mercredi 9 février 2022

Le nucléaire n'a pas d'avenir. Preuve par 2 chiffres.

 Article mis à jour le 13/02/2022 : Réponse à un commentaire "corrosif" (Voir en bas de page)



    Je voulais écrire un article lapidaire, définitif,  très court, avec seulement deux chiffres et quelques lignes d'explications (Car il suffit de deux chiffres en vérité pour régler définitivement la question du nucléaire).

    Mais à la suite d'un commentaire "un peu" critique, j'ai jugé pertinent non seulement de répondre à celui-ci mais de également d'ajouter de nouvelles informations. Il y a donc 3 versions (ou phases de lectures) à cet article !

Version courte.😊


Premier chiffre : 4.9%

Le rapport de 2019 sur les chiffres clés de l'énergie, publié par le Ministère de la transition écologique, indique (page 37, voir lien ci-dessous), que "la contribution du nucléaire à la production énergétique mondiale a été multipliée par 3 en 40 ans, atteignant 4.9% en 2016". (1)

Source : https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/sites/default/files/2019-09/datalab-59-chiffres-cles-energie-edition-2019-septembre2019.pdf


Deuxième chiffre : 100 années

La note d'information d'EDF sur le cycle du combustible nucléaire, publiée en 2012 (page 12, voir lien ci-dessous) précisait que : "Les ressources en uranium connues à ce jour, permettent de garantir l’approvisionnement de toutes les centrales nucléaires existantes dans le monde pour les 100 prochaines années". (2)

Source : https://1drv.ms/b/s!Arp9DY0ZL8Xei6ZYVPoybbPqfySA1Q?e=oOqzZ7

La Société Française d'Energie Nucléaire donne également le chiffre de 100 ans qui n'est en fait que celui donné par l'Agence Internationale de l'Energie Atomique.


Vous trouverez une estimation plus optimiste de 135 années sur certains sites, comme celui de l'IRSN ou comme celui de la Commission canadienne de sûreté nucléaire. Mais sur le document produit en 2017 par cette commission, vous apprendrez que "Les ressources disponibles à l’heure actuelle – mines exploitées, projetées ou potentielles – peuvent répondre aux scénarios élevés de demande jusqu’en 2035"

Je vous rappelle que nous sommes en 2022 et qu'il faut "normalement" 10 ans pour construire un EPR, même si celui de Flamanville en est à 14 années de construction...


Résumé

    Vous avez bien compris. Pour le nombre de centrales existantes (2) qui ne fournissent que 4.9% de la production mondiale d’énergie (10% d'électricité), les ressources disponibles en uranium sont de 100 ans.

    Si, (soyons fous), vous triplez la part du nucléaire jusqu'à atteindre 15% de la production mondiale d'énergie, (sachant que durant les dix années de construction des centrales la consommation d'énergie aura augmenté), les ressources en uranium ne permettront même pas 30 années d'utilisation, alors que la durée de vie des nouveaux EPR est prévue pour 60 ans !

Le nucléaire ne représente RIEN et n'a AUCUN AVENIR dans le domaine de la production d'énergie. (3)

Document du ministère






Notes utiles :

(1) Attention ! Ne vous faites pas avoir par EDF ! EDF clame en effet, haut et fort, que la part mondiale du nucléaire est de 10%, mais il s'agit de la part de la production d'électricité ! Ainsi, ils "oublient" les autres utilisations de l'énergie, dans les transports, l'industrie, le chauffage, etc. Et par la même ils oublient de préciser que plus de 65% de l'énergie produite par l'uranium est dissipée sous forme de chaleur en pure perte (sinon pour les oiseaux et les poissons).

    Notez d’ailleurs que selon l’Agence Internationale de l’Energie, il est probable que la part du nucléaire dans le mix électrique mondiale restera constante, environ autour de 12 %, d’ici à vingt ans. (Info CNRS)

(2) Depuis 2012, le nombre de centrales existantes n'a guère évolué, sachant qu'il faut au moins 10 ans pour en construire une nouvelle et que les nouvelles ne font que remplacer les anciennes en fin de vie. Et quand je dis 10 ans, c'est pour être "gentil", car 10 ans, c'est déjà le nombre d'années de retard à la livraison de l'EPR de Flamanville dont le démarrage n'est pas prévu avant 2024 et surtout en mode réduit, à cause de ses nombreux défauts de conception.

(3) Pas d'avenir dans l'énergie pour produire de l'électricité, mais bien qu'écolo, je suis ingénieur et je ne nie pas son intérêt dans le cadre de la recherche fondamentale ou pour des applications plus pacifiques, comme la médecine nucléaire, ou (je vais en faire tousser certains)l'exploration spatiale (document plus technique, ici).


Version longue 😐

Informations complémentaires :

    J'espère que ces deux chiffres, de sources incontestables, vous aideront à répondre aux victimes de la propagandes du nucléaire, qui ont grandi dans l'idée que cette énergie était miraculeuse et source de notre indépendance énergétique (acquise au prix de la présence de notre armée coloniale au Niger et au Mali).

    Ne vous laissez pas abuser par les sophismes techniques du sinistre Jancovici, qui n'a pas dû mettre les pieds sur un site industriel depuis des décennies et qui vendrait sa mère pour une barre d'uranium.

    Il aime dire par exemple que le charbon a tué plus de gens que le nucléaire et que par conséquent, le nucléaire est moins dangereux. C'est comme dire que les lits sont plus dangereux que les motos parce que plus de gens meurent dans un lit qu'en moto, ou que la grippe saisonnière est plus dangereuse que l'anthrax parce qu'elle tue plus chaque année. C'est un sophisme. 

    Comprenez bien qu'un seul et unique accident dans une centrale nucléaire suffit à rendre inhabitable un continent, ou tuer un océan. Voici encore deux preuves.


Tchernobyl :

    En 1986, à Tchernobyl, dans les jours qui suivirent la catastrophe, si Alexei Ananenko, l’un des ingénieurs travaillant à la centrale, son confrère Valeri Bezpalov et le chef de quart Boris Baranov, n’avaient pas eu le courage d’aller dans l’obscurité, patauger dans l’eau radioactive accumulée sous le réacteur en fusion, pour aller ouvrir des vannes d’évacuation et de drainer l’eau, l’explosion qui s’en serait suivie aurait rendu l’Europe inhabitable pour 500.000 ans !

Ces trois hommes ont sauvé l'Europe d'un cataclysme.

    On vous dira que les Russes étaient des incapables (parce que communistes) et abrutis de vodka, mais fort curieusement, la stupeur passée, nos grands spécialistes français du nucléaire, prirent la décision de hâter la fermeture des Centrales Graphites - Gaz (Chinon 2 et 3, St Laurent 1 et 2 et Bugey 1) qui n’avaient guère plus d’enceinte de confinement que les réacteurs RBMK soviétiques (telle que la centrale de Tchernobyl). 


