jeudi 8 mai 2014

Machines libres de droits, pour hommes libres de vivre


(Il n'y a que sur Transitio que l'on commence par Montesquieu pour parler de machines "libres") 😉



"L'esprit du commerce"


L’idéologie dominante prétend depuis longtemps (au moins depuis l'Esprit des Lois, de Montesquieu) que le commerce favorise la paix. Raison pour laquelle, par exemple, le projet européen semble ne reposer que sur le fantasme libéral d’un vaste marché. Je me demande tout de même parfois, si "l'esprit du commerce" n’est pas qu’une solution un peu moins violente de poursuivre une sorte de guerre perpétuelle, du moins dans la forme sous laquelle il se présente dans l’actuelle mondialisation.


Une occasion de lire (gratuitement) ce livre fameux de Montesquieu en cliquant sur l'image ci-dessous.
(Le passage sur l'esprit du commerce se trouve au chapitre 2 du livre XX).



Ceci n'est pas un jugement de valeur


Mais si vous avez lu d’autres articles sur Transitio, vous comprendrez que cette observation ne constitue pas de ma part un jugement de valeur. Je suis bien trop conscient de la somme des pesants déterminismes qui pèse sur les vieux singes que nous sommes.
Peut-être vaut-il mieux en effet, pour affirmer notre statut social de primate dominant, avoir comme esclave une grosse cylindrée fabriquée outre-Rhin, que de pauvres hères végétant sur nos terres. (Mais l’un empêche-t-il vraiment l’autre ?).



Travailler à des tâches épuisantes et souvent inutiles, pour acheter des trucs coûteux et souvent inutiles, ne serait donc qu’un "moindre mal " ?

La fatalité pour une majorité croissante d’entre-nous serait-elle donc vraiment de travailler à ces fameux "boulots à la con" décrits par le docteur David Graeber ?

Allons-nous vraiment devoir continuer de piétiner dans les vastes clapiers à lapins de nos villes géantes, où bon nombre de nos distractions, si l’on y regarde bien, ne sont guère plus distrayantes qu’un pneu pendu à un anneau pour distraire les singes dans un zoo ?



Je plains de tout mon cœur, ces malheureux qui ne savent rien faire d’autre de leurs week-ends que de parcourir des centres commerciaux immenses, pour acheter des trucs dont ils n’ont pas besoin, avec de l’argent qu’ils n’ont pas vraiment.



Le seul commerce qui puisse être source de paix, ne peut être, ce me semble, que le commerce équitable. Mais actuellement, celui-ci sert surtout à soulager nos consciences de consommateurs désabusés.



Alors que faire ? (Pour ne pas penser à la guerre ?)

Il y a tant de choses utiles et gratifiantes à faire, le week-end et en semaine, en ce bas monde ! Gratifiantes au sens de plaisir qu’elles donnent, pas au sens de monnaie de singe qu’elles rapportent.
Au lecteur "pas au courant" qui tomberait par hasard sur cette page, je dois préciser que vivre "autrement", c'est à dire, en dehors d'une démarche purement mercantile, cela ne veut pas dire revenir à l'âge de pierre. Je ne vis pas dans une communauté en Ardèche (encore que cela me tenterait). Je suis ingénieur, et les gars et les filles dont je vais vous parler à présent, sont pour la plupart, eux aussi des ingénieurs !



Des machines à notre service (Pas le contraire)

Alors que des grandes compagnies s’arrogent le droit de breveter le vivant pour vendre des OGM et autres produits inutiles, je vous propose de découvrir ces hurluberlus formidables qui fabriquent des machines libres de droits, sans brevets !

Il s’agit d’engins à construire soi-même, comme une sorte de meccano géant, écologique et à moindre coût. Pour bâtir des maisons, produire de l’énergie, faire cuire des aliments, extraire des matériaux ou cultiver la terre. De quoi construire un village. Ou une civilisation…

Leur objectif : éditer plans et modes d’emploi, construire des prototypes, expérimenter, partager et diffuser à tous, pour faire vivre cette révolution industrielle d’un nouveau genre. Des États-Unis à l’Isère, bienvenue dans l’univers des pionniers de "l’écologie open source".


