dimanche 6 décembre 2015

Retour au meilleur des mondes, avec Aldous Huxley




Voici un article un peu spécial sur Transitio

Je l'ai rédigé ce dimanche 6 décembre 2015, très rapidement, en un après-midi. J'aurais pu le mettre sur mon Blog-notes (et je vais le faire), mais j'ai jugé bon de le mettre aussi sur Transitio, dans la rubrique "Oser penser", bien sûr...

Aujourd'hui, premier tour des élections régionales en France, le Front National, un parti fasciste, fondé par des collabos, d'anciens SS, des monarchistes et autres ennemis jurés de la République arrive en première position dans nombre de régions.

J'ai déjà essayé de parler du FN sur Transitio.net, mais j'ai choisi de prendre un peu de distance et de vous parler d'un livre que je viens de terminer.

A vous de voir le rapport...




Huxley ou Orwell ?


Peut-être avez-vous lu « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley ? Peut-être avez-vous également lu « 1984 » de George Orwell ? Si c’est le cas, peut-être vous demandez-vous alors, lequel des deux a été le plus lucide, le plus visionnaire, quant à l’évolution de nos sociétés ?



Dictature poivrée ou sucrée ?

Aldous Huxley s’est d’une autre façon posé cette question en 1958, soit 27 ans après avoir publié « Le meilleur des mondes » et 10 ans après la publication de « 1984 ». Il s’est posé cette question et il y a apporté quelques réponses dans cet étonnant petit livre intitulé « Retour au meilleur des mondes » dont je vous conseille bien sûr la lecture.
57 ans sont encore passés depuis la publication de ce livre. Force est de constater que c’est la vision d’Aldous Huxley qui se rapproche le plus de la tournure que prend notre société. Ce n’est pas la dictature à l’ancienne, brutale et violente, façon 1984 qui semble le plus nous menacer. Ce serait plutôt une soumission consentie, voire désirée, « délicatement » insérée dans nos esprits par un pouvoir démesurément puissant possédant des outils de persuasion d’une efficacité jamais égalée.



Propagande indispensable ?

Lorsque Aldous Huxley évoque « Madison avenue » dans l’extrait ci-dessous, il désigne le monde de la publicité qui a pris son essor depuis cette avenue de Manhattan dans les années 20. C’est le monde des spin doctors, les maîtres de la propagande, dont le génial Edward Bernays fut l’inventeur.

Edward Bernays qui écrivait dans son livre Propaganda, publié en 1929 : « L’instruction généralisée devait permettre à l’homme du commun de contrôler son environnement. A en croire la doctrine démocratique, une fois qu’il saurait lire et écrire il aurait les capacités intellectuelles pour diriger. Au lieu de capacités intellectuelles, l’instruction lui a donné des vignettes en caoutchouc, des tampons encreurs avec des slogans publicitaires, des éditoriaux, des informations scientifiques, toutes les futilités de la presse populaire et les platitudes de l’histoire, mais sans l’ombre d’une pensée originale. Ces vignettes sont reproduites à des millions d’exemplaires et il suffit de les exposer à des stimuli identiques pour qu’elles s’impriment toutes de la même manière. »

Inutile de vous dire que les moyens dont disposent ces nouveaux propagandistes sont sans commune mesure avec ceux dont disposaient les publicitaires des années 20 ! Le développement des sciences sociales tout comme les fabuleuses avancées réalisées sur le fonctionnement du cerveau leur ont remis entre les mains un pouvoir sur nos esprits et nos comportements dont la plupart d’entre nous n’ont même pas conscience.

La propagande est-elle indispensable en démocratie comme le prétendait cyniquement Edward Bernays ? 
Une population de citoyens instruits et disposant d’un sens critique affûté est-elle vraiment ingouvernable ? 
Sommes-nous condamnés à devenir un troupeau aveugle et stupide, vivant parqué dans des mégapoles gigantesques ? 
La démocratie ne pourrait-elle effectivement fonctionner que dans des petites communautés de la taille d’une cité grecque ou d’un petit pays de la taille de la Suisse par exemple ?



La surpopulation et le risque d’en avoir peur

Aldous Huxley désigne la surpopulation comme la cause essentielle de la perte de liberté dans nos sociétés. Cette crainte existait déjà à son époque, ainsi qu’une crainte de voir l’espèce humaine dégénérer de ce fait. Cette crainte de la dégénérescence était alors portée par la dangereuse théorie de l’eugénisme. Cette théorie, issue d’une mauvaise interprétation de la génétique naissante, bénéficia d’un engouement général parmi toutes les élites des années 30 et 40, élites aussi bien intellectuelles que politiques ou artistiques. Un médecin français, Alexis Carel, reçu même un prix Nobel pour avoir exposé « brillamment » cette théorie. Que préconisait cette théorie ? Une sélection génétique des individus pour épurer la race humaine… On sait à quoi cela mena par la suite…

Même si Aldous Huxley a été influencé par cette théorie, qui à l’époque était quasiment aussi incontestable que le sont les causes du réchauffement climatique actuellement (c’est vous dire !), il n’en n’était pas moins un humaniste et son souci de notre avenir était généreux et sincère.



Le poison grégaire

Une expression a retenu plusieurs fois mon attention dans le texte, celui de « poison grégaire ». En y réfléchissant un peu, je me suis dit que ce n’était pas tant la surpopulation qui constituait une menace, que la concentration. Excusez l’image, mais les éleveurs savent bien que les maladies viennent au troupeau du fait qu’il vit parqué. La moindre petite pathologie physique ou mentale peut prendre des proportions considérables au sein d’une population de gens concentrés dans des lieux de travail et de vie surpeuplés.



Pourquoi la concentration ?

A quel besoin répond actuellement l’accélération de la concentration urbaine ? Pourquoi laisse-t-on volontairement détruire les campagnes et abandonne-t-on progressivement leurs friches à des consortiums qui produisent une nourriture immonde à l’aide de machines et de produits chimiques dans des fermes usines automatisées ? Pourquoi après avoir exporté les métiers qui les faisaient vivre ou abandonné leurs commerces et services aux multinationales, laisse-t-on mourir peu à peu les petites villes de province ? Pourquoi le mot d’ordre est-il au regroupement, à la centralisation régionale, à la création de grandes métropoles polluantes et dévoreuses d’énergie ?
Les effets de ce poison grégaire évoqué par Huxley ne sont-ils pas assez évidents ? A-t-on le droit de s’inquiéter de cette épidémie de bêtise qui contamine peu à peu le troupeau, ou bien celle-ci est-elle « sous contrôle » ?
Que peut devenir l’individu qui a fait l’effort d’apprendre à penser pour gagner sa liberté, si celui-ci est emprisonné au milieu d’un troupeau bêlant pour une divinité anachronique ou un produit marketing ?