Fukushima :

    Dix ans après la catastrophe de 2011, le Japon va rejeter les 1,2 million de tonnes d’eau radioactive stockés dans les 1044 réservoirs de la centrale nucléaire de Fukushima. L’eau est dangereusement polluée au tritium (non retraitable), qui peut se transmettre aux organismes marins vivants et chargée de soixante-deux nucléides, dont du strontium-90 et du césium-137. 

Lien vers l'article de La Tribune


Carte de l’amplitude des vagues du tsunami
(Source : National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA))
Légende de l'image mise à jour le 13/02/2022, grâce au commentaire éclairé d'un lecteur.
Voir ci-dessous.


Version très très longue ! 😉


Mise à jour au 13/02/2022 :

    Je ne reçois pas souvent de commentaires, mais celui-ci constituant presque un cas d'école, je le publie ci-dessous avec mes réponses (en rouge).

"votre article est fumeux, cher Monsieur. C'est du grand n'importe quoi, comme quoi on peut faire croire ce que l'on veut avec des chiffres. Je vous le démonte en 3 lignes : - des gisements, ça fait comme le pétrole, on en découvre de nouveaux régulièrement ;

Faux : On ne découvre plus de nouveaux gisements de pétrole et l'uranium, tout comme le pétrole est lui aussi en phase de déplétion ; le pic de production ayant été dépassé dans les années 90.

Explications :

Pic pétrolier.

Concernant le pic pétrolier, je pense qu'il faut vivre dans un placard pour ne pas savoir que plus aucun gisement de pétrole d'importance conséquente n'a été trouvé depuis des décennies. Il suffit pour s'en assurer de consulter les publications annuelles de l'Agence internationale pour l'énergie ou les rapports des compagnies pétrolières.

Cet article publié sur le site de L'USINE NOUVELLE en 2018, donne un bon aperçu de la situation. Cliquez sur l'image ci-dessous :


 

Pic uranifère.

Concernant l'uranium, je veux bien admettre qu'en France, aveuglé par la propagande gouvernementale, on puisse ignorer que l'uranium soit dans la même situation de déplétion (même si les documents d'EDF le confirment, comme je l'ai prouvé dans mon article).

Les informations sont néanmoins très nombreuses, si l'on sait chercher.

La bible sur le sujet, c'est le fameux Red Book qui constitue la référence mondiale reconnue sur l'uranium, préparée conjointement par l'Agence pour l'énergie nucléaire (AEN) et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Cliquez sur l'image ci-dessous pour télécharger la dernière édition de 2020 :


 Je vous donne ci-dessous quelques grilles de lectures complémentaires :

 

"Pic d'uranium et durabilité de l'énergie nucléaire" (Dylan Bedford 25 janvier 2018)

Source Université de Stanford : http://large.stanford.edu/courses/2017/ph241/bedford1/

Extrait de l'article (Conclusion) : Alors que les estimations du Livre rouge pourraient être trop optimistes ou inexactes, dans le même temps, toute évaluation complète des réserves d'uranium sur Terre nécessiterait l'inclusion de l'eau de mer dans l'uranium, dans la croûte terrestre et également dans tous les gisements non découverts. Ainsi, connaître ce montant avec certitude est presque impossible. Cependant, nous savons que la quantité d'uranium (et de thorium) est finie, ce qui a été à l'origine de la proposition de pointe de Hubbert et des prévisions pessimistes des réserves d'uranium. En effet, l'idée du "pic d'uranium" évoque des images d'un avenir sombre et apocalyptique, dans lequel l'humanité a consommé toutes les ressources disponibles et s'éternise pour le reste de son existence condamnée. Naturellement, c'est une idée controversée. Cependant, quelle que soit la quantité d'uranium actuellement disponible, nous devons toujours chercher à planifier à l'avance et à garantir de nouvelles options énergétiques renouvelables et durables. Alors que les ressources en uranium pourraient potentiellement ne pas être aussi abondantes ou accessibles qu'on le pensait autrefois, l'idée que nous allons simplement manquer d'uranium et donc ne plus utiliser l'énergie nucléaire est pessimiste et ne tient pas compte non plus de l'ingéniosité des scientifiques et des chercheurs. Les discussions sur cette question ne doivent pas inciter à la panique ou, au contraire, endormir les gens dans le confort ; nous devrions plutôt aborder le sujet avec honnêteté et avec la détermination de créer un avenir meilleur et ne tient pas non plus compte de l'ingéniosité des scientifiques et des chercheurs. Les discussions sur cette question ne doivent pas inciter à la panique ou, au contraire, endormir les gens dans le confort ; nous devrions plutôt aborder le sujet avec honnêteté et avec la détermination de créer un avenir meilleur. et ne tient pas non plus compte de l'ingéniosité des scientifiques et des chercheurs. Les discussions sur cette question ne doivent pas inciter à la panique ou, au contraire, endormir les gens dans le confort ; nous devrions plutôt aborder le sujet avec honnêteté et avec la détermination de créer un avenir meilleur.

 

Sur le site du MIT, cet article publié en 2009 (dont j'avais parlé sur Transitio)

"La crise nucléaire à venir" "Le monde est à court d'uranium et personne ne semble l'avoir remarqué."

Extrait : "Le monde est sur le point d'entrer dans une période d'investissement sans précédent dans l'énergie nucléaire. Les menaces combinées du changement climatique, de la sécurité énergétique et des craintes concernant les prix élevés et la diminution des réserves de pétrole poussent les gouvernements vers l'option nucléaire. La perception est que l'énergie nucléaire est une technologie sans carbone, qu'elle rompt notre dépendance au pétrole et qu'elle donne aux gouvernements le contrôle de leur propre approvisionnement énergétique."…

 

Sur le site de l'université de Cornell :

L'avenir de l'énergie nucléaire : faits et fiction Chapitre III : Dans quelle mesure les données du Livre rouge sur les ressources en uranium sont-elles (non) fiables ?

Extrait : "Depuis plus de 40 ans, l'Agence pour l'énergie nucléaire des pays de l'OCDE et l'Administration internationale de l'énergie atomique des Nations Unies publient un document semestriel intitulé « Ressources, production et demande d'uranium ». Ce livre, connu sous le nom de "Livre rouge", résume les données sur la situation actuelle et proche de l'énergie nucléaire et présente les connaissances mondiales accumulées sur les ressources d'uranium existantes et attendues. Ces données sont largement considérées comme fournissant une base précise et solide pour les futures décisions concernant l'énergie nucléaire. Malheureusement, comme il est démontré dans cet article, ce n'est pas le cas. Les ressources mondiales conventionnelles en uranium sont estimées par les auteurs du Livre rouge à 5,5 millions de tonnes. Parmi celles-ci, 3,3 millions de tonnes sont attribuées à la catégorie raisonnablement assurée et 2,2 millions de tonnes sont associées aux ressources présumées non encore découvertes mais supposées exister. Notre analyse montre que ni les 3,3 millions de tonnes de ressources "assurées" ni les 2,2 millions de tonnes de ressources inférées ne sont justifiées par les données du Red Book et que les ressources exploitables réelles connues sont probablement beaucoup plus faibles. Malgré les nombreuses lacunes des données sur les ressources en uranium, certaines informations intéressantes et précieuses peuvent être extraites du Livre rouge. Peut-être plus important encore, les données sur les ressources du Livre rouge peuvent être utilisées pour tester « l'hypothèse économico-géologique », qui prétend par exemple qu'un doublement du prix de l'uranium augmentera la quantité de ressources d'uranium exploitables d'un facteur encore plus important. Les relations entre les ressources en uranium revendiquées pour les différentes catégories de ressources et leurs estimations de coûts associées s'avèrent clairement en contradiction avec cette hypothèse."

