dimanche 5 février 2012

Bristol peak oil report

Article mis à jour le 11/06/2023 :
Bien sûr, l'article rapporté ci-dessous a disparu. J'ai donc eu une bonne idée de le sauvegarder en 2012, de même que le fameux rapport qui lui aussi a disparu du site de la ville de Bristol. Et dire que tout le monde ne parlait que de ce rapport dans les milieux écolos bien informés à cette époque !

COMMENT NOS AMIS ANGLAIS SE PRÉPARENT À LA FIN DU PÉTROLE (EUX)



    
Cet article passionnant m'a a été signalé par e-mail par son auteur Thierry Caminel. Je le reproduis dans son intégralité. Il explique comment la ville de Bristol se prépare à gérer les conséquences de la fin du pétrole.

    Nous sommes à des années lumières de ce que l’on peut lire sur le sujet dans notre beau pays (il est vrai que nous avons l’EPR qui peut-être fonctionnera un jour...).

    Je vous conseille donc la lecture attentive de l’article ci-dessous et je recommande à ceux qui maitrisent la langue de Shakespeare de télécharger ce fameux document officiel rédigé pour la ville de Bristol.

    Mais comme les "précieux" documents disparaissent souvent où changent d'adresses, Transitio le sauvegarde pour vous :


Cliquez sur l'icône "pdf"



Le « Bristol Peak Oil Report »

Article toujours présent en 2023 sur le site de Thierry Caminel :

Saviez-vous qu’on anticipe des émeutes de la faim, en ce début du 21 ° siècle, dans la 6e économie mondiale, et que des villes importantes estiment que les crises énergétiques à venir auront des conséquences locales majeures, et s’y préparent ?

Cette note présente le « Bristol Peal Oil Report » [1], un document officiel d’une ville anglaise de 430.000 habitants publié récemment. Après une exposition du contexte de ce rapport, son contenu est présenté sommairement, et l’on essaie ensuite de montrer les profondes différences d’appréciation de la situation énergétique mondiale entre le France et l’Angleterre.

Contexte Anciens exportateurs d’hydrocarbures, les Britanniques voient leurs champs de pétrole et de gaz de la mer du Nord décliner depuis 10 ans. L’information concernant l’état des réserves de pétroles mondiales est largement relayée par la presse, alimentant le débat public, renforçant la lutte contre le réchauffement climatique.

Au plus haut niveau sont écrits des rapports sur le ‘peak oil’ et ces possibles conséquences économiques et sociales [2]. Les Anglais investissent par ailleurs massivement dans des sources d’énergie non fossile (éolien offshore, nucléaire,...), dans les transports collectifs et vélos, etc. Ils ont introduit une taxe carbone, et prennent en compte le carbone contenu dans la commande publique.

Au niveau local se met en place un réseau de ‘villes en transition’ [3], regroupant plus d’un millier de villes, quartier ou district, destinés à renforcer la résilience de ces communautés, c’est-à-dire leur capacité à résister à un choc externe. Certaines sont de véritables laboratoires, expérimentant des monnaies complémentaires, des cartes de rationnement ou de nouvelles techniques agricoles.

Bristol s’inscrit dans ce mouvement de ville en transition. La taille de la ville, son importance économique et la qualité de son rapport en font un bon exemple de ce qui se passe outre-Manche et du niveau de prise de conscience des problématiques énergétiques.

« Peak oil Report - Building a positive future for Bristol after Peak Oil » Ce rapport de 100 pages, publié il y a quelques mois par le conseil municipal de Bristol, commence par expliquer en quoi le pétrole est important, et les raisons qui font qu’il va devenir de plus en plus rare et cher. Il cite les études de l’Agence Internationale de l’Énergie [4], des agences nationales, de Total, Shell ou Aramco, explique qu’il n’y pas d’alternative au pétrole disponible suffisamment rapidement, et rappelle le lien avec le réchauffement climatique. Le rapport synthétise ensuite les vulnérabilités de Bristol au Peak Oil, telles que la hausse du prix des transports et de l’alimentation, les risques de ruptures en alimentation ou en médicaments, le ralentissement économique lié au renchérissement des matières premières et des transports, l’impact sur les services publics dépendant du pétrole (police, collecte des ordures, ...) ou de son prix (chauffage des bâtiments, coûts des réparations,..), etc... Le chapitre suivant étudie les possibles conséquences sociales, citant les exemples de paniques intervenus lors de précédentes ruptures d’approvisionnement, l’augmentation des inégalités, l’impact sur l’emploi (rappelant que chaque choc pétrolier a été suivi d’une augmentation du chômage), le resserrement du crédit (credit crunch). Il cite le modèle de Ayres, qui lie l’évolution du PIB au prix de l’énergie [5]. Le chapitre conclut par la nécessité d’augmenter la résilience de la ville au Peak Oil.

Le rapport traite ensuite des transports, notamment l’accès aux magasins et aux lieux de travail, l’efficacité énergétique des moyens de transport, l’importance des vélos, la très grande vulnérabilité du transport aérien. Suit une liste de propositions ambitieuses, mais globalement classiques.