Le retour du pire

Le pire de notre histoire semble près de prendre son aveugle revanche. Les acquis des siècles de combats pour la liberté n’ont jamais été aussi menacés et surtout, aussi peu défendus. Le troupeau aime les bergers qui le tondent tout aussi bien que les loups qui l’égorge ! L’accélération de ce phénomène de troupeau, peut-être fort utile pour « diriger » nos soi-disant démocraties, donne peu à peu le jour à un nouvel animal humain, lâche et fragile comme un mouton, bêlant « Vive Marine », « Vive la croissance », « Allah Akbar », « Vive Jésus », ou « IPhone 6 » ! La régression est telle que rien ne sert d’argumenter auprès de ces malheureux. Leur ignorance constitue la base de leur misérable fierté et ceux qui se croient les plus malins vous sortent des arguments bêtes à pleurer, bien souvent dignes de la scolastique médiévale ou des pires heures du nazisme…



Que faire ?

C’est le titre du dernier chapitre de ce livre d’Aldous Huxley.
Se tenir autant faire se peut à l’écart du troupeau ? Eviter les bêtes malades ? Je me rends compte à quel point cette dernière suggestion peut prêter à une mauvaise interprétation. Mais quelle solution nous reste-t-il, sinon fuir ?
Pourquoi ne pas lire « L’éloge de la fuite » de Henri Laborit ?




Je vous propose de lire deux extraits de ce livre passionnant
                                                                                                                   

Extrait du chapitre V « La propagande dans une dictature »


« Hitler », écrivait Hermann Rauschning en 1939, « a un profond respect pour l’Eglise catholique et l’ordre des Jésuites, en raison non pas de leur doctrine chrétienne, mais du point du « mécanisme » qu’ils ont mis au point et contrôlé, de leur système hiérarchique, de leur connaissance de la nature humaine, de la sagacité avec laquelle ils font usage de ses faiblesses pour dominer les croyants. » Un cléricalisme sans christianisme, la discipline d’une règle monastique, non pas dans la plus grande gloire de dieu ou le salut personnel, mais pour l’Etat et la plus grande gloire du démagogue devenu chef – tel était le but vers lequel tendait le déplacement systématique des masses.

Voyons ce que Hitler pensait des foules qu’il remuait et comment il opérait ces déplacements. Le premier principe dont il partait était un jugement de valeur : les masses sont absolument méprisables. Incapables de la moindre pensée abstraite, elles ne s’intéressent à rien en dehors des limites de leur expérience immédiate. Leur comportement est déterminé, non par la connaissance et la raison, mais par des sensations et des entraînements inconscients. C'est à ce niveau que sont « implantées les racines de leurs attitudes, aussi bien positives que négatives ». Pour réussir, un propagandiste doit apprendre à manipuler ces instincts et ces émotions. « La puissance d'impulsion qui a provoqué les révolutions les plus formidables sur cette terre n'a jamais été un compendium d'enseignements scientifiques étendant progressivement son influence sur les foules, mais toujours une dévotion qui les a inspirées et souvent une manière d'hystérie qui les a jetées dans l'action. Qui veut se gagner les masses doit connaitre la clef qui ouvrira la porte de leur cœur »... en jargon post-freudien, de leur subconscient.

Ceux que Hitler séduisait le plus étaient ces membres de la petite bourgeoisie ruinés par l'inflation de 1923, puis de nouveau par la dépression de 1929 et des années suivantes. Les « masses » dont il parle, c'étaient ces millions d'êtres désorientés, aigris et dévorés d'une anxiété chronique. Pour les rendre plus amorphes, plus homogènes dans leur abaissement au-dessous du niveau humain, il les rassembla par milliers et dizaines de milliers dans de vastes arènes où les individus pouvaient perdre leur identité, voire leur humanité élémentaire et se fondre dans la foule. Un homme ou une femme entre en contact direct avec la société de deux façons : en tant que membre soit de quelque groupe familial professionnel ou religieux, soit d'une foule. Les groupes sont capables d'être aussi moraux et intelligents que les individus qui les composent, une foule est chaotique, sans volonté propre et capable de tout sauf d'une action intelligente ou d'une pensée réaliste. Rassemblés dans son magma, les humains perdent leur faculté de raisonner et de faire un choix en matière de morale.

Leur suggestibilité est accrue à un point tel qu'ils cessent d'avoir le moindre jugement, la moindre volonté propre. Ils deviennent excitables, perdent tout sens de leurs responsabilités personnelles ou collectives, sont sujets à de brusques accès de rage, d'enthousiasme et de panique. En un mot, l'homme, dans une foule, se comporte comme s'il avait avalé une forte dose d'un puissant alcool, il est victime de ce que j'ai appelé l'empoisonnement grégaire ». Comme l'alcool, ce poison est une substance active, faisant sortir de soi-même ; l'individu qui souffre de ses effets échappe aux responsabilités, à l'intelligence et à la moralité pour se réfugier dans une sorte d'animalité frénétique et vide.

Durant sa longue carrière d'agitateur, Hitler avait étudié les effets du poison grégaire et appris à les utiliser dans l'intérêt de ses desseins. Il avait découvert que l'orateur peut mettre en branle, beaucoup plus efficacement que l'écrivain, ces forces cachées » qui motivent les actions des hommes. La lecture est une activité non pas collective mais privée. L'écrivain ne s'adresse qu'à des individus assis chez eux, dans un état de sobriété normale. L'orateur parle à des masses déjà bien contaminées par le poison grégaire, elles sont à sa merci et, s'il connaît son métier, il peut faire d'elles ce qu'il veut. Or, Hitler était un maître d'une suprême habileté dans ce domaine. Il était capable, selon ses propres termes, de suivre les indications données par la grande masse de façon telle que les émotions vivantes de ses auditeurs lui suggéraient le mot propre dont il avait besoin et que ce mot retournait droit au cœur de la foule, Otto Strasser disait qu'il était un « haut-parleur, révélant les désirs les plus secrets, les instincts les moins admissibles, les souffrances et les révoltes personnelles de toute une nation ». Vingt ans avant que Madison Avenue se fût lancée dans la « recherche des motivations », Hitler explorait et exploitait systématiquement les craintes, les espoirs secrets, les désirs, les appétits, les anxiétés et les rancœurs des masses allemandes. C'est par la manipulation de « forces cachées » que les experts en publicité vous incitent à acheter leurs produits - une pâte dentifrice, une marque de cigarette, un candidat politique - et c'est en faisant appel aux mêmes, ainsi qu'à d'autres trop dangereuses pour que s’y frotte Madison Avenue, que Hitler a incité les "masses allemandes à s'acheter un Führer, une philosophie insane et une Deuxième Guerre mondiale.

