire du pays au cours des 10 prochaines années dans le cadre d'une stratégie d'atténuation du changement climatique. Ce n'est pas la première fois que l'Inde a déclaré qu'elle triplerait son énergie nucléaire : dès les années 1980, l'Inde a cherché à produire 10 % de son électricité avec l'énergie nucléaire (Weismann 1988). Quarante ans plus tard, les 21 réacteurs indiens produisent 6,5 gigawatts, soit 3 % de l'électricité. Sept réacteurs en construction devraient ajouter 5,2 gigawatts électriques, mais au moins quatre des projets et peut-être six sont retardés (Schneider et Froggatt 2021) ; l'un est en construction depuis 17 ans. Malgré l'ouverture du commerce international du nucléaire à l'Inde en 2008, les progrès ont été lents et les objectifs sont continuellement révisés à la baisse malgré l'optimisme. Par exemple, l'Inde a cherché à déployer 63 gigawatts électriques d'ici 2032 (maintenant 27,5) et 20 gigawatts électriques d'ici 2020 (maintenant 14,6, ce qui n'a pas été atteint).

    L'histoire des énergies renouvelables en Inde est beaucoup plus prometteuse. En 2020, les énergies renouvelables (non hydrauliques) ont généré 147,3 térawattheures d'électricité, contre 43,9 térawattheures générés par l'énergie nucléaire. L'énergie solaire a décuplé de 2014 à 50 gigawatts électriques en 2020 et l'éolien a doublé au cours de cette période pour produire près de 65 gigawatts électriques. L'énergie hydroélectrique constitue environ la moitié de l'électricité renouvelable en Inde. En tant que troisième plus grand consommateur d'électricité au monde, l'Inde est également le troisième plus grand producteur d'énergie renouvelable. Les objectifs de l'Inde en matière de production d'énergie renouvelable sont beaucoup plus susceptibles d'être atteints que ses objectifs en matière d'énergie nucléaire. L'exemple de l'Inde suggère que même avec un soutien gouvernemental fort, l'énergie nucléaire, malgré ses vertus bas carbone, est tout sauf rapide à mettre en place.


L'attrait particulier de l'énergie nucléaire

    De tous les moyens humains de produire de l'électricité, l'énergie nucléaire a une mystique durable qui transcende la logique locale. Aucune technologie énergétique n'a démontré aussi bien ses talents de tour de passe-passe, projetant constamment de grandes possibilités futures malgré des passifs actuels évidents. Pendant 70 ans, même les plus ardents partisans de l'énergie nucléaire ont facilement admis ses quatre responsabilités – coût, sécurité, élimination des déchets et prolifération – sans trouver de solutions viables à ces problèmes persistants.

    Pour atténuer le changement climatique, ces passifs sont réels. Des coûts élevés signifient moins de carbone économisé par dollar, ce qui peut avoir des effets répercutés à l'avenir. Les exigences de sécurité peuvent retarder la conception et la construction, et les manquements à la sécurité peuvent mettre les usines hors ligne, ce qui ralentit encore la réduction des émissions de carbone. La solution apportée par l'industrie nucléaire au problème de la sûreté ( rationaliser la réglementation pour réduire les coûts) ne produit pas un bien sociétal à long terme ; c'est une convention comptable de résultat. La question des déchets est au cœur de la durabilité : il est difficile de concilier les déchets nucléaires, qu'aucun pays n'a encore stockés de manière permanente, avec la définition la plus largement acceptée du développement durable, qui est de « répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins » (ONU 1987). Finalement, certaines propositions demandent que l'énergie nucléaire soit multipliée par quatre ou cinq pour apporter une contribution significative au changement climatique (Hansen 2015 ; Berger et al 2017) et recommandent le recyclage du combustible pour passer à un cycle du combustible à base de plutonium. Des procédés de recyclage ont été mis au point pour séparer le plutonium des armes nucléaires, et leur propagation accrue dans le monde augmenterait considérablement les risques que le plutonium puisse être détourné pour être utilisé dans des armes nucléaires. Même sans une multiplication par quatre de l'énergie nucléaire, le déploiement d'un nombre important de réacteurs avancés dont le combustible nécessite un retraitement pourrait avoir de graves conséquences sur la prolifération. Des procédés de recyclage ont été mis au point pour séparer le plutonium des armes nucléaires, et leur propagation accrue dans le monde augmenterait considérablement les risques que le plutonium puisse être détourné pour être utilisé dans des armes nucléaires. Même sans une multiplication par quatre de l'énergie nucléaire, le déploiement d'un nombre important de réacteurs avancés dont le combustible nécessite un retraitement pourrait avoir de graves conséquences sur la prolifération. Des procédés de recyclage ont été mis au point pour séparer le plutonium des armes nucléaires, et leur propagation accrue dans le monde augmenterait considérablement les risques que le plutonium puisse être détourné pour être utilisé dans des armes nucléaires. Même sans une multiplication par quatre de l'énergie nucléaire, le déploiement d'un nombre important de réacteurs avancés dont le combustible nécessite un retraitement pourrait avoir de graves conséquences sur la prolifération.