 

On trouve partout nombre d'articles sur le sujet. Il suffit de taper "pic uranifère" "déplétion uranium", "pic de production uranium". En voici 2 exemples :

Où en est le pic uranifère ?

Extrait : Le pic de production de l'uranium... "Il apparaît donc que toute volonté d’augmenter sensiblement la production nucléaire mondiale se heurtera aux plafonds de production et à des réserves limitées. Les militants qui préconisent une plus grande utilisation de l’énergie nucléaire pour remplacer les carburants fossiles et réduire les émissions de CO2 entretiennent donc des espoirs irréalistes, qui ne tiennent pas compte des réalités du pic uranifère."

 

 "La pénurie à venir d'uranium condamne le nucléaire"

Isabelle Chevalley, chimiste, présidente d'Ecologie libérale, Pierre Bonnard, physicien

Extrait : "Les 450 centrales existantes consomment plus de combustible qu'il n'en est extrait. L'uranium marin est pratiquement inexploitable.

Depuis 2001, le prix de l'uranium a été multiplié par 10, passant de 7 dollars la livre à plus de 75 dollars en 2007. Cette augmentation massive du prix de l'uranium montre bien l'incertitude qui règne autour de sa production. Le pic historique du prix de la livre d'uranium se situait autour de 43 dollars vers la fin des années 70 en raison de la conjonction de la demande militaire et de l'essor du nucléaire civil.

Depuis 1991, on n'extrait plus assez d'uranium pour couvrir les besoins des 450 centrales nucléaires civiles actuelles. La différence est comblée par l'utilisation des stocks militaires. En 2003, la demande en combustible nucléaire a été satisfaite pour moitié par des ressources minières et pour moitié par des ressources militaires. (Voir lien suivant)

Les gisements que l'on découvre aujourd'hui sont presque tous plus pauvres en uranium que ceux déjà exploités. De plus, un gisement n'est jamais exploité en totalité, par manque de rentabilité, même à un prix élevé de l'uranium, ou du fait d'un risque financier trop élevé. Cependant, vu qu'au prix actuel le combustible ne pèse que 5 à 10% des coûts d'une centrale, la principale limitation provient de la nature du gisement et des obstacles techniques à son exploitation, quel qu'en soit le coût. Le manque d'uranium limitera ainsi peu à peu l'utilisation d'une partie des centrales nucléaires entre 2015 et 2025. Puis la production d'uranium diminuera et, avec elle, la production d'électricité nucléaire. De quoi se faire du souci pour les nouvelles centrales à amortir en quarante ans au moins..."

 

Concernant l'utilisation d'uranium militaire pour pallier le manque de ressource minière, j'en avais déjà parlé sur Transitio le 5 octobre 2013 "Pénurie d'uranium russe aux USA"

Je donnais, entre autres sources dans mon article, celle du Département américain de l'énergie !

 

Reprenons l'analyse du commentaire :


 "- les réacteurs de 3ème et de 4ème génération n'ont pas du tout le même rendement que les générations précédentes et demandent moins de ressources ;"

Faux : Je vous invite à lire mon article rapportant les explications détaillées du physicien nucléaire Raymond Sené, concernant cette nouvelle génération de réacteurs qui est plutot une régression au niveau de la technique et de la sécurité qu'un progrès. 
Concernant le "moins de ressources" je vous invite à lire plus loin mes explications sur le combustible MOX...


 "- le nucléaire a un avenir assuré et qui survivra même à l'humanité : la fusion. "

Faux : Encore un de ces serpents de mer du nucléaire qui bluffent les candides depuis des décennies ! Je vous propose de lire cet autre article du physicien nucléaire Raymon Sené : "La fusion thermonucléaire, un défi, mais que du bluff"


"Par ailleurs : (1) part du nucléaire : vous oubliez une chose, l'énergie nucléaire ne permet de produire QUE de l'électricité, donc il est logique de comparer sa part avec les autres sources d'énergie produisant elles aussi de l'électricité. "

Bah oui mon gars, mais je l'ai dit en note n°1 en bas de l'article !

"Attention ! Ne vous faites pas avoir par EDF ! EDF clame en effet, haut et fort, que la part mondiale du nucléaire est de 10%, mais il s'agit de la part de la production d'électricité ! Ainsi, ils "oublient" les autres utilisations de l'énergie, dans les transports, l'industrie, le chauffage, etc.

    Notez d’ailleurs que selon l’Agence Internationale de l’Energie, il est probable que la part du nucléaire dans le mix électrique mondiale restera constante, environ autour de 12 %, d’ici à vingt ans. (Info CNRS)"



"(2) nombre de réacteurs : si nous n'avons aucun nouveau réacteur depuis 2012, ce n'est nullement la faute au nucléaire. "

Faux : On sent que le gars s'abreuve aux tétines de la propagande actuelle du nucléaire, comme celle du pathétique Bernard Accoyer, président de l'Association pour la sauvegarde du patrimoine nucléaire et du climat" qui reproche dans un livre aux grands méchants socialistes, d'avoir cédé au puissant lobby des écolos du Larzac ! 

     En réalité, en 2012, l'industrie du nucléaire était dans l'impossibilité de faire face à un plan d'ampleur de construction de centrales. Elle avait déjà fort à faire avec la coûteuse mise aux normes résultant de Fukushima et de la pénible construction de son EPR.

    En 2014, le Journal Du Dimanche révélait même, sur la base d'un document interne d'EDF que près de 300 milliards d’euros devraient être investis dans les cinquante prochaines années si les centrales actuelles étaient reconstruites à l’identique et EDF chiffrait à 55 milliards d’euros le coût des travaux nécessaires pour prolonger la durée de vie de 58 réacteurs français de quarante à cinquante ans !
Source JDD

 Techniquement, l'industrie du nucléaire a dû repartir de zéro. J'ai assisté dans mon travail au réveil difficile de ce "Phénix". Tous les concepteurs de centrales nucléaires étant partis en retraites. Il a fallu former une nouvelle génération d'ingénieurs. A ce problème, s'est ajouté celui de la désindustrialisation du pays. Tout cela explique, la lamentable saga de l'EPR, avec ses innombrables malfaçons, qui feront que, si ce réacteur de "seconde génération améliorée" démarre un jour, ce sera à la suite de nombreux essais avec une puissance réduite afin de ne pas faire un désert de la moitié ouest de la France un désert...