Contrairement à la foule, les intellectuels ont le goût du rationnel et s'intéressent aux données d'expérience. Leur esprit formé à la critique les rend réfractaires au genre de propagande qui réussit si bien avec la majorité. Parmi les masses « l'instinct est le maître suprême et de l'instinct naît la foi... Alors que les éléments sains du peuple serrent instinctivement les rangs pour former une collectivité " (sous la direction d’un Chef, cela va sans dire) « les intellectuels couraillent de-ci et de-là comme des volailles dans un poulailler. On ne peut pas faire l'Histoire avec eux, ni les utiliser pour édifier un groupe homogène, Les intellectuels sont de ces gens qui exigent des preuves et s'indignent des illogismes, ainsi que des sophismes. Ils considèrent l’excès de simplification comme le péché originel de l’esprit et n'ont que faire des slogans, assertions catégoriques et généralisations abusives qui constituent le répertoire du propagandiste. « Toute propagande efficace », a écrit Hitler, « doit se borner au strict indispensable, puis s’exprimer en quelques formules stéréotypées. " Celles-ci doivent être constamment reprises, car « seule la répétition constante réussira finalement à graver une idée dans la mémoire d’une foule ». La philosophie nous enseigne à douter de ce qui nous parait évident. La propagande, au contraire, nous enseigne à accepter pour évident ce dont il serait raisonnable de douter. Le but du démagogue est de créer la cohésion sociale sous sa propre autorité.

Mais, ainsi que Bertrand Russel l’a fait remarquer, « les systèmes dogmatiques sans fondements empiriques, tels que la scolastique, le marxisme et le fascisme, ont l’avantage de susciter une cohérence sociale marquée parmi leurs disciples ». Il faut donc que le propagandiste démagogique soir uniformément dogmatique. Toutes ses déclarations sont catégoriques et sans nuances, le tableau qu'il brosse du "monde n’a pas de gris, tout y est diaboliquement noir ou célestement blanc" Selon les termes de Hitler, il doit adopter « une attitude systématiquement partiale à l'égard de tous les problèmes qu’il a à traiter ". Il ne doit jamais admettre qu’il a pu se tromper, ou que des gens avant un point de vue différent pourraient avoir même en partie raison.

Défense de discuter avec des adversaires ; ils seront attaqués, réduits au silence ou, s'ils deviennent trop gênants, liquidés. L’intellectuel à la conscience exagérément délicate pourra être choqué par ces procédés, mais les masses sont toujours convaincues que « le bon droit est du côté de l'agresseur ".

Telle était donc sur l'humanité dans sa masse l'opinion de Hitler : elle était féroce, était-elle fausse ? On connait l'arbre à ses fruits et une conception de la nature humaine qui a inspiré un genre de méthode aussi horriblement efficace doit contenir au moins une part de vérité. La vertu et l'intelligence appartiennent aux humains en tant qu'individus librement associés à leurs semblables dans de petits groupes. Le péché et la bêtise aussi. Cependant, la vanité préhumaine à laquelle le démagogue fait appel, le crétinisme moral sur lequel il s'appuie quand il fouaille ses victimes pour les jeter dans l'action, sont des traits qui caractérisent l'homme et la femme non pas en tant qu'individus, mais dans la masse.

L'absence de pensée et l'idiotie morale ne sont pas des attributs caractéristiques de l'espèce humaine, ce sont des symptômes d'empoisonnement grégaire. Dans toutes les religions les plus évoluées du globe, la conversion et l'illumination sont affaires personnelles. Le royaume des cieux est dans l'esprit de chacun, non pas dans le vacuum collectif d'une foule. Le Christ a promis d'être présent là où deux ou trois personnes se seraient rassemblées, il n'a jamais dit qu'il serait au milieu de milliers d'êtres en train de se contaminer réciproquement à grandes lampées de poison grégaire. Sous les Nazis, des multitudes énormes étaient obligées de passer un temps non moins énorme à marcher en rangs serrés du point A au point B, pour revenir au point A.

« Ce soin de garder ainsi toute la population en mouvement semblait être une perte insensée de temps et d'énergie. Ce n'est que bien plus tard, ajoute Hermann Rauschning, « qu’on y a découvert une intention subtile, fondée sur une coordination judicieuse des fins et des moyens. La marche au pas cadencé détourne les pensées des hommes, elle tue l'intelligence, elle supprime la personnalité, elle est le coup de baguette magique indispensable pour accoutumer les gens à une activité mécanique, quasi rituelle, jusqu’à ce qu'elle devienne une seconde nature. »

A son point de vue, et au niveau où il avait décidé d'accomplir son horrible besogne, Hitler avait fait une estimation parfaitement juste de la nature humaine. Pour ceux d'entre nous qui considèrent les hommes et les femmes comme des individualités, non comme les membres de foules ou de collectivités enrégimentées, il parait s’être hideusement trompé. A une époque où la surpopulation s'accélère, où l'excès d’organisation s'accentue, où les moyens d'information à l'échelle planétaire deviennent sans cesse plus efficaces, comment pouvons-nous sauvegarder l'intégrité et réaffirmer la valeur de la personnalité humaine ? C'est là un problème que l'on peut encore poser et peut-être résoudre effectivement.

Dans une génération d'ici, il risque d’être trop tard pour trouver une réponse et peut-être même sera-t-il impossible dans l'ambiance collective étouffante de ces temps futurs, de poser la question.