Conclusion : seules les mains les plus agiles sont nécessaires sur le pont

    Il y a quelques années, la perspective de naviguer parmi les dangers du changement climatique a conduit certains observateurs à suggérer que nous avions besoin de « tout le monde sur le pont » pour faire face au problème (Hansen et al, 2015). L'urgence du changement climatique, cependant, n'exige pas que nous préservions ou suivions toutes les options pour y faire face ; plutôt, cette urgence exige que nous distinguions soigneusement les technologies et les approches. En fait, toutes les mains ne sont pas nécessaires sur le pont, seules les plus agiles et les plus efficaces d'entre elles. Au mieux, l'énergie nucléaire pourrait fournir un certain ballast d'équilibrage de charge pour les énergies renouvelables ; au pire, cela ralentira la transition vers un avenir à zéro émission nette et devrait donc être supprimé de notre ensemble d'options.


Remerciements

Un merci spécial à Sydney Hamilton de l'Université George Washington, pour son aide à la recherche de l'article, qui a reçu le soutien de la Fondation MacArthur.


Les références

Berger, A., T. Blees, F. Breon, B. Brook, P. Hanssen, R. Grover, C. Guet, W. Liu, F. Livet, H. Nifenecker, M. Petit, G. Pierre, H Prévot et S. Richel, H. Safa, M. Salvatores, M. Schneeber, S. Zhou. « Combien l'énergie nucléaire peut-elle faire contre le réchauffement climatique ? » International Journal of Global Energy Issues, Vol 40, Nos 1/2, 2017

Conca, J. "Comment l'US Navy reste le maître des réacteurs nucléaires modulaires." Forbes . 23 décembre 2019. https://www.forbes.com/sites/jamesconca/2019/12/23/americas-nuclear-navy-still-the-masters-of-nuclear-power/?sh=3570cd0c6bcd

Ember, Global Electricity Review, mise à jour semestrielle : S1-2021.  https://ember-climate.org/project/global-electricity-review-h1-2021/

Glaser, Alexander, MV Ramana, Ali Ahmad et Robert Socolow. 2015. « Petits réacteurs modulaires : une fenêtre sur l'énergie nucléaire ». Un distillat de technologie énergétique. Princeton, NJ : Centre Andlinger pour l'énergie et l'environnement à l'Université de Princeton. http://acee.princeton.edu/distillates/small-modular-reactors/

Hansen J., K. Emanuel, C. Caldeira et T. Wigley. 2015. « L'énergie nucléaire ouvre la voie à la seule voie viable en matière de changement climatique ». The Guardian, 3 décembre. https://www.theguardian.com/environment/2015/dec/03/nuclear-power-paves-the-only-viable-path-forward-on-climate-change

Agence internationale de l'énergie (AIE). Perspectives des technologies énergétiques 2020.    https://www.iea.org/reports/energy-technology-perspectives-2020

AIE. Net Zero d'ici 2050 : Une feuille de route pour le secteur énergétique mondial.  https://www.iea.org/reports/net-zero-by-2050

AIE. Perspectives énergétiques mondiales 2020

GIEC, 2018 : Réchauffement climatique de 1,5°C. Un rapport spécial du GIEC sur les impacts du réchauffement climatique de 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels et les voies d'émission mondiales de gaz à effet de serre associées, dans le contexte du renforcement de la réponse mondiale à la menace du changement climatique, du développement durable et des efforts pour éradiquer la pauvreté [Masson-Delmotte, V., P. Zhai, H.-O. Pörtner, D. Roberts, J. Skea, PR Shukla, A. Pirani, W. Moufouma-Okia, C. Péan, R. Pidcock, S. Connors, JBR Matthews, Y. Chen, X. Zhou, MI Gomis, E Lonnoy, T. Maycock, M. Tignor et T. Waterfield (éd.)]. Dans la presse

EN RELATION:

Les méduses attaquent les centrales nucléaires. Encore et encore.