     En revanche, pour ce qui concerne les pressions du lobby nucléaire, n'oublions pas qu'en novembre 2011, AREVA était intervenu auprès du PS pour faire modifier l’accord électoral qu’il venait de signer avec EELV, afin de sauvegarder son combustible MOX. Transitio en avait parlé à l'époque : "Une question de vie ou de MOX"

    Le MOX est l'une de ces petites "merveilles" fabriquées par AREVA à partir du plutonium et de l’uranium appauvri. Son avantage déclaré est que les 120 tonnes de MOX produites chaque année permettent d’économiser 120 tonnes d’uranium sur les 8000 tonnes nécessaires à notre parc nucléaire. Le second avantage du MOX, c'est qu'il est classé par L’Agence Internationale à l’Énergie Atomique (AIEA) comme un matériau "directement utilisable" pour la fabrication d’armes nucléaires.

    C'est probablement cette "amélioration" (120 tonnes d'économisées sur 8000) qui fait croire à notre commentateur que les centrales sont "plus performantes". 

 

"(3) avenir pour produire de l'électricité : vous irez dire cela au Chinois, "

Notre ami compare un pays peuplé par 1.402 Milliard d'individus avec notre micro-pays peuplé de seulement 67 millions (soit 21 fois moins).

La Chine est obligée de poursuivre sur la voie du nucléaire pour les mêmes raisons que la France, parce qu'elle est en retard sur le développement des énergies alternatives et aussi parce que le nucléaire lui assure une hégémonie militaire. Mais de toute façon, la Chine se trouvera confronté aux mêmes soucis d'approvisionnement en uranium que la France. A la différence que son armée à elle sera immensément plus puissante...

Choisir la dépendance à une énergie aux ressources limitées, c'est la voie assurée vers de nouveaux conflicts. Les guerres pour le pétrole qui ont animées la fin du 20ème siècle vont être remplacées au 21ème siècle par des guerres pour l'uranium et ce qui reste de gaz, comme en Ukraine, par exemple.

Ukraine et nucléaire : 2022 - le gouvernement Ukrainien vient d'annoncer un nouveau programme de construction nucléaire en collaboration avec les États-Unis et le fournisseur de réacteurs Westinghouse. La conception du réacteur AP1000 devra d'abord être déployée à la centrale nucléaire de Khmelnitsky, avec quatre autres unités à suivre dans d'autres centrales nucléaires existantes. Source World Nuclear News.

Ukraine et gaz : 2014 - Le gouvernement ukrainien et le géant américain Chevron ont signé un accord pour l'exploration et l'extraction de gaz de schiste dans la région d'Oleski, dans l'ouest de l'Ukraine. Source Usine Nouvelle.

 

Ne nous laissons pas abuser par le sophisme proposé par notre ami. Le fait que nous n'ayons actuellement plus d'autre choix que de vendre notre âme au nucléaire, ne retire rien au fait que celui-ci soit une impasse !

La solution des Energies Renouvelables n'est réaliste que dans un modèle de société totalement différent de celui que l'on nous impose actuellement, avec sa croissance infinie (dans un monde fini) et une consommation à outrance, qui dépendent d'une exploitation mortifère des ressources naturelles et humaines. Il fallait y penser avant...

 

"il est clair qu'ils ne pensent pas comme vous. Par ailleurs, comment peut-on être écolo et ingénieur à la fois ? À la limite être ingénieur et faire de l'écologie, mais pas l'inverse. "

Je vous laisse réfléchir à la logique du personnage. Selon lui, un ingénieur, c'est fait pour bouziller la nature. Heureusement que la nouvelle génération de jeunes ingénieurs que j'ai vue arriver, ne partage pas ce point de vue !

"Et pour terminer : - Tchernobyl : pourquoi toujours mettre sur le dos du nucléaire un accident dont l'origine est uniquement imputable au régime de l'union soviétique de l'époque ??? Leurs réacteurs RBMK n'avaient pas la moitié des protections des réacteurs occidentaux de l'époque, et ils faisaient tout pour en cacher les faiblesses !! "

La tarte à la crème sur les Russes incapables et imbibés de vodka ! Je l'adore celle-là ! Plus sérieusement, je vous invite à lire les explications de Raymond Sené "Après Tchernobyl, EDF décida de fermer en hâte les centrale Graphites - Gaz (Chinon 2 et 3, St Laurent 1 et 2 et Bugey 1) qui n’avaient guère plus d’enceinte de confinement que les réacteurs RBMK soviétiques…"

Pour info il n'a dû que survoler mon article, parce que j'y ai évoqué ce point... 


"- Fukushima : là c'est le bouquet, votre photo ne vaut rien, la légende est incomplète (en tant qu'ingénieur ça ne vous choque pas ??), et si vous vous seriez renseigné un tout petit peu, vous auriez vite appris qu'il s'agit d'un Hoax. source : http://radioprotection.unblog.fr/.../hoax-ecolo-la.../ Bref, votre "article" est une grosse blague ��"

    Pour le coup, cette fois-ci, le quidam a raison "pour la photo" ! Je l'ai effectivement utilisée pour illustrer l'article de la Tribune et j'aurais dû me contenter d'utiliser la photo ci-dessous, ce que je vais d'ailleurs faire aussitôt en le signalant dans l'article ! 
    Je remercie chaleureusement l'auteur de ce commentaire, car ainsi il m'aide à donner plus de crédibilité à mon modeste blog en l'enrichissant par les informations complémentaires que je vous donne ci-après !

 


    Pour aller dans le sens de sa critique, Je confirme que certains sites antinucléaires ou écolos, n'hésitent pas à utiliser le même procédé de désinformation que les pronucléaires, ce que je trouve profondément regrettable. Car en utilisant les mêmes procédés déshonorants que son adversaire, on finit par lui ressembler.

    Le site antinucléaire "Nucléaire Infos" effectue un travail honorable de désintoxe que je vous invite à consulter en cliquant sur l'image ci-dessus.

    Ils ont effectivement signalé cette supercherie, s'en étonnant même, attendu que de vraies modélisations de la dispersion atmosphérique existaient, comme celle ci-dessous. Cette simulation du modèle HYSPLIT de la NOAA montre une libération continue de particules traceuses du 12 au 31 mars à un rythme de 100 par heure représentant le césium-137 émis par Fukushima Daiichi. Chaque changement de couleur des particules représente une diminution de la radioactivité d'un facteur.

    En lisant avec attention l'article publié par Nucléaire Infos, je me suis arrêté sur les 2 cartes ci-dessous, beaucoup plus classiques, puisqu'il s'agit en l'occurrence d'une manipulation d'état.