Extrait du chapitre XII « Que faire ? »

Arrivés à ce point, nous nous trouvons devant une question très troublante. Désirons-nous vraiment agir ? Est-ce que la majorité de la population estime qu'il vaut bien la peine de faire des efforts assez considérables pour arrêter et si possible renverser la tendance actuelle vers le contrôle totalitaire intégral ? Aux U.S.A. – et l'Amérique est l'image prophétique de ce que sera le reste du monde urbano-industriel dans quelques années d'ici - des sondages récents de l'opinion publique ont révélé que la majorité des adolescents au-dessous de vingt ans, les votants de demain, ne croient pas aux institutions démocratiques, ne voient pas d’inconvénient à la censure des idées impopulaires, ne jugent pas possible le gouvernement du peuple par le peuple et s'estimeraient parfaitement satisfaits d’être gouvernés d’en haut par une oligarchie d’experts assortis, s'ils pouvaient continuer à vivre dans les conditions auxquelles une période de grande prospérité les a habitués. 
Que tant de jeunes spectateurs bien nourris de la télévision, dans la plus puissante démocratie du monde, soient si totalement indifférents à l’idée de se gouverner eux-mêmes, s'intéressent si peu à la liberté d’esprit et au droit d'opposition est navrant, mais assez peu surprenant. « Libre comme un oiseau », disons-nous, et nous envions les créatures ailées qui peuvent se mouvoir sans entrave dans les trois dimensions de l’espace, mais hélas, nous oublions le dodo. Tout oiseau qui a appris à gratter une bonne pitance d’insectes et de vers sans être obligé de se servir de ses ailes renonce bien vite au privilège du vol et reste définitivement à terre. Il se passe quelque chose d’analogue pour les humains. Si le pain leur est fourni régulièrement et en abondance trois fois par jour, beaucoup d'entre eux se contenteront fort bien de vivre de pain seulement - ou de pain et de cirque.

« En fin de compte », dit le grand Inquisiteur dans la parabole de Dostoïevski, « ils déposeront leur liberté à los pieds et nous diront : faites de nous vos esclaves, mais nourrissez-nous. » Et quand Aliocha Karamazov demande à son frère, celui qui raconte l’histoire, si ce personnage parle ironiquement, Ivan répond : « Pas le moins du monde ! Il revendique comme un mérite pour lui et son Eglise d’avoir vaincu la liberté dans le dessein de rendre les hommes heureux, Oui, pour rendre les hommes heureux. « Car rien », assure-t-il, « n'a jamais été plus insupportable pour un homme ou une société humaine que la liberté. » Rien, si ce n’est son absence ; en effet, lorsque les choses vont mal et que les rations sont réduites, les dodos rivés au sol réclament leurs ailes à tue-tête - pour y renoncer, une fois de plus, quand les temps deviennent meilleurs et les éleveurs plus indulgents, plus généreux. 
Les jeunes qui ont si piètre opinion de la démocratie combattront peut-être pour défendre la liberté. Le cri de « Donnez-moi la télévision et des saucisses chaudes, mais ne m’assommez pas avec les responsabilités de l'indépendance », fera peut-être place, dans des circonstances différentes à celui de « La liberté ou la mort ». Si une telle révolution se produit, elle sera due en partie à l'action de forces sur lesquelles, même les gouvernements les plus puissants n’ont que très peu de pouvoir, en partie à l'incompétence de ces chefs, à leur manque d'efficacité dans le maniement des instruments de manipulation mentale que la technique et la science ont fournis et continueront à fournir aux aspirants dictateurs. 
Si l’on considère leur ignorance et le peu de moyens dont ils disposaient, les Grands inquisiteurs du passé ont obtenu des résultats remarquables. Mais leurs successeurs, les dictateurs bien informés et intégralement scientifiques de l’avenir, feront à n'en pas douter beaucoup mieux. Le Grand Inquisiteur reproche au Christ d’avoir appelé les hommes à la liberté et Lui dit : « Nous avons corrigé ton œuvre et l'avons fondée sur le miracle, le mystère et l'autorité. » Mais cette trinité n'est pas suffisante pour garantir la survie indéfinie d'une tyrannie. 
Dans le Meilleur des Monde, les dictateurs y avaient ajouté la science, ce qui leur permettait d'assurer leur autorité par la manipulation des embryons, des réflexes chez les enfants et des esprits à tous les âges et des esprits à tous les âges. Au lieu de parler simplement de miracles et de glisser des allusions symboliques aux mystères, ils étaient en mesure, grâce à des drogues, d'en faire faire l'expérience directe à leurs sujets - de transformer la foi en connaissance extatique. Les anciens dictateurs sont tombés parce qu'ils n'ont jamais pu fournir assez de pain, de jeux, de miracles et de mystères à leurs sujets ; ils ne possédaient pas non plus un système vraiment efficace de manipulation mentale. Par le passé, libres penseurs et révolutionnaires étaient souvent les produits de l'éducation la plus pieusement orthodoxe et il n'y avait rien là de surprenant. Les méthodes employées par les éducateurs classiques étaient et sont encore extrêmement inefficaces. Sous la férule d'un dictateur scientifique, l'éducation produira vraiment les effets voulus et il en résultera que la plupart des hommes et des femmes en arriveront à aimer leur servitude sans jamais songer à la révolution. Il semble qu'il n'y ait aucune raison valable pour qu'une dictature parfaitement scientifique soit jamais renversée.




Petit cadeau :
Certains liens hypertextes de cet article, conduisent aux 2 livres mentionnés qui sont téléchargeables en pdf.


samedi 28 novembre 2015

Transition énergétique vers la dépendance...

Article mis à jour le 3 février 2016, le 20 janvier et le 20 octobre 2021.

Vers la dépendance...


Les visions du patron d'EdF !


    « Plus stratège que visionnaire ». C’était là le titre d’un article publié par Libération le 15 octobre 2014 pour décrire Jean-Bernard Levy, le nouveau PDG d'EDF. Cela se confirme effectivement un an après.

    Jean-Bernard Levy vient en effet d’annoncer fin Octobre qu'EDF voulait construire de 30 à 40 EPR ! 
EdF veut construire de 30 à 40 EPR


    Il pourrait s’agir, pourquoi pas, d’un effet d’annonce juste destiné à avoir un impact en bourse (son côté stratège). Mais il y a fort à parier hélas, que le quidam était sérieux, ce qui est tout de même assez sidérant lorsque l’on connait toutes les difficultés rencontrées par EDF pour construire le premier EPR en France, celui de Flamanville.


EDF réapprend à construire des centrales nucléaires...

    Ou ce qu'il faut savoir, pour mieux comprendre pourquoi la construction de l'EPR est si... "laborieuse".


La livraison de ce monstre industriel a 7 ans de retard ! 

    Les travaux de l’EPR ont en effet été lancés en 2007, après le feu vert donné par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin en 2004. EDF avait prévu à l’époque 5 ans de travaux et un raccordement au réseau électrique en 2012. L’échéance a ensuite été repoussée à 2014. Mais en 2011, EDF a annoncé que la mise en service ne pourrait pas intervenir avant 2016.