Lovins, Amory B.. "L'énergie nucléaire ralentit-elle ou accélère-t-elle le changement climatique", Forbes . 18 novembre 2019. https://www.forbes.com/sites/amorylovins/2019/11/18/does-nuclear-power-slow-or-speed-climate-change/?sh=2f52f00506b4

Makhijani, Arjun, MV Ramana. « Les petits réacteurs modulaires peuvent-ils atténuer le changement climatique ? » Le Bulletin des scientifiques atomiques. 21 juillet 2021. https://thebulletin.org/premium/2021-07/can-small-modular-reactors-help-mitigate-climate-change/

Massachusetts Institute of Technology. L'avenir de l'énergie nucléaire , 2003. Disponible sur : https://web.mit.edu/nuclearpower/

Schneider, Mycle, Antony Froggatt. Rapport sur la situation de l'industrie nucléaire mondiale 2020 https://www.worldnuclearreport.org

Schneider, Mycle, Antony Froggatt. Rapport sur la situation de l'industrie nucléaire mondiale 2021 https://www.worldnuclearreport.org

Squassoni, Sharon A. « Énergie nucléaire : renaissance ou réanimation ». Dotation Carnegie pour la paix internationale, 2009. https://carnegieendowment.org/2009/02/13/nuclear-energy-rebirth-or-resuscitation-pub-22749

Squassoni, Sharon A. « L'incroyable réduction de la compensation nucléaire face au changement climatique ». Le Bulletin des scientifiques atomiques. 73:1, 17-26.

Nations Unies 1987. Rapport de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement : notre avenir à tous

Weisman, Steven R. "La politique de l'énergie nucléaire de l'Inde soulève des doutes sur les armes." New York Times . 7 mai 1988. https://timesmachine.nytimes.com/timesmachine/1988/05/07/issue.html



Voilà, j'espère que cela vous a intéressé. Que "The Bulletin of The Atomist Scientists me pardonne".



mercredi 20 octobre 2021

Gasoil, huile de friture et nucléaire (Je vous explique)

 

    Une amie m'a demandé mon avis sur Facebook, à propos d'un article publié sur le site Caradisiac concernant un nouveau carburant distribué en Belgique qui pourrait, ou aurait pu, remplacer le gasoil alimentant les moteurs Diesel. En lui rédigeant ma réponse, je me suis retrouvé à écrire cet article sur le gasoil, les huiles de friteuses et le nucléaire. 

Lisez, vous allez comprendre.

 

Le mystérieux HVO100

    La Belgique ouvre ses premières pompes de diesel de synthèse, le HVO100. Pour lire cet article très intéressant, cliquez sur l'image ci-dessous :

Cliquez sur l'image de cette ravissante Belge, pour accéder à l'article.

    Il s'agit d'un nouveau carburant fabriqué à partir de matières premières renouvelables issues de l'industrie alimentaire (graisses animales ou les huiles de friture retraitées à l'hydrogène) et il est commercialisé sur le marché belge dans 3 stations, sous l'étiquette HVO100.

    Petit problème, le HVO100 coûte 2,86 € le litre, contre 1,68 € pour le diesel B7. Mais son fabriquant, Neste, estime que ce prix baissera lorsque l’offre augmentera.


Pourquoi pas ?

    En matière d'énergies nouvelles, on ne le répètera pas assez, il n'y aura jamais une miraculeuse solution unique pour l'énergie, comme le bientôt regretté pétrole, mais une myriades de solutions complémentaires. Sauf en France, bien sûr, le seul et unique pays au monde à tout miser sur le nucléaire

    A propos de nucléaire et/ou de diesel, savez-vous que si la France fait partie des plus importants consommateurs de diesel au monde, c’est parce que l'Etat a soutenu ce carburant depuis plus de cinquante ans ? La montée en puissance du programme nucléaire a conduit les gouvernements successifs à encourager la consommation de ce carburants. En 2017, 80 % du parc automobile tournait au diesel ! (Source INSEE) Vous êtes étonnés ? Lisez la suite.