Je les ai découverts sur l’excellent site Bastamag.net que je visite toujours avec autant de plaisir et d’intérêt.

Je vous invite donc à lire l’article publié sur Bastamag : Ces agriculteurs et ingénieurs qui veulent libérer les machines

Certains liens de l’article étant rompus, je vous donne ci-dessous quelques liens actifs pour en savoir plus :
Vous pouvez aussi regarder cette vidéo de présentation du projet qui se trouve sur le site de http://opensourceecology.org/ ?

 

Et puisqu'aujourd'hui nous parlons dans cet article de formes de technologies alternatives, pourquoi ne pas évoquer celles du temps passé ?
Vous aimez bricoler ? Et l'avenir vous inquiète un peu quand même ? Alors je vous invite à découvrir les liens ci-dessous qui vous feront découvrir des techniques bien utiles pour le cas ou viendraient des temps plus difficiles...

Je les ai découvertes sur le site Vie sauvage et survie. Oui, je sais, c'est un site "survivaliste", mais ne faut-il pas tout envisager ? D'ailleurs si vous êtes vraiment inquiet, consultez cette page indispensable de Transitio : "L'encyclopédie faites tout vous-même"

Voici les liens de 


Eau

Le distillateur solaire (un alambic improvisé): Pas besoin d'ébullition pour purifier de l'eau.
L'osmose inverse : On sait fabriquer des filtres qui ne laissent passer que les molécules d'eau (0,1 nm).
L'osmose directe : Une astuce pour potabiliser l'eau sans passer par l'étape de purification.
Le puits aérien et ses variantes modernes : condenseur radiatif ou à refroidissement actif (Peltier, etc); le piège à brouillard.

Hygiène, santé

La lampe à ultraviolets : Stérilisation par UV-C sans produits chimiques et sans contact (version portable).
L'électrochloration : Produit de l'eau de Javel avec du sel et de l'électricité (version portable).
L'effet bactéricide des ions métallique : Conservation de l'eau, poignées de porte auto-désinfectantes, etc.

Plomberie

La pompe à bélier hydraulique, la noria, la pompe à spirale actionnée par une roue à aubes : On peut relever une partie d'un cours d'eau sans apport extérieur d'énergie.
Le thermosiphon : On peut faire circuler un fluide dans des canalisations sans pompe mécanique.

Génie climatique

Le puits provençal / puits canadien : Climatisation et chauffage pour l'habitat passif.
La pompe à chaleur : Le chauffage électrique résistif a un "rendement" de 100%, mais on peut faire encore mieux.
Les matériaux de construction à changement de phase : Permettent d'augmenter l'inertie thermique d'un bâtiment.

Énergie

Le convertisseur thermoélectrique : Produit un peu d'électricité à partir d'une source de chaleur, sans pièces mobiles ; versions portables ici et ici.
La pile à combustible : Comme un groupe électrogène, sans bruit ni pièces mobiles.
Le gazogène, la méthanisation, les biocarburants : On peut alimenter un moteur sans combustibles fossiles.
Le procédé Fischer-Tropsch : On sait synthétiser de l'essence.
Le moteur Stirling : Un moteur à combustion externe, en circuit fermé.
Le générateur à ruban aéroélastique : Une éolienne sans hélice.
Le moteur Fluidyne : Un moteur Stirling à piston liquide, facile à construire, utilisable comme pompe (pdf).
La forge catalane : Alimentée en air par une chute d'eau, sans pièces mobiles (merci Ascanio).
Le chalumeau oxyhydrogène à électrolyse : Pour souder et braser jusqu'à 2800°C avec seulement de l'électricité et de l'eau.