Le coût de construction de l'EPR a été multiplié par 3 ! 

    En 2005, le prix de l’EPR de Flamanville était estimé à 3,3 milliards d’euros, comme celui d’Olkiluoto en Finlande, construit par AREVA. En 2008, soit un an après le début de la construction, la facture grimpe à plus de 4 milliards. La note passe de 4 à 6,5 milliards entre 2009 et décembre 2012. En septembre 2014, EDF a annoncé que le coût final allait s’élever à 10,5 milliards d’euros, Donc plus de 3 fois plus cher que le coût annoncé au départ.

Sa construction a subi d'innombrables problèmes !

Sa sûreté est plus que jamais  contestée !
    Jusqu’aux ingénieurs d'EDF eux-mêmes qui se sont inquiétés de la sécurité du réacteur et du risque d’accident majeur !

Voir cet article : Nouvelles révélations d'une source interne à EDF sur la dangerosité de l'EPR 

Ou celui-ci : Un pli anonyme reçu par des associations anti-nucléaire 



Ceci explique cela..

    Quel dommage que le responsable d'EDF ne prenne pas l’avis de ses ingénieurs ! J’ai travaillé en 2008 avec un cabinet d’experts en sécurité industrielle dont le patron, habitué à travailler pour EDF, m’avait confié que plus personne chez EDF ne savait vraiment comment construire une centrale nucléaire, les compétences s’étant perdues avec la génération qui venait de partir à la retraite. Cette information étonnante s’est vérifiée au fil des années.



Les lobbies de l'énergie

    Mais il n’y a pas que chez EDF que se pose ce genre de problèmes. Je travaille régulièrement avec les ingénieurs et techniciens de ces gros grosses compagnies de l’énergie, que ce soient les filiales chauffage de Engie (ex Suez) qui ont tellement changé de fois de nom depuis la Lyonnaise des Eaux, ou ceux de Dalkia, cette société appartenant à présent à EDF, qui a tellement changé elle aussi depuis sa création à partir de Esys-Montenay et de la Compagnie Générale de chauffe. 
Plus ces sociétés grossissent, moins leurs techniciens et ingénieurs sont nombreux, et moins ceux-ci disposent de moyens pour travailler. J'ai de plus en plus souvent en face de mois des ingénieurs commerciaux quand ce ne sont pas des juristes, dont la seule préoccupation est d'obéir aux directives de leurs directions qui se résument à "Plus de fric à moins de risque".
Ces sociétés ne sont plus que de monstrueuses pompes à fric alimentant des actionnaires toujours plus avides de remontées financières. Leurs directions rêvent de conquérir le monde, sans se préoccuper des troupes nécessaires à cette conquête.

Jean-Bernard Levy est issu de ce monde-là. Il vient de chez Vivendi, ex-Compagnie Général des Eaux. Il a été formé à l’école du fameux Jean-Marie Messier. Ce qui intéresse ces gens, c’est uniquement l’expansion de leur pouvoir à toutes les sphères de la société.

Vous ne connaissez pas la très longue histoire de la Compagnie Générale des Eaux ? Vous pouvez consulter la version officielle sur cette page.
Histoire de VEOLIA


    Ne tenant pas à perdre mon boulot, je n'en dirai pas plus. Vous n'en apprendrez guère plus non plus en cherchant dans la presse française. J'ai trouvé une fois un article qui s'approchait assez bien de la vérité, dans un journal suisse. Voir ce vieil article de Transitio en cliquant sur l'image ci-dessous...
Une multinationale qui pompe l'eau et l'argent




Le choix de la dépendance énergétique

Le problème des renouvelables, c'est que c'est possible et rentable. Rentable pour la société, mais pas pour "ces sociétés"


    Peu importe que l’ADEME démontre qu’en 2050, la France pourrait vivre avec une électricité totalement issue d’énergies renouvelables.
Voir cet extrait du journal de France 2 Télévision.


    PricewaterhouseCoopers avait déjà publié en 2010 un rapport établissant la possibilité pour l'Europe d'être approvisionnée à 100% en électricité d'origine renouvelable en 2050 !

Il semble que l'on ne trouve plus ce rapport que sur Transitio, qui l'avait sauvegardé à l'époque. Cliquez sur l'image ci-dessous...

    Peu importe en effet, car le véritable problème, pour certains, c'est que cette indépendance énergétique rendue possible grâce aux énergies renouvelables ne serait réalisable qu’avec une multiplicité de sources très différentes, maillées les unes autres, et surtout, rendez-vous compte, tout le monde pourrait même se mettre à produire de l’énergie ! 

    Lisez donc en cliquant sur l'image ci-dessous, cet article publié par le président de Finansol : "15% d'énergies renouvelables produites par les citoyens en 2030"


Mise à jour du 30/01/2021 :

    Vous pourrez y apprendrez que cette étude menée conjointement par le gestionnaire du Réseau de transport d’électricité (RTE) et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et réalisée à la demande du ministère de la transition écologique, conclut à la faisabilité d’un système électrique français qui pourrait d’ici 2050 reposer sur une part « très élevée » d’énergies renouvelables et se passer du nucléaire. Ce rapport estime qu’« Il existe un consensus scientifique sur l’existence de solutions technologiques permettant de maintenir la stabilité du système électrique sans production conventionnelle ».


Commencez-vous à comprendre ?

    Voilà la raison pour laquelle toutes ces compagnies qui ont bâti des fortunes en facturant grâce à de juteux contrats (attribués pour des décennies et sans réelle concurrence), l’énergie relevée par des millions de compteurs installés discrètement sur vos paliers ou dans vos caves, ne permettront jamais que ce développement des énergies renouvelables vienne semer la zizanie ! (Sachez également que vous payez dans vos abonnements la construction et l’entretien de toutes leurs installations de production d’énergie).

    Pire encore ! Un vrai développement des énergies renouvelables, pourrait créer des centaines de milliers d’emplois. Mais hélas, Il s'agirait d'emplois moyennement ou peu qualifiés, avec des formations courtes, donc accessibles à tous ! Il en serait de même des travaux d’isolation pour réduire les consommations d’énergie des bâtiments ! 
Horreur ! Vous rendez-vous compte des conséquences que cela aurait ? Une terrible diminution du chômage, l'indispensable menace de précarité indispensable pour maintenir les travailleurs dans la soumission.

