jeudi 23 février 2012

Etude bois-énergie, évolutions à échéance 2020

Article mis à jour le 1er mai 2023.

Un nouveau document sur le bois énergie publié par le ministère.



Enerzine signale ce jour la publication d’une étude sur le « Marché actuel des nouveaux produits issus du bois et évolutions à échéance 2020 » pour le ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, et celui de l'Agriculture, de l'Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l'Aménagement du Territoire. 

Cette étude a été réalisée par Alcimed, société d'études et d'aide à la décision. En 2023, elle n'est plus téléchargeable sur le site du ministère, mais vous pouvez télécharger un exemplaire stocké sur Transitio, en cliquant sur l’image ci-dessous.


S'appuyant sur plus de 80 entretiens avec des experts nationaux et internationaux, l'étude de produits innovants à base de bois et pouvant faire l'objet de diversifications susceptibles de nouveaux développements a permis d'identifier les opportunités et les freins à lever pour favoriser un regain de croissance du marché en termes de création de valeurs et d'emplois.

On y parle entre-autre de l’utilisation du bois pour produire de la chaleur, mais aussi de la chaleur et de l’électricité (ce que l’on appelle la cogénération).

Cette étude est intéressante, je reviendrai sur ce sujet prochainement...

mardi 21 février 2012

Watzlawick, Nietzsche et la modélisation des systèmes…



Watzlawick, Nietzsche et la modélisation des systèmes…


Un sacré titre admettez-le ! (Moi je trouve)


    Il peut cependant vous donner une petite idée de l’esprit qui inspirera Transitio. Réfléchir sur le temps présent, confronter et comprendre les différentes interprétations de nos réalités.
Trop facile de s’enticher d’une idée nouvelle et de la brandir comme une idole dont le culte dévot suffira à apaiser nos craintes ! Il n’y aura pas de solution miracle à la crise de civilisation dans laquelle nous entrons.
Aucune énergie merveilleuse ne viendra remplacer toutes les énergies fossiles qui s’épuisent, mais plutôt une myriade de solutions alternatives qu’il faudra savoir agencer avec sagesse et équité. Et surtout, aucune nouvelle idéologie ne viendra surpasser toutes les précédentes.


    Impossible selon moi de se passer des sciences dites humaines, pour mieux comprendre et surtout utiliser avec intelligence les sciences dites « dures ».
Paul Watzlawick, dans son livre « L’invention de la réalité », fait un rappel utile sur ce qu’il désigne sous les appellations de réalités « de premier ordre » et « de second ordre », et il nous explique vers quelles utopies dangereuses l’incompréhension de leurs différences peut nous conduire.

« La réalité de premier ordre, celle qui correspond aux propriétés des objets, celle de tous les « faits » contenus dans un cadre particulier : celui de l’observation, ou de l’expérience (l’une comme l’autre n’étant, bien sûr, que le fruit de constructions théoriques) ; il s’agit autrement dit, de l’univers des « faits » que l’on établit objectivement, dans la mesure ou la répétition de la même expérience fournit les mêmes résultats, indépendamment de qui la réalise, et de quand et où on la réalise. »

« La réalité de second ordre correspond au cadre dans lequel les « faits » reçoivent une signification ou une valeur. »



Dans son chapitre « La prétention à la scientificité » il nous avertit du risque suivant :