Le lien peu connu entre le Diesel et le nucléaire.

Quelques explications

    Après-guerre, les utilisateurs de poids lourds et de gazole non-routiers, pour les usages agricoles par exemple, avait demandé de l’aide. Ils étaient les seuls à utiliser des motorisations diesel, pour lesquels il n’existait pas d’alternatives comme aujourd’hui. Le gouvernement avait alors accordé un allègement de taxes.

Source image : Cinémathèque de Montagne

    Le vrai coup d’accélérateur vient de la montée en puissance du programme nucléaire. A partir de la fin des années 1970, le pays construisit ses premiers réacteurs. Dès 1980, la France comptait 14 réacteurs en activité, sur un total de 58 aujourd'hui en service (Source Usine Nouvelle). 

Source image : Connaissance des énergies

    L'aberrant chauffage électrique au rendement si catastrophique s'imposa alors largement, au détriment du fioul et des autres énergies, y compris les renouvelables. Je précise cela parce qu'à la même époque, les pays scandinaves, comme la Suède, la Finlande ou le Danemark, prenaient une orientation différente en diversifiant leurs sources de productions d'énergies, renouvelables bien sûr. (La Suède comporte également une part de nucléaire (40%), mais l'électricité produite ne sert pas à chauffer des maisons avec des grilles pains, comme en France).

Nota : Je donne plus d'explication sur le chauffage électrique dans un des paragraphe de cet article :"Transition énergétique vers la dépendance".

    Mais hélas ! Triste coup du sort ! Les raffineurs français se retrouvèrent bientôt avec des excédents de fioul ! Celui-ci pouvant facilement être converti en gasoil pour les moteurs Diesel. Le gouvernement allégea donc encore les taxes et incita les constructeurs automobiles français à développer des motorisations Diesel. Dans le même temps, les entreprises utilisant des flottes Diesel furent exonérées de TVA sur leurs achats de carburant !

    Le plus désolant dans cette histoire, c'est que les achats de diesel finirent par dépasser la capacité de production des raffineries françaises, qui se retrouvèrent en déficit de diesel et en excès d’essence. En effet, la part de chaque carburant que l’on peut extraire du pétrole est limitée. En moyenne, seulement 40 % d’un baril peut être converti en diesel, pas assez pour couvrir la demande française.

    Résultat, aujourd’hui près de la moitié du diesel consommé chaque année en France (32.8 millions de tonnes en 2019) est importée, tandis que les larges surplus d’essence sont exportés, notamment en Amérique du Nord et en Afrique ! (Source INSEE)

Source : UFIP

Mortel gasoil

Le nucléaire ne tue pas prétendent certains. En tout cas, la combustion du gasoil et du fioul tue bien, elle. Dites merci au nucléaire !

Santé publique France a actualisé l’estimation du poids total de la pollution de l’air ambiant sur la santé de la population française pour la période 2016 à 2019. Elle conclut que la mortalité liée à la pollution de l’air ambiant reste un risque conséquent en France avec 40 000 décès attribuables chaque année aux particules fines (PM2,5).

Le secteur résidentiel et le transport routier sont les deux principaux contributeurs aux émissions de PM2.5 sur le territoire de l’Île-de-France. Ces deux secteurs sont davantage contributeurs aux émissions de PM2.5 que de PM10, les particules les plus fines étant majoritairement issues de la combustion dans ces secteurs (notamment chauffage et carburants routiers).

Les concentrations les plus élevées sont relevées dans le cœur dense de l'agglomération, au voisinage des grands axes routiers parisiens et franciliens. En situation de proximité au trafic routier, les concentrations mesurées sont comprises entre 14 et 16 µg/m3 (en moyenne annuelle).

Une faible différence des teneurs en particules PM2.5 apparaît entre l’agglomération parisienne et la zone rurale. En effet, les concentrations moyennes annuelles de particules fines sont comprises entre 7 et 9 µg/m3 en milieu rural et entre 8 et 13 µg/m3 sur les sites urbains de fond du cœur de l’agglomération.

En 2019, l’objectif de qualité français (10  µg/m3), qui correspond également à une valeur recommandée par l’OMS, est dépassé sur un peu plus de la moitié de la région Île-de-France. Ce dépassement est majoritairement constaté dans la zone sensible francilienne et le long de certaines voies de circulation. Il concerne environ 6,5 millions d’habitants (soit plus d’1 francilien sur 2).