    Les énergies renouvelables ne sont tolérées que si ce sont ces seigneurs de l’énergie qui s’en occupent ! C’est ainsi que dans le cadre de mon travail j’ai vu de coûteuses chaufferies biomasse construites à l’aide de grasses subventions attribuées par l’état (c'est-à-dire "nous"), servant à fournir de la chaleur à des bâtiments énergivores, des passoires thermiques comme on les appelle dans mon boulot, des clapiers en béton destinés à loger les pauvres, construits dans les années 70.

    Si le sujet de la biomasse vous intéresse, vous pouvez lire ce vieil article de Transitio, qui n'a pas vieilli...
La biomasse sans langue de bois




Les justifications du nucléaire.

Le "parapluie" nucléaire

    La principale justification du nucléaire, pour faire simple,... c'est l'arme atomique. Le programme atomique français a été lancé par une génération qui avait subi l'humiliante défaite de 1940. 

La bombe permettait une sanctuarisation du territoire, et effectivement, cela a fonctionné.


    Je recommande aux plus jeunes de regarder cette vidéo qui explique la "Campagne de France" de 1940 (en 45 jours, 552 900 soldats furent tués ou blessés dans les deux camps, dont 342 000 Français). Mes parents, alors enfants, ont connu la peur sur les routes de l'exode.

    Je ne porte pas de jugement, car le contexte était particulier. Mais comme cela coûtait fort cher, il fallait bien trouver une justification plus,... "politiquement correcte".



L'énergie providentielle !

    Le premier choc pétrolier du début des années 70 a été l'occasion rêvée de présenter le nucléaire comme une solution. 
Histoire de Comprendre - 62 - 1973, Le Premier... par tonio000001

    Certains pays, comme le Danemark, se sont efforcés de réduire leur dépendance au pétrole en développant les énergies renouvelables. En 1972, le Danemark était l’un des pays de l’OCDE les plus dépendants du pétrole (92 % de sa consommation énergétique totale).     En 1996, à la suite de trois plans énergétiques (1976, 1981, 1990), sa dépendance pétrolière était réduite de 50 %.
Lire cet article sur le modèle énergétique nordique à l'horizon 2030.
Modèle énergétique nordique 2030


    La France, elle, a décidé de développer à outrance le nucléaire, en présentant cette fatale énergie, comme une énergie miraculeuse...


L’aberration du chauffage électrique

    L'idée formidables des grands génies d'EDF a été celle du chauffage électrique, cette aberration française.

    Lisez donc cet article de Transitio intitulé "Les chevaux de Troie du nucléaire".




    Lisez aussi cet excellent article de  Terraeco "Comment EDF a vendu le grille-pain à la France".


Mise à jour au 20/10/2021 : Je me rends compte que cet article du 8 février 2012 sur Terraeco, a curieusement été vidé de de toutes ses images et vidéos. Fort heureusement, le texte subsiste. Mais comme j'ai déjà vu souvent des articles intéressants disparaître, je me permets de le retranscrire ci-dessous :

Pub : comment EDF a vendu le grille-pain à la France

Alors que l'Hexagone vient de battre un nouveau record de consommation d'électricité, retour sur vingt ans de matraquage publicitaire en faveur du chauffage électrique.

Près d’un logement sur trois se chauffe à l’électricité en France. Ce mode de chauffage s’est considérablement étendu en France depuis 1975. A l’époque, 20% des logements neufs optaient pour l’électrique, contre 80% aujourd’hui. Un choix clair et net, que la France est la seule à avoir fait. Selon une étude menée par l’association Alternative pour les énergies renouvelables et l’environnement (pour le compte de Greenpeace et à partir de données de 2005), les ménages français posséderaient à eux seuls autant d’appareils de chauffage électriques que l’ensemble des foyers européens réunis. Ailleurs la pratique est rare. Le Danemark l’a tout bonnement interdit tandis que la Belgique en a proscrit la publicité. Et pour cause, ce mode de chauffage a de graves inconvénients (voir encadré).

Comment expliquer cette spécificité française ? A Terra eco, notre petit doigt nous dit que c’est en bonne partie grâce au lobbying d’EDF qui [a montré sa capacité à défendre le chauffage électrique pendant le Grenelle mais aussi grâce à ses très nombreuses publicités. La preuve en image :

Tout commence en 1972, où en 46 secondes et avec une pub animée en noir et blanc, EDF avance que le « chauffage électrique intégré isole du bruit » et qu’avec lui « les plantes revivent, les balais balaient moins, les odeurs s’évanouissent, les enfants s’enrhument moins l’hiver, tout le monde est plus heureux ». Conclusion : « le chauffage électrique intégré recrée les conditions naturelles de la vie. » Une perle à visionner ci-dessous.

En 1986, en couleur cette fois, EDF fait rouler un petit garçon sur une musique jazzy dans un appartement pour vanter son système « bien-être ». La pub loue notamment la bonne régulation et le confort du système, sans cette fois citer le terme « chauffage électrique ». Les références aux watts sont plus subtiles : la maison a la forme d’une prise électrique, et le spot se termine sur le très subtil jeu de mot « soyez courant » :

En 1991, retour au dessin. Une femme à la voix lascive vante les mérites de son « chauffage électrique » qui « a déjà tout chauffé avant de (la) voir arriver ». Elle prend même son chauffage, représenté par un homme chauve en toge, dans les bras. Là encore, tout se passe comme si c’était grâce à l’énergie électrique que l’on peut se chauffer intelligemment et avec un thermostat :

En 1992, retour du même couple, et de la même stratégie. La femme EDF célèbre à nouveau les mérites de la programmation de la chaleur : « Mon chauffage électrique, je règle son thermostat une fois pour toute et après on ne voit plus le temps passer » :

En 2000, changement de tactique. Le système vendu et vanté s’appelle désormais Vivrelec. La publicité annonce une « révolution » dans le chauffage électrique. A l’époque, EDF va jusqu’à verser une prime aux acquéreurs d’un logement neuf qui se chauffent à l’électrique. Une prime qui durera jusqu’en 2004.

En 2001, nouvelle publicité pour Vivrelec, qui flatte les vertus de l’électrique, mais sans le nommer. Peu de nouveauté dans cette pub, mais on ne résiste pas à regarder cet homme qui n’arrive pas à quitter sa maison tant il aime « ses serviettes toujours tièdes ».

En 2004, encore une pub pour Vivrelec. Cette fois, elle montre une famille dont les enfants tristes sont contraints d’ouvrir leurs cadeaux de Noël dans la neige. Et leur propose de rénover leur chauffage électrique via un numéro azur. No comment.