« Alors que cela à un sens, dans la réalité de premier ordre, d’examiner, par exemple, quelles opinions s’accordent ou non avec les faits concrets, il devient insensé, dans la réalité de second ordre, de discuter une « vérité » établie scientifiquement, ou de prétendre l’avoir trouvée. Prenons un exemple parmi tant d’autres possibles : il n’existe pas de solution « scientifique », « objective », au conflit entre les pays arabes et Israël ; pas plus que ce type de solution ne peut s’appliquer à un conflit entre deux individus. Les relations interindividuelles dépassent le cadre de la réalité de premier ordre, puisqu’il n’est pas possible de déterminer scientifiquement leur nature ; totalement construites par les partenaires, elles échappent à toute vérification objective. D’où l’échec d’une fois naïve en la raison, fondée sur la connaissance scientifique. D’où aussi l’échec des espoirs mis en l’homme « bon par nature » (Rousseau), que sa soumission volontaire, spontanée et raisonnable aux évidentes valeurs fondamentales, établies scientifiquement, rend toujours meilleur, et dont, de ce fait, mes désirs et besoins individuels finiront par coïncider avec ceux de la société.
C’est précisément là qu’on trouve le noyau des utopies scientifiques qui prétendent pouvoir construire un monde sain, où règne l’altruisme et la paix : dans la prétention – fondée sur la confusion des deux ordres de réalités – des idéologies à la scientificité. Quand elle se produit, cette confusion donne lieu à la construction d’une réalité qui n’a en rien besoin d’être identique au monde, aussi obligatoire, d’une quelconque autre idéologie « non-scientifique ».

    Comment trouver la fragile passerelle qui nous permettrait de relier ces réalités si différentes ? Comment éviter de nous laisser emporter par de fatales erreurs ? Comment ne pas se retenir de vouloir donner du sens à tout ? Comment éviter de sacrifier au mirage de la modélisation scientifique par exemple ? C’est presqu’impossible, du fait que nos modes de pensée sont l’héritage d’une longue évolution dont nous avons oublié le parcours. Difficile de penser autrement que nous ne le faisons depuis si longtemps. Difficile de prendre conscience de nos déterminismes. Mais pourtant, pourtant, nous avons un atout que nos lointains ancêtres n’ont jamais eu. Nous vivons une époque, où plus que jamais auparavant, grâce à l’héritage d’un passé riche de réussites comme d’erreurs, il est devenu possible de s’instruire sur soi-même, les autres et le monde. Mais cela demande le courage d’oser savoir. Le fameux « Sapere aude ».


    Pour conclure ce premier article sur ce sujet difficile, je me retourne vers mon ami Nietzsche et sa sagesse trop mal comprise.

Lisez, nous en reparlerons plus tard, sur Transitio…

" Nous ne voyons pas dans la fausseté d'un jugement une objection contre ce jugement ; c'est là, peut-être, que notre nouveau langage paraîtra le plus déroutant. La question est de savoir dans quelle mesure un jugement est apte à promouvoir la vie, à la conserver, à conserver l'espèce, voire à l'améliorer, et nous sommes enclins à poser en principe que les jugements les plus faux sont les plus indispensables à notre espèce, que l'homme ne pourrait pas vivre sans se rallier aux fictions de la logique, sans rapporter la réalité au monde purement imaginaire de l'absolu et de l'identique, sans fausser continuellement le monde en y introduisant le nombre. Car renoncer aux jugements faux serait renoncer à la vie même, équivaudrait à nier la vie. Reconnaître la non-vérité comme la condition de la vie, voilà certes une dangereuse façon de s'opposer au sens des valeurs qui a généralement cours, et une philosophie qui prend ce risque se situe déjà, du même coup, par-delà bien et mal. "

Nietzsche "Par-delà le bien et le mal" (1886), I, 4,




A suivre, sur Transitio !


Post Scriptum :

Plutôt les chemins éclairés et ardus qui gravissent sous le ciel brûlant du doute, Que les sentiers frais et humides qui serpentent à l'ombre des certitudes mortelles...
Voilà l'esprit de Transitio.


Au fait, j'espère que le titre ne vous a pas trop fait peur ! 😉


Bertrand Tièche


Global Chance : Et si le prolongement de la durée de vie des réacteurs présentait des risques inacceptables ?

Article mis à jour le 07/06/2023.


GLOBAL CHANCE est une référence, c'est le site à connaître absolument !

    Visitez-le régulièrement et surtout lisez les documents passionnants qu'ils mettent à disposition : http://www.global-chance.org/Publications-de-Global-Chance-10

    J'ai eu la chance de faire la connaissance de l'un de ses fondateurs, Bernard Laponche, à la commission énergie EELV. Il a même donné une formidable conférence sur la transition énergétique à Boulogne en octobre 2011. Vous ne vous étonnerez donc pas si je relaie régulièrement tous leurs communiqués sur Transitio !