Agriculture, alimentation et cuisine

La permaculture : Exploite les sols encore plus efficacement que l'agriculture industrielle (merci Phil,  Moléson et d'autres).
La culture hydroponique ou aéroponique, l'aquaponie : On peut même se passer des sols (merci Tekkel).
Le procédé Haber : On sait synthétiser des engrais sans pétrole.
Le Rocket stove, l'autocuiseur, la marmite norvégienne : Pour cuisiner avec peu d'énergie (merci Kilbith).
Les fours solaires : à miroir concentrateur, à effet de serre.
Le réfrigérateur à absorption de gaz : Produit du froid à partir d'une source de chaleur, sans pièces mobiles.
La lyophilisation : Conserve les aliments sans trop les dénaturer pendant 25 ans à température ambiante (merci Olcos, David et d'autres).

Divers

Les calculatrices mécaniques : Elles résistent aux IEM :-).
Les radiocommunications "à l'ancienne" (radioamateurs et Packet Radio, CB, PMR446, LPD433) : On peut communiquer sans recourir aux infrastructures commerciales.
Les anneaux astronomiques : Remplacent la montre et la boussole (par temps ensoleillé).
Le Dyneema/Spectra, le Kevlar : Des cordages 10 fois plus résistants que les câbles en acier, à masse égale.
Le tube de Ranque-Hilsch ou tube vortex : Produit du froid avec de l'air comprimé, facile à construire, sans pièces mobiles.






mercredi 7 mai 2014

Transition énergétique, pilule bleue ou pilule rouge Néo ?

Article mis à jour le 29/04/2023.



La transition ? A quoi bon vous ennuyer encore une fois avec cela ? Tout n’est-il pas d'ailleurs transition, comme le prétend l’un des plus vieux livres du monde, le Yi King chinois ?

Pourquoi écrire encore un nouvel article ? Pour retenir l'attention d'un lecteur, peut-être deux ? Pour faire contrepoids à d'autres articles ?


Plus de 10 années se sont écoulées, entre ce soir, où je prends virtuellement la plume pour vous distraire, et le jour où j’ai pris conscience, dans le cadre de mon travail, de notre situation critique et de l’impérieuse nécessité pour nos sociétés d’amorcer une transition.
Plus de 10 années durant lesquelles le thème de la transition énergétique s'est progressivement fait une petite place sur l'éventaire restreint des sujets de société que l'on peut aborder dans les dîners en ville (et ailleurs). C’est d'ailleurs un bon thème de conversation ou de réflexion, mais il ne suscite pas des peurs aussi terrifiantes que le réchauffement climatique (bien qu’il ne soit pas sans rapport), ni des débats aussi passionnés que le mariage pour tous (hélas).

La nécessité de cette transition est pourtant bien réelle, une proportion sans cesse croissante de gens qui comme moi travaillent dans le milieu de l’énergie en sont de plus en plus convaincus. Mais hélas, mille fois hélas, cette nécessité est encore loin d’être comprise par la majorité de la population.


La plupart des gens croit qu’il s’agit d’une lubie de plus de quelques experts qui veulent faire les malins, ou un truc "casse-pieds" de bobos, comme le tri sélectif ou l’agriculture bio. Tous sont convaincus que la limitation de la vitesse, par exemple, ne sert qu’à engranger des revenus pour l’Etat (en oubliant que l’Etat, c’est quand même un peu eux) et sont loin d’imaginer la conséquence que cela a sur les importations de pétroles qui malmènent tant la balance du commerce extérieur.

Parmi les quelques qui s’en sont un peu inquiété, beaucoup se sont facilement rassurés en croyant candidement que l’exploitation des "salvateurs" gaz de schistes ou que l’éternelle "solution d’avenir" du nucléaire, allaient repousser ce spectre gênant pour longtemps (c'est-à-dire pour leurs enfants).

J’allais oublier ceux, bien plus cyniques, qui s’en contrefichent, parce qu’ils se croient protégés par leurs fortunes, comme ils se croient d’ailleurs protégés de tout : du réchauffement climatique par la climatisation ou leur piscine et des émeutes de chômeurs miséreux par les hauts murs de leurs villas ou leurs polices privées (Mais c’est un autre sujet).