Un choix doublement dommageable

La France a battu mardi un nouveau record de consommation d’électricité. Le principal responsable de ces pics de consommation est le chauffage électrique. Ce ne sont pas les anti-nucléaires qui le disent mais RTE, Réseau de transport d’électricité, la filiale d’EDF chargée de veiller à l’équilibre entre consommation et production. Dans son rapport annuel 2011, elle indique : « L’usage du chauffage électrique augmente la sensibilité de la consommation aux températures froides. Cette sensibilité à la température de la consommation d’électricité est aujourd’hui de 2 300 MW par degré à 19h, heure de la pointe de consommation journalière en hiver. Elle n’a cessé de progresser ces dix dernières années, gagnant près de 70 MW par an. » Résultat, en hiver, un degré de moins entraîne une augmentation de la consommation équivalent à deux fois celle de la ville de Marseille.

Deuxième problème de cette production : elle entraîne beaucoup de pertes. En effet, le circuit de production de chaleur via l’électricité, principalement nucléaire, est plein d’embûches. Il faut d’abord que la centrale produise de la chaleur qui va être transformée en électricité. Mais cette électricité doit à nouveau être transformée via votre chauffage avant de vous réchauffer les mimines. Résultat : plus de 72% de l’énergie est perdue dans ce circuit. Un manque d’efficacité qui vaut aux convecteurs électriques le surnom moqueur de « grille-pain ».


    Ces dernières années, EDF avait commencé à avoir quelques soucis avec son fantaisiste chauffage électrique qui avait perdu de son aura au fil des ans, et ce, d'autant plus que l'électricité produite par le nucléaire se révélait bien plus onéreuses que ce que l'on nous avait dit. Mais heureusement pour EDF, silence est fait à présent sur le chauffage électrique et les feux sont tournés vers les voitures électriques...


Le mensonge de l'indépendance énergétique !

    Rendez-vous compte, brave gens, que l'on a même réussi à nous faire gober que le nucléaire nous apportait l'indépendance énergétique !
    C'est à croire que la présence permanente de l'armée française dans certaines anciennes colonies comme le Niger ou le Mali, n'à pour but que de défendre les Droits de l'Homme !



Depuis 1978, 58 réacteurs nucléaires ont été mis en service en France !


Une énergie subventionnée !

    Hélas pour EDF, le véritable prix (dans tous les sens du terme) à payer pour cette énergie miraculeuse a fini par se savoir, peu à peu...

    Le nucléaire devient même à présent l'énergie la plus subventionnée ! Regardez cette vidéo expliquant comment le gigantesque EPR que EDF veut construire à Hinkley Point en Angleterre. 



Transitio en avait déjà parlé en 2012 ! Cliquez sur ce lien : EPR, Le scénario du pire.

    Si le cœur vous en dit, vous pouvez comme moi déposer un recours devant la commission européenne contre ce projet scandaleux, en cliquant sur l'image ci-dessous :


Acte de recours contre EPR Hinkley Point




Une industrie malade, prête à toutes les "collaborations"

Le journal Les Echos, a révélé le 19/10/2015 que EDF était parvenu à un accord avec ses partenaires chinois sur la construction des deux EPR de Hinkley Point ! 
Ceux-ci devraient prendre une participation de 33,5 % dans le projet. Le géant étatique chinois CGN jouera un rôle leader sur cet investissement, tandis que l’autre acteur chinois du nucléaire, CNNC, sera associé à la démarche via une coentreprise avec CGN ! Lisez la suite sur le site des Echos en cliquant sur l'image ci-dessous :

EPR Aglais, la Chine finance


Et que croyez-vous qu'il advienne ensuite ?

Il n'aura pas fallu attendre longtemps pour le savoir !

The Washnington Post a annoncé ce 4 décembre 2015, que la Chine avait l'intention de mettre en service 110 réacteurs nucléaires d'ici 2030 !


China has an awful safety record — and wants to run 110 nuclear reactors by 2030





Le nucléaire sauvé par la lutte contre le réchauffement climatique ! (Le nucléaire, oui, mais pas nous)


    Les spin doctors d'EDF ont des décennies d'expérience derrière eux en matière de propagande et de désinformation. Raison pour laquelle ils ont compris tout de suite que la lutte contre le CO2 était une formidable occasion !

Hélas, ce nouveau mensonge de EDF et AREVA a été maintes fois abordé sur Transitio.

Lisez par exemple ces 3 articles :

Transitio n'est bien sûr pas le seul à vouloir faire tomber ce nouveau masque du nucléaire.


    Le 27 octobre 2015, le cabinet indépendant WISE Paris a rendu public un rapport intitulé "L’option nucléaire pour lutter contre le changement climatique : risques associés, limites et freins aux alternatives". Je vous recommande "chaudement" la lecture de cet article qui remet les pendules à l'heure (en cliquant sur l'image ci-dessous).


Comment réagir ?

Que faire effet face à l'extraordinaire matraque médiatique auquel s'est livré EdF à l'occasion de la COP 21 ?

Signer cette pétition peut-être ? En cliquant sur l'une des images ci-dessous ?
Le nucléaire ne sauvera pas le climat
Le nucléaire ne sauvera pas le climat
Le nucléaire ne sauvera pas le climat


Encore un mot sur le nucléaire ?
    De plus en plus de petits malins prennent un certain plaisir à rappeler sans cesse Les vérités du nucléaire qui déplaisent tant. 

    Le site ci-dessous est un bon exemple. Cela ne changera peut-être plus grand chose, mais au moins vous saurez.
Nucléaire, la fabrique de l'oubli




Une conclusion à cet article ?

    J'ai conscience que cet article ne constitue qu'un aperçu. Chaque paragraphe pourrait presque constituer un chapitre. Trop de choses à dire, y compris des choses que je ne peux pas dire, concernant mon travail par exemple. Si je pouvais seulement vous avoir mis "la puce à l'oreille" sur certains sujets, et vous donner ainsi l'envie d'en savoir plus, j'en serais satisfait.

Le problème de l'énergie est un révélateur de ce qui ne fonctionne plus dans nos sociétés. 

    La façon dont le problème du réchauffement climatique est pris en main, voire accaparé par nos élites, me semble être une grave erreur. Transitio s'était déjà posé des questions en 2012 avec cet article : Les hérétiques sauvés par le CO2

J'ai rédigé en 2021, un article de fond sur l'histoire de l'écologie et de ses dérives. Je vous en conseille la lecture. Il m'a demandé énormément de travail : "Ces catastrophes qui n'ont pas eu lieu. (Message d'espoir)"


    Mais il semble que d'autres, prennent conscience de la dérive du discours moralisateur et culpabilisant. Lisez cet article très édifiant :
Discours médiatique écologique culpabilisant


Les modes de fonctionnement qui nous ont menés dans cette impasse ne pourront pas nous en sortir. 