Le chapitre suivant, concernant l’alimentation, rappelle l’importance du pétrole pour produire la nourriture (engrais, mécanisation, transport, stockage réfrigéré ...) et les risques importants de crise alimentaire. Il propose des actions telles que relocaliser les productions alimentaires, produire de la nourriture dans la ville, former les citoyens à produire et stocker les aliments, former les agriculteurs à des types de production moins dépendante du pétrole...

La vulnérabilité du système de santé à des coupures d’approvisionnement est ensuite analysée, ainsi que l’impact du prix de l’énergie. Sont proposées entre autres une relocalisation des soins, une adaptation des pratiques médicales, l’information des citoyens.
Le chapitre suivant traite des services publics (police et pompiers ont besoin de pétrole, il en faut aussi pour le bitume ...), l’impact de l’inflation et du prix du pétrole sur les ressources publiques, l’action sociale, le nombre de crimes et délits, ... . Bristol prévoit d’augmenter les surfaces maraichères, réduire l’énergie nécessaire à collecter et traiter les ordures, préparer des procédures et des lieux d’accueils d’urgences (par exemple en cas de crash économique), constituer un stock de pétrole municipal,...

L’économie est le thème suivant, dans lequel les vulnérabilités de chaque secteur sont analysées, pour cause de pétrole cher, difficulté de transport et d’approvisionnement, resserrement du crédit, volatilité des prix, .... Parmi les actions proposées, notons l’introduction d’une monnaie locale, la relocalisation des approvisionnements, l’amélioration des transports publics.

Le dernier chapitre est consacré à la production et aux consommations d’énergie, par exemple l’énergie nécessaire à pomper et purifier l’eau potable. Parmi les actions, favoriser la sobriété énergétique et en eau, micro-génération à partir de biomasse, méthanisation des déchets, ...

La 3e partie synthétise une centaine d’actions possibles pour minimiser les vulnérabilités de Bristol au peak oil, et les indicateurs pour suivre ces actions. Cette partie est pour l’essentiel traduite à la fin de cette note.

Le rapport est précédé d’un résumé pour décideur, et suivi d’annexes pédagogiques expliquant les problématiques énergétiques (Peak Oil, énergies alternatives, ressources nationales) et présentant ce qui se fait ailleurs (notamment à Portland, USA).

‘Résilience’ versus ‘Développement Durable’ Ce rapport illustre la différence de niveau de conscience de la réalité du pic de production du pétrole entre Britanniques et Français. En France par exemple les scénarii de politique publique (transports, aménagement urbain ou territorial ...) ne prend pas en compte explicitement l’hypothèse d’une hausse rapide du prix de l’énergie, pas plus que les plans climats territoriaux ne s’intéressent aux conséquences locales de la réduction des stocks d’hydrocarbures, qui est pourtant la contrepartie de l’augmentation du CO2 atmosphérique.

‘Résilience’ d’un côté de la Manche, ‘développement durable’ de l’autre côté : tandis que les Anglais estiment que les alternatives au pétrole sont loin d’être prêtes industriellement et se préparent à une ‘descente énergétique’ subie, nous mettons beaucoup d’espoirs dans des révolutions technologiques à venir pour maintenir la croissance. Alors que nous planifions pour réduire vertueusement nos émissions de gaz à effet de serre, ils planifient pour assurer leur sécurité alimentaire et la survie du système social.

Les Britanniques et les villes en transition nous montrent qu’une démocratie peut se préparer à des changements profonds et des risques majeurs, en expliquant sans démagogie les contraintes aux citoyens, et en les impliquant pour maintenir l’essentiel. Espérons que ce réalisme anglo-saxon inspirera les politiques de nos villes et l’action citoyenne dans les prochaines années.


Thierry Caminel Ingénieur

(Ce document peut être redistribué et utilisé sans restriction)

Références :


[2] par exemple :
(en) “UK Res Global Oil Depletion Report” : http://www.ukerc.ac.uk/support/Global%20Oil%20Depletion (Article disparu)
(en) “UK Industry Task-Force on Peak Oil and Energy Security Report : - http://peakoiltaskforce.net/ (site disparu)
(audio) Chronique de J.M Jancovici : 


[3]
(en) https://www.transitiontowns.org/ (Site toujours présent en 2023)
(fr) https://villesentransition.net/ (Site toujours présent en 2023)

 Sur l’approvisionnement en nourriture de Bristol :



[5] (en) “Economic Growth and cheap oil” - http://www.cge.uevora.pt/aspo2005/abscom/ASPO2005_Ayres.pdf (article disparu, mais PowerPoint retrouvé)

 

Effets du néolibéralisme sur nos revenus




Paul Krugman a présenté récemment sur sa page opinion du New York Times a présenté ce 14 janvier 2012 un graphique fort intéressant.


Ce graphique présente une comparaison entre le revenu médian des familles aux États-Unis et le produit intérieur brut (PIB) par habitant depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.