Mes chers concitoyens sont malgré tout bien excusables, car ils sont déjà bien malmenés par de terribles fléaux de proximité bien plus immédiate : crise, dette, chômage, etc (Pourtant en rapport direct avec la crise de l’énergie), et d’autre part la position de nos élites sur le sujet est bien loin d’être claire (Serait-ce parce que nombre de représentants de nos élites font partie des cyniques évoqués plus haut ?).

Prenons l’exemple de notre incomparable président, François Hollande, l’homme de toutes les promesses non tenues, celui qui nous ferait presque regretter le méchant petit Nicolas, qui lui avait au moins le mérite de défendre les intérêts de ceux qui l’avaient élu (surtout les riches quand même) et de se moquer des autres.

Notre grand timonier national, ce grand visionnaire, avait mis la transition énergétique au cœur de sa campagne en 2012 ! Et comble de l’espoir il avait mis des ministres écolos au sein de son prestigieux gouvernement ! (Ils sont partis, n’en parlons plus).

Depuis, deux formidables ministres, (dont nous avons commencé d’oublier les noms) ont eu en charge le brûlant dossier de la transition énergétique, jusqu’à ce qu’enfin l’ex-femme du président, Madame Ségolène Royale, en véritable "mère courage", s’empare de ce dossier délicat pour le mener à bon terme, au grand soulagement de tous.



Gageons que l’avènement ne saurait tarder à présent.

...

Nous allons vivre le moment du grand choix !

...

Roulement de tambour…



Tu vas devoir choisir Néo : Pilule bleue ou pilule rouge ?




Pilule bleue

Rien ne change, "business as usual", on continue comme avant.
  • On croit religieusement que l’on saura vraiment un jour utiliser le nucléaire sans danger.
  • On continue à mener de petites guerres par ci par là pour assurer l’approvisionnement en énergies fossiles.
  • On défonce les campagnes pour faire monter les bulles financières de gaz de schistes.
  • On concentre les populations dans des mégapoles polluées.
  • Toujours moins de boulot (le nucléaire n’occupe que quelques ingénieurs inconscients et d’honnêtes gars mal payés qui bravent la radioactivité).
  • L’énergie comme tous les biens essentiels reste sous le contrôle de grands consortiums tous puissants.
  • Toujours plus d’argent mais pour toujours moins de gens.



Pilule rouge
(J’aurais pu dire verte, mais dans le film elle est rouge (Disons qu’elle est verte à l’intérieur))
Tout change progressivement, mais sûrement.
  • Place aux énergies renouvelables, à la créativité, à la solidarité et au partage (on peut dire aussi "Smart grid")
  • Plus besoin de mener des guerres coloniales pour piller les ultimes ressources.
  • Les campagnes revivent, du fait par exemple, que l’agriculture biologique à besoin de plus de bras que l’agriculture industrielle (qui dépend horriblement des énergies fossiles).
  • Des milliers d’emplois se créent rapidement et partout. Rapidement parce qu’il faut moins de temps pour former un ouvrier artisan qui isolera thermiquement une maison et y installera des panneaux solaires, qu’un ingénieur qui s’amuse à faire bouillir de l’eau avec des barres de plutonium !
  • L’énergie est un bien commun et chacun peut produire ce bien et l’échanger avec son voisin (On peut appeler ça « Smart grid »)
  • Plus de richesses, pour tous, parce que n’a de vraie valeur que ce qui se partage…


Alors ? Quelle pilule ? La bleue ou la rouge ?

Bon, j’arrête avec mon mauvais esprit. Nous ne sommes pas dans un film...
Mais quel choix allons-nous devoir faire ? Ou plutôt quel choix va-t-on nous imposer ?
Ne pourrons-nous choisir qu’entre la résignation et la révolte ?


A suivre…


A bientôt sur Transitio, pour parler encore de la Transition ! 😉


Bertrand


En attendant, pourquoi ne pas prendre quelques instants de plus pour regarder cet extrait du célèbre film "Matrix" ?