    Les cartels de l'énergie et leur fameuse croissance verte, sont à l'écologie ce que la musique militaire est à la musique. L'objectif de ces groupes est de nous rendre dépendant d'eux pour obtenir de l'énergie, de l'eau ou même de la nourriture. 

    Ils justifient pour cela un savoir-faire qu'ils n'ont plus vraiment dans la plupart des métiers qu'ils ont peu à peu phagocytés. Ils ont fait disparaître des milliers de petits artisans et de PME, quand ils n'en ont pas fait des filiales ou des sous-traitants hyper-exploités.
Le seul savoir-faire qu'ils ont su conserver et améliorer, c'est celui de la corruption.

    Comme pour toutes les courses à la puissance, ils possèdent les outils permettant de soumettre les gens à de savantes campagnes de propagande. Cela va des campagnes publicitaires débiles à la télé jusqu'à la création de nouveaux mots issus de la novlangue libérale. 
    Savez-vous comment on appelle à présent ces contrats juteux qu'ils obtiennent la plupart du temps sans véritable concurrence ? Du "facility management". Autrefois on appelait cela des contrats d'exploitation...




Mise à jour au 3 février 2016 :

Le site financier Boursier.com, annonce aujourd'hui que Christopher Bakken, le responsable pour EDF du projet nucléaire britannique de Hinkley Point, vient de quitter l'électricien français pour rejoindre l'américain Entergy ! Un nouveau coup dur pour les projets d'EDF en Grande-Bretagne !

Lire également cet excellent article du journal de l’environnement, publié le 2 janvier 2016 : « Le nucléaire français au pied du mur financier »


Pour terminer cet article avec une note d'humour, je vous propose l'amusante photo ci-dessous...
Voulant vérifier sa provenance, Google m'a proposé ceci...

En fait, elle vient plutôt des joyeux militants du Réseau Sortir du Nucléaire, que vous pourrez découvrir en cliquant sur l'image ;-)


EPR mon cul !



samedi 2 mai 2015

Effondrement, effacement, amnésie... (Le "non-article" de Transitio 1.0)

Ce "non-article" fut le dernier publié sur l'ancienne version de Transitio.net.
Je ne savais pas encore comment faire évoluer le site. J'avais grand besoin de réfléchir.
Je reproduis cet extrait sur la version 2.0 de Transitio.net



L'article que j'aurais pu vous écrire !

    J’aurais voulu vous écrire un dernier bel article qui aurait traité tout à la fois de l’effondrement, de l’effacement et de l’amnésie.


Un effondrement à peine perceptible, tant il est silencieux.

    J’aurais alors évoqué pour vous émouvoir, non-pas la raréfaction des matières premières ni même l’effet de serre, mais plutôt la disparition de 421 millions d'oiseaux en moins en trente ans, révélée par une étude publiée par le journal scientifique Ecology Letters, critiquant les méthodes modernes d'agriculture.
    J’aurais posé la fameuse question "Un arbre qui tombe dans la forêt fait-il du bruit si personne n’est là pour l’entendre ?".


Un effacement organisé des mémoires.

    Pour illustrer ce phénomène Orwelien, j’aurais bien sûr évoqué la réforme du programme des collèges, la suppression de l’enseignement des humanités à l’école, voire même le crépuscule des bibliothèques. Mais j’aurais hésité car l’hydre du FN, qui tel un puant Midas, transforme en excrément toutes les idées quelles touche, a évoqué la réforme des collèges dans son discours du 1er mai en hommage à Jeanne la Pucelle.
    Je n’aurais bien sûr pas manqué de m’irriter contre le sinistre retour de la religion, l’obscurantisme allant de pair avec l’ignorance.
    Je me serais demandé si la cause de tout ceci ne serait pas l’éternel mépris de certaines élites pour ce qu’elles croient être le peuple. J’aurais fait une comparaison entre des sociétés où les élites ont besoin d’un peuple éduqué pour s’enrichir et des sociétés ou un peuple instruit devient au contraire un véritable danger.


Une amnésie qui nous guette.

    J’aurais bien sûr conclu, en évoquant l’amnésie du paysage, si bien expliquée par Jared Diamond dans son ouvrage visionnaire "Effondrement".
    Chaque année, on s'habitue au changement de l'environnement, surtout s’il est silencieux et presque invisible, de sorte que progressivement l'anormal devient normal. En trois générations, on ne se souvient plus que le glacier descendait dans la vallée ou qu'il y avait une forêt sur la colline. On ne se souvient plus pourquoi ni comment la guerre a été déclarée, ni pourquoi les ennemis d’hier deviennent des amis de toujours avant de parfois redevenir des ennemis jurés. On ne se souvient plus que le savoir était l’unique clé de la liberté et que la liberté vaudra toujours plus qu’une sécurité relative contre des dangers fabriqués. On ne se souvient plus de ce que Cicéron disait d'un humaniste, ni quel commentaire Hannah Arendt en faisait.


La conclusion que j'aurais pu écrire

    Pour terminer ce dernier article, l’idée farfelue me serait venue de vous conseiller, non pas seulement d’apprendre à cultiver votre jardin potager, mais aussi, (quelle idée !) de mettre à l’abri quelques livres (beaucoup si vous le pouvez).
    J’aurais justifié cette idée étrange par l’évocation de deux livres de science-fiction "Un cantique pour Leibowitz" et " Fahrenheit 451", tout en rappelant, à ma façon par trop souvent provocante, que notre société parfaite a trouvé mieux que les pompiers brûleurs de livres de Fahrenheit 451, avec un corps enseignant qui en seulement quelques années sait si bien faire passer le goût de lire aux enfants…
    Je vous aurais même conseillé la lecture de cet article étonnant publié le 6 mars dernier sur le site Rue89 : "Une bibliothèque pour recréer une civilisation : quels livres choisir ?". Sympa non ?
(Pensez aussi à un livre pour apprendre à lire)


    Vous vous dites, je n’en doute pas, que j’ai bien fait de ne pas écrire cet article, car il aurait été bien trop pessimiste, voire complètement délirant.

Ce à quoi je vous répondrai que je suis bien d’accord avec vous !