    Celui-ci concerne les récentes décisions du gouvernements et d'EDF concernant le prolongement de la durée de vie des centrales :


Et si le prolongement de la durée de fonctionnement des réacteurs nucléaires proposé par EDF et le gouvernement présentait des risques inacceptables ?


Bernard Laponche et Benjamin Dessus

Une offensive tous azimuts du gouvernement et de la direction d’Edf tente de faire accepter par l’opinion publique l’intérêt « évident » du prolongement de la durée de fonctionnement des réacteurs nucléaires actuels qui équipent les centrales nucléaires françaises, jusqu’à 50 et peut être 60 ans.

Devant cette offensive de communication Global Chance tient à préciser un certain nombre d’éléments.

Rappelons d’abord qu’en France, il n’y a pas de durée d’exploitation a priori, contrairement aux Etats-Unis qui fixent deux butoirs pour les licences d’exploitation : 40 ans, puis 20 ans.
En France, les réacteurs sont soumis à deux types de mesures de contrôle : contrôle permanent et revue de sûreté par inspections d’une part et, d’autre part, revues de sûreté nucléaire périodiques, tous les dix ans, en liaison avec le programme d’arrêt pour maintenance.

D’après Edf, les deux composants d’une centrale nucléaire qui ne sont pas remplaçables sont la cuve du réacteur et l’enceinte de confinement. Mais on peut se poser des questions sur d’autres éléments : le circuit primaire et tous les câblages électriques à l’intérieur de l’enceinte de confinement par exemple.

En ce qui concerne les aciers de la cuve et du circuit primaire par exemple, on sait que plus longtemps dure  l'intense irradiation neutronique, plus ils deviennent cassants : une injection massive d'eau froide dite de secours en cas d'accident pourrait entraîner la rupture brutale d'une cuve ou d'une tuyauterie primaire vieillie trop longtemps, surtout dans les premières centrales où les aciers sont sujets à des ségrégations de phosphore dites "veines sombres" qui accentuent le phénomène, concurremment parfois avec la présence de fissures entre acier au carbone résistant et revêtement d'inox interne anticorrosion.

De même, en cas de situation accidentelle, notamment impliquant un incendie dans les parties centrales de l’ilot nucléaire le vieillissement à la longue et la détérioration des innombrables câbles et traversées électriques peut rendre inopérantes les tentatives de contrôle de la situation. Le remplacement de ces câbles et traversées, très imbriqués dans toutes les parties du cœur de la centrale et souvent en zone irradiée, représente un chantier considérable.

Pour juger des questions de sûreté liées l’allongement de la durée de fonctionnement des réacteurs nucléaires au-delà de leur durée prévue au moment de leur conception, soit trente ans, il nous paraît indispensable de nous reporter à quelques-uns des témoignages de ceux qui sont responsables de la sûreté nucléaire, l’IRSN et l’ASN.

Nous en citons quelques-uns ci dessous :

1. Dans son rapport « R&D relative aux accidents graves dans les réacteurs à eau pressurisée : bilan et perspectives » l’IRSN définit ce que l’on entend par accident grave et présente l’objectif des recherches sur la sûreté relative à cet accident (La Documentation française, janvier 2007. On peut y lire : « La recherche concerne les réacteurs en fonctionnement et les réacteurs futurs. Les phénomènes de base sont les mêmes pour les réacteurs à eau sous pression actuels ou en projet. Toutefois, dans le cas des centrales existantes, les accidents graves n’ont pas été considérés lors de leur conception.
Les modifications envisageables de l’installation sont donc restreintes et les recherches menées dans ce cadre ont essentiellement pour objectif de trouver des moyens de limiter les conséquences d’un éventuel accident grave ».