"La carte de gauche est celle qui a été diffusée le 12 octobre 2011. La carte de droite date du 11 novembre 2011. Remarquez-vous ce qui s’est passé pour le département de Niigata, à l’est de la préfecture de Fukushima, tout le long de la côte de la Mer du Japon ? Dans la première carte figuraient de nombreuses zones marron-foncé (10 000 à 30 000 Bq/m2 de césiums 134 et 137) et même des zones bleues (30 000 à 60 000 Bq/m2). Dans la nouvelle carte : plus rien ! Tout est redevenu marron clair, c’est à dire la zone-plancher… Il se trouve que la majorité des zones qui avaient été reconnues comme fortement contaminées dans la première carte (région d’Uonuma) correspondent à la région productrice de riz la plus renommée de l’archipel. Pour Laurent Mabesoone, auteur de l’article qui dénonce la tricherie, « ce que nous avons devant les yeux, (…) c’est un superbe maquillage, c’est un énorme mensonge d’État. (…) Ils ont « sauvé » Karuizawa, le plus grand centre de tourisme de montagne, et Saku, le plus grand producteur de salades."

    Les Japonais n'ont pas eu la chance d'être protégés comme nous en 1986 par l'anticyclone-cyclone des Açores (pendant 3 jours).


Le nuage radioactif de Tchernobyl ne touchera pas la France - Archive INA



 

Conclusion...


    Le nucléaire a tellement peu d'avenir que c'est l'industrie mondiale du nucléaire qui fait elle-même ce constat objectif dans son rapport sur l'état de l'industrie nucléaire dans le monde en 2021, publié en septembre dernier.


« Le World Nuclear Industry Status Report ( WNISR ) est l'une des sources de données les plus fiables disponibles sur le sujet et permet une compréhension impartiale et complète de l'état actuel de l'énergie nucléaire dans le monde. ”
(Naoto Kan, ancien Premier ministre du Japon)

Les principales conclusions de WNISR2021 sont les suivantes :

  • En 2020, la production électronucléaire a plongé d'une marge sans précédent (>100 TWh), sauf au lendemain des événements de Fukushima (2011-12), tandis que la capacité nucléaire opérationnelle a atteint un nouveau pic à la mi-2021. Plus de capacité, moins de rendement.
  •  Les énergies renouvelables non hydrauliques, principalement l'éolien, le solaire et la biomasse, ont surpassé les centrales nucléaires en matière de production d'électricité à l'échelle mondiale. L'hydraulique à elle seule a produit plus d'électricité que le nucléaire pendant la majeure partie des trois dernières décennies.
  •  Pour la première fois, les énergies renouvelables non hydrauliques ont généré plus d'électricité dans l'Union européenne que le nucléaire, et les énergies renouvelables, y compris l'hydroélectricité, ont généré plus d'électricité que tous les combustibles fossiles réunis.
  •  L'ajout net de capacité nucléaire (nouveaux démarrages moins fermetures) est tombé à 0,4 GW, contre > 250 GW pour les seules énergies renouvelables. Le nucléaire n'est plus pertinent sur le marché actuel de la construction de nouvelles capacités électriques.
  •  Les petits réacteurs modulaires (SMR) bénéficient d'une grande couverture médiatique et d'un peu d'argent public, mais ils ne sont jusqu'à présent pas disponibles dans le commerce et ne le seront pas avant 10 à 15 ans, voire jamais. Les projets pilotes en Argentine, en Chine et en Russie ont été décevants.
  •  La situation à Fukushima, sur site/hors site, reste instable. Les effets sur la santé et le bien-être sont importants. Les estimations de coûts ont augmenté et vont actuellement de 223,1 milliards de dollars américains (gouvernement) à 322 à 758 milliards de dollars américains (indépendant). Les tribunaux japonais ont acquitté les responsables du gouvernement/ TEPCO pour leur responsabilité en cas de catastrophe, mais se sont prononcés contre l'exploitation du réacteur dans certains cas.
  •  L'énergie nucléaire a démontré une grande sensibilité à la pandémie de COVID -19. Une première analyse montre qu'il a une faible résilience face aux effets les plus courants du changement climatique. La résilience du nucléaire continuera probablement de décliner.
  •  L'exposition du secteur de l'énergie nucléaire aux activités criminelles, notamment les pots-de-vin et la corruption, la contrefaçon et autres falsifications, ainsi que l'infiltration par le crime organisé, pose une véritable question.

Voici le lien pour télécharger les 409 pages du rapport : https://www.worldnuclearreport.org/World-Nuclear-Industry-Status-Report-2021-773.html

 

  


Je remercie celles et ceux qui auront pris le temps de lire cet article.

Bertrand Tièche


lundi 7 février 2022

Désintoxe à propos de l'Allemagne et son charbon



Lassé de lire et entendre sur tous les médias les sempiternelles âneries concernant l'Allemagne et son charbon, âneries savamment rédigées par le lobby pronucléaire, j'ai trouvé nécessaire de rédiger "vite fait" cet article. Il s'agit d'une petite compilation d'articles mettant les choses au point.

Non, le charbon allemand ne remplace pas le nucléaire en Allemagne,

L’Allemagne exporte plus d'électricité vers la France qu'elle n'en importe,

La France pollue plus l'Allemagne avec ses particules fines que l'Allemagne.

Nota : Les particules fines – 48.000 morts par an en France – résultent de la prépondérance du Diesel en France, rendue nécessaire par la politique du pays. Plus d'infos sur le diesel et le nucléaire français dans cet article.


Aucune nouvelle centrale à charbon

N'en déplaise aux thuriféraires du nucléaire, aucune nouvelle construction de centrale thermique au charbon ou au lignite n'a été décidée en Allemagne depuis 2008. Aussi bien les constructions en cours à ce jour que les mises en service réalisées en 2013 n'ont donc aucun lien avec l'arrêt définitif de huit réacteurs nucléaires en 2011.

Regardez cette vidéo "désintoxe" d'ARTE sur le sujet en cliquant sur l'image ci-dessous.




Un mix électrique plus "renouvelable que charbonneux"

Pour la première fois, l’Allemagne a produit plus d’électricité grâce aux énergies renouvelables qu’au charbon en 2018, selon un rapport publié le 3 janvier par l’institut allemand Fraunhofer ISE.

Plus de 40% d’électricité d’origine renouvelable en 2018

En 2018, les énergies renouvelables (éolien, solaire photovoltaïque, biomasse et hydroélectricité) ont produit 219 TWh d’électricité en Allemagne, soit 4,3% de plus qu’en 2017. Elles ont compté pour 40,4% de la production électrique allemande des douze derniers mois, contre 38% pour le charbon (lignite et houille confondus). La part des renouvelables dans le mix électrique outre-rhin a approximativement doublé depuis le début des années 2010. Cliquez sur l'image ci-dessous.




Et pour en finir, voici l'excellente mise au point de Bernard Laponche, publiée sur le Journal de l'énergie le 12 mars 2020.

Je reproduis tout l'article au cas où il disparaitrait, car il est vraiment complet.