La seconde recommandation OMS (25  µg/m3 à ne pas dépasser plus de 3 jours par an) est dépassée sur la quasi-totalité de la région Île-de-France.

Sources infos : Aiparif et Santé Publique France.

Les plus malins d'entre-vous auront peut-être remarqué que la combustion du fioul de chauffage émet aussi des particules fines. Ce à quoi je leur répondrai que dans le cas du chauffage urbain, lesdites particules sont piégées par des filtres que n'ont pas les installations individuelles. Raison pour laquelle en Suède et dans les pays scandinaves, une majorité de villes sont chauffées par des réseaux urbains de chaleur.


Chauffer une ville avec des graisses animales ?

"Graisses animales" en effet, par ce qu'il s'agit bien de cela lorsque l'on parle de graisses et huiles organiques de récupération. (Voir cette note)

    Cet article à propos de ce gasoil issu de l'industrie alimentaire, m'a rappelé une de mes expériences professionnelles, quand je travaillais sur des grosses centrales de production de chaleur alimentant des réseaux de chauffage urbain.

    L'avantage de ce type de chaufferies, c'est qu'elles peuvent s'adapter aux nouvelles sources d'énergies et que leurs émissions polluantes sont strictement contrôlées par les Préfectures (DRIRES, DRELA, etc). C'est ainsi que j'ai connu dans les années 80, l'arrivée des chaudières à charbon, car à l'époque, selon l'Agence Internationale de l'Energie, le charbon était une énergie d'avenir (Lire cet article). Puis l'arrivée des chaufferies gaz automatisées, suivie par les installations de cogénération au gaz produisant de l'électricité et de la chaleur, et enfin par les chaudières fonctionnant au bois. Au fait, savez-vous que presque toutes les villes de Suède ont un chauffage urbain alimenté par la biomasse ?

    En 2002, sur la chaufferie du réseaux de chaleur de Vénissieux, une des chaudières fonctionnant au Fuel Lourd avait été adaptée pour fonctionner avec des graisses et huiles organiques de récupération. Il y avait une grande quantité de ces huiles disponibles sur le marché et lesdites huiles avaient peu ou prou, le même pouvoir combustible que le fuel et la même viscosité. Il suffisait d'adapter les brûleurs. Cette installation avait bien sûr fait l'objet d'une étude d'impact (réalisée par l'APAVE) et ses limites d'émissions polluantes (identiques à celles du fuel) avaient été fixées par les services de la Préfecture.

Chaufferie du réseau de chaleur des Minguettes à Vénissieux

    C'était le fabriquant allemand SAACKE qui avait fourni des nouveaux brûleurs à coupelles rotatives pour les chaudières (qui restaient les mêmes). Ces brûleurs étaient plus performants que les brûleurs classiques à gicleurs. SAACKE s'engageait sur le résultat, le fonctionnement, les rendements, la durée de vie et les émissions gazeuses. A noter que ces brûleurs pouvaient passer sans transition d’un combustible liquide à un combustible gazeux (bi-énergie).

    Hélas, bien que l'expérience fût probante, elle ne dura pas longtemps. Lesdites huiles et graisses animales furent semble-t-il accaparées par l'industrie des cosmétiques et disparurent du marché de l'énergie !

    L’autorisation préfectorale de brûler ces graisses et huiles organiques fut supprimée après l’accord de brûler du bois à partir de 2005. A noter que la chaufferie bois qui fut construite ensuite, ne fonctionna jamais du fait d'un vice de construction des chaudières fabriquées en Espagne qui ne pouvaient tenir la puissance (20 MW) en respectant les teneurs en émissions. Une nouvelle dû être reconstruite plus tard. Concernant le bois, je vous conseille de lire mon vieil article "La biomasse sans langue de bois".


Etonnant, non ? 😏

Mais surtout rappelez-vous : "Jamais une énergie miraculeuse ne viendra remplacer le pétrole. La réussite de la transition énergétique sera conditionnée par l'utilisation de multiples sources d'énergie".

Alors pourquoi pas de l'huile de friteuse ? Peut-être une occasion pour les frites belges d'entrer dans le patrimoine mondial de l'humanité ? (Cliques sur l'image ci-dessous 😉 )