2. Jacques Répussard, Directeur général de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) écrit dans Le Monde du mercredi 6 avril 2011. « Sur le parc mondial, 14 000 années-réacteur sont déjà passées, et les statistiques montrent qu’on est à 0,0002(2x10-4) accident nucléaire grave par an, soit vingt fois plus qu’attendu selon les études probabilistes, qui ne savent pas bien prendre en compte l’aléa naturel et le facteur humain. Le nucléaire fait jeu égal avec l’industrie chimique. C’est insuffisant. On peut donc se poser la question : l’homme est-il en mesure de maîtriser cette technologie pour diviser au moins par deux ce risque d’accident ? Y a-t-il une barrière ?

Ce serait une conclusion inquiétante, car cela signifierait qu’avec 1 000 réacteurs installés, un accident nucléaire grave se produirait en moyenne tous les dix ans, ce qui n’est pas supportable ». Ce calcul est basé sur trois accidents graves ou au-dessus (Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima compté comme un seul accident). Notons qu’en faisant le même calcul pour les quatre réacteurs ayant connu un accident majeur (et pas seulement grave), un à Tchernobyl et trois à Fukushima, on trouve un rapport de l’ordre de 300 et non plus de 20 par rapport aux attentes des études probabilistes (1).

3. Jacques Repussard, dans le Journal du Dimanche (JDD) du 1er janvier 2012 répond aux questions d’un journaliste : « Qu’a révélé votre audit post-Fukushima sur la sûreté des centrales françaises ? Celles-ci ne prennent pas en compte des scénarios comme Fukushima avec une perte totale d’eau et d’électricité. EDF propose des moyens de secours sous vingt-quatre heures mais on ne peut pas attendre tant de temps. Un séisme pourrait provoquer des accidents sérieux sur certains sites comme à Fessenheim et au Bugey. Les sites des vallées du Rhône et de la Loire doivent surélever leurs digues pour se protéger de fortes inondations.

La centrale de Fessenheim est pointée du doigt. La fermerez-vous ? Depuis plusieurs années, nous disons qu’il faut renforcer son radier [dalle sous le réacteur] pour éviter une fuite en cas d’accident. Si EDF ne réalise pas ces travaux, il faudra fermer la centrale. Il n’est plus admissible que ces sujets retombent dans l’oubli. Cela nécessite des arbitrages économiques en faveur de la sûreté. Mais il ne faut pas non plus "sacraliser" la fermeture d’un réacteur. La France choisit de rester dans le nucléaire, il faudra construire de nouvelles centrales et donc arrêter les anciennes au fur et à mesure ».

4. André-Claude Lacoste, président de l’ASN, écrit dans Le Monde du 4 janvier 2012 : « Nous avons beau être porteurs de l'idée qu'un accident nucléaire ne peut être exclu, c'est quand même un choc de voir un accident qui conduit à l'évacuation de 200000 personnes, un territoire de 2 000 km2 ravagé ».

5. André-Claude Lacoste, dans une audition parlementaire du 30 mars 2011 affirme : « La position constante de l’ASN a toujours été la suivante : personne ne peut garantir qu’il n’y aura jamais en France un accident nucléaire. Je dis ce que je dis, et je répète une position constante de l’ASN française ».

6. Dans son Avis DSR_2010-153 du 19 mai 2010, sur la tenue en service des cuves des réacteurs de 900 MWe,  l’IRSN  écrit : « L’IRSN en conclut qu’à VD3+5 ans, ( visite des 30 ans + 5ans, soit 35 ans) le risque de rupture brutale n’est pas exclu pour les cuves des réacteurs de Dampierre 4, Cruas 1, Cruas 2, Saint-Laurent B1 et Chinon B2 en cas de situations incidentelles et accidentelles... Les marges à la rupture sont également insuffisantes à VD3 + 5 ans pour les cuves de Saint-Laurent B1 et de Bugey 5 qui sont affectées de défauts ».