Allemagne : trois contre-vérités sur la sortie du nucléaire

Par Bernard Laponche

Depuis plusieurs années, on entend trois affirmations selon lesquelles la décision prise par l’Allemagne en 2000 de sortir du nucléaire a entraîné pour ce pays :

  • Une augmentation de la production d’électricité à partir du charbon.
  • Une augmentation des émissions de CO2 de la production d’électricité en Allemagne.
  • La nécessité pour l’Allemagne d’importer de l’électricité de la France, principalement d’origine nucléaire. Qu’en est-il vraiment ?

Cet article, sur la base des données Eurostat, présente l’évolution de la consommation et de la production d’électricité en Allemagne de 1990 à 2018, avec une particulière attention portée à la période 2000-2018. On constate tout d’abord que, sur la période 1991-2018, si la consommation énergétique finale totale par habitant a augmenté de 9 %, la consommation par habitant du secteur résidentiel a baissé de 11 %, ce qui témoigne d’un effort important d’efficacité dans les usages de l’électricité dans le secteur résidentiel.

En ce qui concerne la production d’électricité, on constate que, sur la période 2000-2018, la baisse de la production d’origine nucléaire, de 94 milliards de kWh (TWh) a été largement compensée par l’augmentation de la production d’origine renouvelable, essentiellement par l’éolien et le photovoltaïque, de 191 TWh. Dans le même temps, la production d’origine fossile (charbon, lignite, gaz essentiellement) a diminué de 33 TWh. Sur cette même période les émissions de gaz à effet de serre de la production électrique ont diminué de 16 %.

Par ailleurs, l’Allemagne n’a pas eu à dépendre d’importations d’électricité de la France. Au contraire, ses exportations nettes vers la France ont toujours été positives sauf en 2011, année de l’arrêt de huit réacteurs électronucléaires après l’accident de Fukushima.

Ces résultats mettent sérieusement en cause les informations régulièrement propagées :

  • Non, la production d’électricité à partir du charbon et du lignite n’a pas augmenté en Allemagne du fait de la sortie du nucléaire, au contraire, elle a décru, tout comme la production à partir de l’ensemble des combustibles fossiles.
  • Oui, la production d’origine renouvelable a plus que compensé, et de loin, la baisse de la production d’origine nucléaire.
  • Non, l’Allemagne n’a pas été importateur net d’électricité de la France. Bien au contraire, les échanges d’électricité se font en sa faveur depuis 2006.

Introduction

Depuis la décision prise en Allemagne en 2000 de sortir du nucléaire[1], une opinion générale s’est répandue en France et fait florès encore aujourd’hui dans les milieux officiels et les medias, comme chez la plupart des citoyens, sur les conséquences qui en ont résulté.

Cette opinion, très particulière à notre pays, se traduit par deux affirmations péremptoires : la baisse de la production d’électricité d’origine nucléaire a entraîné une augmentation de la production à partir du charbon et du lignite, et donc une augmentation des émissions de gaz à effet de serre, essentiellement CO2, par la production d’électricité en Allemagne et, accessoirement, l’obligation pour l’Allemagne d’importer de l’électricité de la France.

Il est donc temps de vérifier la véracité de ces assertions profondément ancrées dans la doxa française. C’est l’objet de cette note qui présente l’évolution de la consommation et de la production d’électricité en Allemagne depuis 1990, avec une attention particulière portée à la période 2000-2018 de la décroissance programmée de la production d’origine nucléaire.

 

1. De la consommation finale à la production brute d’électricité

Les données statistiques utilisées dans cette note proviennent, sauf mention contraire, de la base de données Eurostat. Ce choix est dicté par l’accès libre de cette base et aussi parce qu’elle permet des comparaisons internationales car les données de chaque pays de l’Union européenne y sont traitées de la même façon.
Nous présentons dans cette première partie les différentes étapes allant de la consommation finale à la production brute d’électricité.

 

1.1 Les étapes de la demande à l’offre d’électricité

La consommation finale

La consommation finale est la quantité d’électricité consommée par l’ensemble des consommateurs finals d’électricité hors secteur de l’énergie : l’industrie, les transports, les ménages (secteur résidentiel), les activités tertiaires, l’agriculture et la pêche.

Le passage de la consommation finale à la production brute d’électricité se fait en plusieurs étapes :

La consommation intérieure

La consommation intérieure est la quantité d’électricité consommée par l’ensemble des consommateurs intérieurs au pays. Elle est égale à la somme de la consommation finale et de la consommation des entreprises du secteur de l’énergie (pétrole, gaz, charbon, renouvelables), hors secteur électrique.

Le disponible pour la consommation intérieure

Le disponible pour la consommation intérieure est la quantité d’électricité mise à la disposition de l’ensemble des consommateurs du pays. Cette quantité est obtenue en ajoutant à la consommation intérieure les pertes de transport et distribution de l’électricité sur le réseau de transport et distribution de l’électricité (essentiellement par effet joule).

La production nette

La production nette est obtenue en ajoutant à la disponibilité pour la consommation intérieure l’exportation nette d’électricité (exportation – importation) et la consommation du pompage pour le stockage hydraulique de l’électricité.

La production brute

La production brute est obtenue en ajoutant à la production nette l’autoconsommation du secteur électrique.

Remarque

Nous procédons ici par une progression à partir de la consommation finale. On peut aussi procéder de façon inverse en partant de la production brute et en effectuant les mêmes opérations dans l’autre sens, productions brute et nette étant mesurées sur chaque équipement de production d’électricité, auto-producteurs compris. Du point de vue statistique la valeur de l’autoconsommation utilisée est la différence entre la production brute et la production nette.

 

1.2 Les postes intermédiaires

La figure 1 montre l’évolution des quatre « postes intermédiaires » qui interviennent dans ces différentes étapes : consommation du secteur de l’énergie, hors secteur électrique ; pertes sur les réseaux de transport et distribution de l’électricité ; consommation du pompage pour stockage hydraulique ; autoconsommation de la production d’électricité.

Figure 1

On note la baisse de l’autoconsommation, essentiellement due à la baisse de la production d’origine nucléaire, ainsi que celle du secteur de l’énergie, et, d’autre part, la modeste augmentation de la consommation du pompage pour stockage. Les fortes évolutions des pertes de transport et distribution paraissent curieuses (et non expliquées).

 

1.3 Les échanges d’électricité

Le tableau 1 et la figure 2 présentent les échanges d’électricité : importation, exportation, exportation nette.


Figure 2

De 1990 à 2005, importation et exportation augmentent, à peu près au même rythme, de 30 TWh à 61 TWh avec une alternance d’exportation nette positive ou négative selon les années.
A partir de 2005 (57 TWh) l’importation diminue (42 TWh en 2008), puis remonte à 51 TWh en 2011 pour décroître ensuite jusqu’à 28 TWh en 2017 et 32 TWh en 2018.
L’exportation augmente jusqu’en 2006 (baisse ponctuelle en 2002), décroît en 2011, année de l’arrêt définitif de huit réacteurs nucléaires, pour remonter ensuite et atteindre le record de 81 TWh en 2018. L’exportation nette augmente nettement à partir de 2011 pour atteindre 49 TWh en 2018.

L’exportation nette d’électricité vers la France

Les valeurs des exportations nettes de l’Allemagne vers la France proviennent de la base de données de RTE de 2006 à 2014 (« Réseau de transport de l’électricité » en France).
Depuis 2015, RTE n’a publié que les échanges de la France avec l’ensemble des autres pays de la zone CWE (Allemagne, Autriche, Belgique, France, Luxembourg, Pays-Bas). Pour les années suivantes, à l’exception de 2015, les données proviennent de l’organisme allemand AGORA qui les a publiées pour les années 2016, 2017 et 2018.

Figure 3

L’échange d’électricité avec la France est toujours au bénéfice de l’Allemagne sur la période 2006-2018, sauf pour l’année 2011 dont le caractère est très particulier (arrêt de huit réacteurs électronucléaires en Allemagne).

 

1.4 La consommation finale d’électricité

La consommation finale par secteur

Les évolutions des consommations finales des différents secteurs d’activité (hors secteur de l’énergie), sont présentées dans la figure 4 et le tableau 3.

Figure 4

Note : Jusqu’en 2010, la consommation d’électricité de l’agriculture est prise en compte dans celle du secteur tertiaire.

Le secteur de l’industrie reste le premier consommateur tout au long de la période de 1990 (47,5 %) à 2018 (45 %), avec la chute brutale en 2009 du fait de la crise financière et économique, devant les secteurs du résidentiel (30 %, 25 %) et tertiaire (19 %, 27 %). Si la consommation de l’ensemble « résidentiel et tertiaire », donc celle dans les bâtiments non industriels reste dominante (49 %, 52 %), la consommation du résidentiel, donc des ménages, après une augmentation faible mais régulière de 1990 à 2010 décroît nettement de 2010 (142 TWh) à 2018 (128 TWh), et celle du tertiaire, après une forte augmentation de 1990 (88 TWh) à 2010 (144 TWh), décroît également fortement à 137 TWh en 2018.

 

La consommation finale par habitant

La figure 5 indique la consommation finale totale par habitant et la consommation finale par habitant dans le secteur résidentiel (consommation des ménages).
La population de l’Allemagne augmente de 79,75 millions en 1990 à 83,02 millions en 2018.
La consommation finale totale par habitant augmente de 5706 kWh en 1990 à 6640 kWh en 2010 pour décroître ensuite à 6190 kWh en 2018.
La consommation finale par habitant du secteur résidentiel (consommation directe des ménages) décroît de 1990 (1718 kWh) à 1991 (1523 kWh), augmente ensuite à 1768 kWh en 2010 et décroît à 1566 kWh en 2018, soit au niveau de 1991 (1523 kWh), ce qui est une performance remarquable, résultat des efforts d’efficacité dans la consommation d’électricité des ménages depuis une vingtaine d’années.

Figure 5

1.5 Le bilan offre-demande

La figure 6 et le tableau 4 présentent les évolutions des productions brute et nette et la consommation finale d’électricité de 1990 à 2018.

Figure 6


A part une légère baisse en début de période, les trois grandeurs augmentent régulièrement sur la période 1990-2008. Après la baisse ponctuelle en 2009, l’augmentation se poursuit de façon irrégulière pour les productions jusqu’en 2018, tandis qu’une légère baisse de la consommation finale s’amorce dès 2010 (533 TWh) et jusqu’à 2018 (514 TWh).


2. La production d’électricité par source

2.1 Production d’électricité par grande filière

 

Sur l’ensemble de la période

La production à partir du charbon augmente légèrement de 1990 (142 TWh) à 1998 (153 TWh), décroît ensuite jusqu’en 2009 (108 TWh), remonte à 127 TWh en 2013 pour descendre à 83 TWh en 2018. La production à partir du lignite est fluctuante de 1990 (169 TWh) à 2013 (161 TWh), pour décroître ensuite à 146 TWh en 2018. La production à partir du gaz naturel, de 41 TWh en 1990, augmente jusqu’à 90 TWh en 2010, baisse à 63 TWh en 2015 pour remonter à 88 TWh en 2017, et se situe à 83 TWh en 2018.

Au total, la production d’origine fossile (charbon, lignite, gaz naturel, gaz manufacturés, produits pétroliers), baisse de 373 TWh en 1990 à 361 TWh en 2000 et 328 TWh en 2018.
Toujours dans les énergies de stock, la production à partir de l’uranium, de 153 TWh en 1990, augmente à 170 TWh en 1997, pour suivre un plateau jusqu’en 2006 (167 TWh). Ensuite vient la baisse programmée de la production d’origine nucléaire (voir A1 et A2 en Annexe) à 141 TWh en 2010, 97 TWh en 2013 et 76 TWh en 2018.

La production à partir des énergies renouvelables (voir le point 2.2), de 22 TWh en 1990, augmente de façon régulière de 9 % en moyenne annuelle, pour atteindre 40 TWh en 2000, 110 TWh en 2010 et 231 TWh en 2018. Le tableau 5 montre que la progression de la production d’origine renouvelable sur la période 2000-2018, soit 191,2 TWh, est très largement supérieure à la réduction de la production d’origine uranium (94 TWh). Elle est également supérieure à la somme des baisses des productions d’origine charbon, lignite et uranium (162 TWh). Mais, sur la même période, la production à partir du gaz naturel a augmenté de 31 TWh.
En 2018, la part de la production d’électricité d’origine renouvelable dans la production totale (36 %) est égale à la part de la production d’origine charbon + lignite (35,6 %).

Figure 7

Autres :

– Gaz manufacturés, TWh : 10,8 en 1990, 7,5 en 2000, 10,8 en 2018.
– Produits pétroliers, TWh : 10,4 en 1990, 4,8 en 2000, 5,2 en 2018.
– Déchets non renouvelables, TWh : 3,6 en 1990, 5,8 en 2000, 7,1 en 2018. 

 

De 2000 à 2018

 

L’histogramme de la figure 8 met en évidence les variations comparées des contributions de chaque grande filière sur la période 2000-2018 de baisse de la production d’origine nucléaire.

Figure 8

2.2 Production d’électricité par source renouvelable

Jusqu’au milieu des années 1990, la seule contribution notable est celle de l’hydraulique qui reste à peu près au même niveau sur l’ensemble de la période étudiée, allant de 20 TWh en 1990 à 27 TWh en 1996, 21 TWh en 1998, 28 TWh en 2002, pour se stabiliser ensuite entre 25 et 29 TWh, puis descendre à 24 TWh en 2018.
La production de l’éolien amorce sa croissance au début des années 1990 et connaît ensuite une croissance de 9 % par an en moyenne, avec quelques fluctuations d’une année sur l’autre, pour aboutir à 110 TWh en 2018.

La production du photovoltaïque décolle plus tard, au début des années 2000, et croît très rapidement ensuite pour atteindre 12 TWh en 2010, 31 TWh en 2013 et 46 TWh en 2018.