7. Dans son avis n°2011-AV-0120 du 4 juillet 2011 l’ASN écrit : « l’ASN considère que, sous réserve des conclusions à venir des évaluations complémentaires de sûreté (ECS) engagées à la suite de l’accident de Fukushima et au vu du bilan du troisième réexamen de sûreté du réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fessenheim, le réacteur n°1 est apte à être exploité pour une durée de dix années supplémentaires après ce troisième réexamen à condition de respecter les prescriptions de la décision de l’ASN n° 2011-DC-0231 du 4 juillet 2011 et notamment les deux prescriptions majeures suivantes :
• Renforcer le radier du réacteur avant le 30 juin 2013, afin d’augmenter sa résistance au corium en cas d’accident grave avec percement de la cuve ;
• Installer avant le 31 décembre 2012 des dispositions techniques de secours permettant d’évacuer durablement la puissance résiduelle en cas de perte de la source froide. » Et ce n’est que pour atteindre 40 ans…

8. Enfin, dans son rapport « les coûts de la filière électronucléaire » du 13 février 2012, la Cour des comptes, dans le chapitre consacré aux questions d’assurance du risque d’accident grave ou majeur indique : « Les estimations de l’IRSN donnent un coût moyen compris entre 70 Md€ pour un accident modéré sur un réacteur comme celui qui s’est produit à Three Mile Island en 1979 et 600 à 1000 Md€ pour un accident très grave comme ceux de Tchernobyl ou de Fukushima. »

Au vu de ces  prises de position publiques et témoignages  de personnalités reconnues, directement impliquées dans les questions de sûreté nucléaire, Global Chance s’élève vivement contre l’irresponsabilité dont font preuve aujourd’hui EDF et le gouvernement, en présentant la prolongation de la  durée de vie du parc actuel de 10 à 20 ans comme une évidence industrielle et économique incontournable et en faisant de fait l’impasse totale sur les risques majeurs d’une telle stratégie pour nos concitoyens.


(1)    Les études probabilistes se fondent sur l’hypothèse de 10-5 accidents graves par année réacteur et 10-6 accidents majeurs par année réacteur.


Mise à jour au 06/02/2022 :

Concernant la prolongation de vie des vieilles centrales nucléaires, je vous conseille de lire mon article "Ingénierie sociale et ingénierie nucléaire"





mardi 14 février 2012

Platon, Le Pen, la peur ou la bêtise



Platon, Le Pen et la peur, ou la bêtise comme un bug de la pensée.

(Digression autour du "rapport Bichot")

    Je vous conseille la lecture de cet article publié sur l’excellent site OWNI, à propos du « fameux » rapport Bichot Publié en avril 2010, intitulé “Le coût du crime et de la délinquance”. Selon ce rapport, le crime et la délinquance ont un prix : 115 milliards d’euros. En 2012, pour Marine Le Pen, qui y fait référence dans son programme, c'est le coût annuel de l'insécurité. Même des responsables de l'UMP accordent un crédit à ce chiffre. Jacques Bichot, est présenté par Le Figaro comme un professeur émérite de l’université Lyon III, son rapport a été publié par l’Institut pour la justice (IPJ), un think tank sécuritaire dont l’UMP ne renie pas les idées. Le journaliste d’OWNI a pris la peine de lire ce rapport et d’analyser les données de son évaluation, qui s’avèrent en fait pour la plupart d’entre-elles, totalement fantaisistes.

    Le rapport prend en compte, par exemple, le coût d’achat d’un chien pour assurer sa sécurité, ou plus drôle encore, accrochez-vous, le temps à lutter contre les spams dans vos courriers électroniques ! “Le spam non infecté (…) se traduit par un grand gaspillage de temps – et la perte de messages utiles confondus avec les indésirables. Une demi-heure perdue par semaine, 50 semaines par an, cela fait 25 heures par internaute, soit environ 250 euros de préjudice direct.”.
Lisez l’article, il est brillant : Déchiffrer l’insécurité
Et lisez le rapport, précieusement sauvegardé sur Transitio en cliquant sur l’image ci-dessous :


    Vérifiez au passage si le rapport tient compte de certains types de délinquances financières (chapitre 5) comme la fraude ou l’évasion fiscale, les déménagements nocturnes d’usines par des patrons voyous, ou le renflouement par nos deniers de l’état de la dette abyssale des banques qui ont joué au casino des marchés financiers. Car je n’ai rien trouvé de concret de ce côté-là…


    Lorsque la bêtise atteint de tels vertigineux sommets, faut-il en rire, en pleurer, s’inquiéter ou juste réfléchir ?

    La peur devant un danger soudain, peut se révéler une réaction salvatrice, héritée de la longue histoire de notre évolution. Mais lorsqu’elle est instrumentalisée pour susciter intolérance et haine au sein d’une société confrontée à ses disfonctionnements, la réaction saine est, ce me semble, la juste colère.

    Mais contre qui se mettre en colère ? Doit-on se laisser gagner par la théorie du complot, celle de la stratégie du choc, si brillamment démontrée par Naomie Klein ? Stratégie qui mettrait à profit, voire même provoquerait des crises majeures, pour imposer aux populations des mesures drastiques ou liberticides qu’elles auraient refusées en temps ordinaire ? Les absurdes crises en rafale que nous vivons ces derniers temps, pourraient en effet nous laisser croire à pareille abomination.

Pourtant, l’usage de la peur en politique, n’est-il pas aussi vieux que le monde politique ? Lorsque celui qui détient le pouvoir politique, ne parvient pas à convaincre le peuple par les arguments de la raison, lui reste toujours le moyen de la peur et de la coercition. C’est ainsi que le grand Platon, après avoir savamment décrit son utopique République, crut bon d’inventer dans le mythe d’Er, que les citoyens seraient récompensés ou punis après leur mort, à proportion du civisme dont ils auraient fait montre de leur vivant. Cet usage génial du royaume des morts, auquel personne n’avait jamais pensé avant lui fut amené à connaître un vrai succès par la suite.

Peut-être pourrait-on se poser la question de savoir si cet usage de la peur est fait sciemment ou non ? Ceux qui brandissent ce démon grimaçant sont-ils de machiavéliques despotes en puissance, ou de simples imbéciles ? Mon côté optimiste me ferait pencher plutôt pour la bêtise. Lorsque j’évoque la bêtise, il n’y a aucun jugement de valeur, je parle « par-delà bien et mal ». Je diagnostique plutôt celle-ci comme un symptôme. La bêtise serait alors une sorte de bug de l’intelligence, une mise en veille, lorsque celle-ci se trouve confrontée à un problème qui dépasse sa faculté de compréhension, provisoirement (si l’on parvient ultérieurement à une mise à jour) ou définitivement si le problème dépasse physiquement nos capacités de calcul).
Attention cependant aux diverses formes que celle-ci peut emprunter. Il serait trop facile en effet de pouvoir la reconnaître à la simple stupeur exprimée sur un visage ! Confronté à cette surchauffe inopinée, l’esprit peut en effet déclencher une sécurité, un peu comme une mise en veille de la machine, un économiseur d’écran (ou de pensée). Cela peut ainsi prendre la forme d’un rapport du type de celui rédigé par le pauvre M. Bichot, c’est-à-dire un ratiocinage stérile simulant le raisonnement. Une routine de pensée mal codée, fonctionnant en boucle…

La bêtise ne doit pas être jugée mais étudiée (Lisez le savant ouvrage de Michel Adam sur la bêtise). Il n’est que trop évident, que nous sommes tous confrontés dans nos sociétés à des problèmes qui dépassent de loin nos facultés de raisonnement. Notre cerveau s’est construit sur des millénaires pour nous rendre apte à vivre en petits groupes vivant de chasse et de cueillette. Mais c’est avec le même cerveau fonctionnant toujours de la même façon, que nous allons sur la lune, ou que nous modélisons le monde. Et c’est ainsi que sifflotant gaiement à travers la prairie, nous nous acheminons le cœur léger vers notre possible disparition.

L’odieux "néolibéral capitaliste" ne fait que suivre son instinct de prédateur lorsqu’il donne ses ordres pour piller les ressources ou exploiter les hommes, rien de plus. Et qu’importe si de nos jours la bête immonde porte perruque blonde, la pauvre femme ne fait qu’exprimer une peur atavique de l’étranger encodée dans son inconscient. Les rouages de nos sociétés sont devenus si complexes, qu’il est tentant pour les plus faibles, de sombrer dans la facilité de croire que le travailleur immigré, par exemple, est responsable du chômage (si si je vous jure, certains en sont persuadés !).