Bien que moins spectaculaire, la production à partir du biogaz, des biocarburants et des déchets augmente également à partir de 1,5 TWh en 1990 à 2,5 TWh en 2000, 4,3 TWh en 2000, 14 TWh en 2005, 33 TWh en 2010, et 51 TWh en 2018. Cette contribution d’une production thermique (comparable à celle à partir du charbon) est très importante car elle permet de compenser, comme l’hydraulique, la variabilité des productions à partir de l’éolien ou du photovoltaïque. C’est donc un élément très important de l’équilibre du système de production d’électricité dans son ensemble.

Figure 9

Autres :

– Biocarburants solides, TWh : 0,1 en 1990 ; 0,8 en 2002, 10,8 en 2018

– Déchets municipaux renouvelables, TWh : 1,2 en 1990 ; 1,8 en 2002 ; 6,2 en 2018.


3. Les émissions des gaz à effet de serre de la production d’électricité

La présentation la plus complète sur l’ensemble de la période 1990-2018 des émissions de gaz à effet de serre du système de production d’électricité est celle de l’Agence fédérale de l’environnement de l’Allemagne, UBA (Umweltbundesamt), présentée par AGORA (voir A3 en Annexe).

Les émissions diminuent rapidement de 1990 à 1999 (366 à 374 Mt eqCO2), puis augmentent jusqu’à 2005 (344 Mt), baissent nettement en 2009 (295 Mt), remontent jusqu’en 2013 (324 Mt) pour descendre nettement et régulièrement jusqu’à 274 Mt en 2018.

Les émissions de gaz à effet de serre diminuent de 25 % sur l’ensemble de la période 1990-2018, de 16 % sur la période 2000-2018 et de 15 % sur la période 2013-2018.

Figure 10

UBA : Umweltbundesamt, Agence fédérale pour l’environnement de l’Allemagne.

Figure 11

*Autres : fioul, déchets, énergies renouvelables, nucléaire.

Les émissions diminuent rapidement de 1990 à 1999 (366 à 374 Mt eqCO2), puis augmentent jusqu’à 2005 (344 Mt), baissent nettement en 2009 (295 Mt), remontent jusqu’en 2013 (324 Mt) pour descendre nettement et régulièrement jusqu’à 274 Mt en 2018.
Les émissions de gaz à effet de serre diminuent de 25 % sur l’ensemble de la période 1990-2018, de 16 % sur la période 2000-2018 et de 15 % sur la période 2013-2018.
Globalement, sur la période 2000-2018, les émissions ont augmenté de 5 % de 2000 à 2007 (0,7% par an) et diminué de 15 % (3 % par an) de 2013 à 2018.
L’augmentation des émissions de 2000 à 2007 est cohérente avec l’augmentation de la consommation finale et la hausse des exportations.

*Autres : fioul, déchets, énergies renouvelables.

L’exportation nette d’électricité étant toujours positive depuis 2003 et atteignant 53 TWh en 2007 et 49 TWh en 2018, une partie des émissions de gaz à effet de serre causées par la production (partie pour laquelle il est difficile de séparer les parts respectives des fossiles et des renouvelables) correspond à des consommations extérieures à l’Allemagne, y compris en France.


Conclusion

 

Cette étude de l’évolution de la consommation et la production d’électricité en Allemagne sur la période 1990-2018, a porté une attention particulière à la période 2000-2018 pendant laquelle ce pays a mis en place la réduction de la production d’origine nucléaire et, en parallèle, l’augmentation de la production à partir des énergies renouvelables, dans le cadre de sa politique énergétique globale de transition des énergies de stock (fossiles, uranium) aux énergies renouvelables et de développement de l’efficacité énergétique (Energiewende).

On constate que l’augmentation de la production d’électricité d’origine renouvelable sur la période 2000-2018, soit 191 TWh, est très largement supérieure à la baisse de la production d’origine uranium (94 TWh). Elle est également supérieure à la somme des baisses des productions à partir du charbon, du lignite et de l’uranium (162 TWh). Mais, sur la même période, la production à partir du gaz a augmenté de 44 TWh. La production d’origine fossile (charbon, lignite, gaz, produits pétroliers), baisse de 45 TWh sur la période 1990-2018 et de 33 TWh sur la période 2000-2018. En 2018, la part des énergies renouvelables dans la production totale d’électricité (36 %) est égale à celle à partir du charbon plus du lignite (35,6 %) mais reste inférieure à celle de l’ensemble des combustibles fossiles (49 %).
Les émissions des gaz à effet de serre ont diminué de 25 % sur l’ensemble de la période 1990-2018 et de 16 % sur la période 2000-2018.
A partir de 2003, les exportations nettes sont toujours positives et atteignent leur maximum en 2017 (53 TWh). A l’exception de l’année 2011 qui est un cas à part, l’exportation nette vers la France est toujours positive sur la période 2006-2018.

Ces résultats mettent sérieusement en cause les affirmations couramment propagées sur les ondes ou dans les dîners en ville. Non, la consommation de charbon et de lignite n’a pas augmenté du fait de la sortie du nucléaire, elle a décru, comme la production à partir de l’ensemble des combustibles fossiles. Oui, la production d’origine renouvelable a plus que compensé, et de loin, la baisse de la production électronucléaire. Non, les émissions de gaz à effet de serre n’ont pas augmenté sur la même période, elles ont même décru. Non, l’Allemagne n’a pas importé un excédent d’électricité de la France, bien au contraire, sauf pour l’année 2011, quand huit réacteurs électronucléaires ont été arrêtés.




Annexe

 

A1. Centrales et réacteurs nucléaires en 2017 en Allemagne

Liste des réacteurs en fonctionnement et à l’arrêt en Allemagne au 31.12.2017 : Elecnuc 2018. Les centrales nucléaires dans le monde, CEA. (p.34, pp 52-53)


A2. Programme d’arrêt définitif des réacteurs électronucléaires

Figure 12 – Le programme d’arrêt des réacteurs électronucléaires en Allemagne

Figure 12

 

A3. Emissions de gaz à effet de serre de la production d’électricité

Figure 13. Exemple de graphique présenté par le cabinet allemand d’expertise AGORA dans : « Insights from Germany’s Energiewende », Mars 2018.

Figure 13. Emissions de CO2 du secteur électrique allemand de 1990 à 2017

 

UBA : Umweltbundesamt, Agence fédérale pour l’environnement de l’Allemagne.

[1] La décision a été prise en 2000 et son application s’est accélérée en 2011 suite à l’accident nucléaire de Fukushima, au Japon.

 

Bernard Laponche préside l’association Global Chance.


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Post Scriptum :

J'espère que cela vous aura intéressé.

Sur le même sujet je vous propose de consulter cet autre article très détaillé sur le site "Les Crises : "Arrêtons avec les centrales à charbon allemandes". Je sais que le gars qui tient ce site est très mal vu par les journalistes professionnels, mais les chiffres qu'ils donnent ont le mérite d'être vrais sur cet article.

Graphique extrait de l'article du site "Les Crises"