La facilité de croire. La difficulté de penser…


Que faire lorsque nous devenons bêtes ? (Ça m’arrive aussi et plus souvent qu’à mon tour).


Que faire lorsque soudain notre intelligence bug ?


Que faire lorsque notre capacité de calculer, comprendre, penser, a atteint ses limites ?


Nous connecter en réseau pour partager, mutualiser, nos faibles ressources ? Pourquoi pas ? Ou à défaut, se taire...


Pourquoi pas…


Bertrand Tièche


lundi 13 février 2012

Global Chance dénonce la manipulation nucléaire

Article mis à jour le 11/06/2023 :
En relisant cet article en 2023, on ne peut que s'étonner de l'inaction qui a régné cette dernière décennie dans le domaine de la transition énergétique. Il aura fallu la crise énergétique résultant du conflit entre l'Ukraine et la Russie, pour que commence enfin une sorte de prise de conscience au niveau du gouvernement.

Voici l'article de février 2012 :

Je partage avec vous ce communiqué du 13 févier 2012 de l’association Global Chance.


La manipulation nucléaire

Trois jours avant la présentation officielle du rapport de la Commission Energies 2050 mise en place le 11 octobre 2011 par le ministre de l’industrie Eric Besson, la publication par ses services d’un petit document de 7 pages intitulé « Enseignements préliminaires du rapport « Energies 2050 » (1) met en évidence la tentative de manipulation grossière de l’opinion mise en place par le Gouvernement avec l’aide (volontaire ou non) de la Commission Energies 2050. 

Ce petit document, joliment illustré d’arbres verts, réussit dans les 7 pages qui le composent à éviter les mots clés du débat énergétique engagé à l’occasion des présidentielles :

Le mot de sûreté du parc nucléaire n’y apparaît jamais, alors que c’est évidemment un point majeur du débat. Manifestement, la catastrophe de Fukushima ne s’est jamais produite...

Le mot d’économie d’électricité n’y figure pas non plus alors qu’il est une composante majeure des stratégies alternatives présentées par l’opposition à la stratégie de poursuite du nucléaire.

Le mot de facture électrique pour l’usager n’y figure pas non plus, permettant ainsi de réduire le débat à la comparaison des coûts de production d’électricité (le coût du kWh) et « d’oublier » que la facture électrique est le produit d’un coût au kWh par une quantité d’électricité.

Ces éléments de « non-langage » permettent à Eric Besson de réduire pratiquement la question de la transition énergétique à celle de la production d’électricité, au sein de laquelle il ne s’intéresse qu’au nucléaire, et de justifier le choix d’une prolongation de la durée de vie du parc actuel au nom de considérations économiques tronquées et au mépris total de considérations de sûreté et de sécurité nucléaire.
Global Chance avait dénoncé dès le 27 janvier dernier dans une analyse critique du rapport préliminaire de la Commission (2) les prémisses d’une telle dérive en déclarant :
« Ce document est un exercice de médiocre qualité, biaisé par des erreurs factuelles, des non-dits, des hypothèses implicites et des omissions majeures, sans aucune analyse de cohérence, ni aucun recul par rapport aux études analysées. Il distille çà et là des affirmations non étayées qui relèvent plus de partis pris ou d’opinions subjectives que de jugements objectifs. Cette complaisance et cette médiocrité méthodologique nuisent gravement aux conclusions qui sont ainsi suggérées, sinon proposées aux pouvoirs publics pour une politique énergétique à long terme de la France. »

Global Chance dénonce cette tentative de manipulation irresponsable de l’opinion, qui s’appuie sur les conclusions d’un rapport médiocre partial et bâclé.

Nos concitoyens sont en droit d’attendre un débat argumenté sur les questions énergétiques et non pas une « communication gouvernementale » partisane, gommant délibérément les préoccupations légitimes de sûreté nucléaire et de sécurité qu’ils expriment et les questions principales de la transition énergétique.


Benjamin Dessus & Bernard Laponche