Revenu médian des familles versus le produit intérieur brut par habitant (PIB par habitant) depuis la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis
Nous pouvons constater le contraste entre la période des 30 glorieuses de l’après-guerre et les 30 années suivantes pendant lesquelles l’idéologie du néolibéralisme s’est installée dans nos sociétés :
  • Entre 1947 et 1977 : le revenu des familles a doublé, tout comme le PIB par habitant.
  • Entre 1977 et 2007 : le revenu des familles a augmenté d’environ 20%, en retrait par rapport à l’augmentation du PIB par habitant, principalement dû à l’augmentation de la part du 1% les plus riches.
Autrement dit, au cours des 30 premières années, la croissance économique engendrait une augmentation correspondante des revenus des familles. Durant les 30 années suivantes, 80% de la croissance économique a plutôt bénéficié aux plus riches.

Le pire dans tout ça c’est qu’une bonne partie de cette croissance économique est due à une augmentation des heures de travail !

Source :




Les banques et les agences de notation sont les dictateurs de l'Occident






Voici un article publié dans le journal anglais The Independent, traduit et mis en ligne sur le site du Courrier International le 26/12/2011.





Les banques et les agences de notation sont les dictateurs de l'Occident

    Spécialiste du Moyen-Orient, Robert Fisk file la comparaison entre le "printemps arabe" et le mouvement des "indignés". Il s'en prend violemment aux banquiers et aux agences de notation qui agissent en propriétaires des pays et des peuples, aidés par des gouvernements veules et des journalistes soumis. Un point de vue roboratif.


    Ecrivant depuis cette région [le Moyen-Orient] qui produit plus de clichés au centimètre carré que n'importe quelle autre, je devrais peut-être y réfléchir à deux fois avant de déclarer que je n'ai jamais lu autant de foutaises, autant de débilités absolues que ce que j'ai pu voir au sujet de la crise financière mondiale.

    Et puis non, je ne m'abstiendrai pas. J'ai le sentiment que le journalisme censé traiter de l'effondrement du capitalisme a atteint de nouveaux tréfonds que même le Moyen-Orient ne peut surpasser en termes de soumission sans frein à ces institutions et à ces "spécialistes" de Harvard qui ont justement contribué à déclencher tout ce désastre criminel.

    Commençons par le "printemps arabe" – en soi une distorsion verbale grotesque du formidable éveil arabo-musulman qui ébranle le Moyen-Orient – et les parallèles minables avec les mouvements de contestation sociale dans les capitales occidentales. Nous avons été abreuvés d'articles sur comment les pauvres ou les défavorisés de l'Ouest auraient "puisé" dans le manuel du printemps arabe, comment les manifestants aux Etats-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne, en Espagne et en Grèce auraient été "inspirés" par les gigantesques manifestations qui ont fait tomber les régimes en Egypte, en Tunisie et – dans une certaine mesure – en Libye. C'est idiot.

    Il va sans dire que la véritable comparaison, les journalistes se sont abstenus de la faire, eux qui sont si ardents à vanter les mérites des rébellions arabes contre leurs dictateurs, si prompts à ignorer les protestations contre les gouvernements occidentaux "démocratiques", si désespérément pressés de dénigrer ces manifestations, de laisser entendre qu'il ne s'agit que de la reproduction de la dernière tendance à la mode dans le monde arabe. La vérité est un rien différente. Ce qui a poussé les Arabes à descendre par dizaines de milliers, puis par millions dans les rues des capitales du Moyen-Orient, c'est une dignité revendiquée, ainsi que le refus d'admettre que les dictateurs locaux et leurs familles étaient de fait les propriétaires de leurs pays. Les Moubarak, Ben Ali et autres Kadhafi, les rois et émirs du Golfe (et de Jordanie) et les Assad s'imaginaient tous qu'ils jouissaient de l'usufruit de l'ensemble de leurs nations. L'Egypte appartenait à Moubarak Inc., la Tunisie à Ben Ali & Cie (et à la famille Traboulsi), la Libye à Kadhafi & Fils, et ainsi de suite. Les martyrs arabes contre la dictature sont morts pour prouver que ces pays appartenaient à leurs peuples.

    Et c'est là que réside le vrai parallèle avec l'Occident. Les mouvements de protestation visent effectivement le monde des affaires – une cause tout à fait juste – et les "gouvernements". En revanche, ce qu'ils ont découvert, un peu tard, certes, c'est que depuis des décennies, ils ont foi dans une démocratie frauduleuse : ils votent sagement pour des partis politiques, qui confient ensuite leur mandat démocratique et le pouvoir du peuple aux banques, aux cambistes en produits dérivés et aux agences de notation, qui peuvent tous compter sur une coterie répugnante et malhonnête de "spécialistes" venus des meilleures universités et des "cabinets de consultants" des Etats-Unis, lesquels entretiennent la fiction qui veut que l'on soit confronté à une crise de la mondialisation plutôt qu'à une énorme arnaque pour flouer les électeurs.

    Les banques et les agences de notation sont devenues les dictateurs de l'Ouest. Comme les Moubarak et les Ben Ali, elles croyaient – et continuent de croire – qu'elles étaient les propriétaires de leurs pays. Les élections qui leur donnent le pouvoir sont aujourd'hui aussi factices – à cause de la couardise et de la collusion des gouvernements – que celles auxquelles les Arabes ont été obligés de participer décennie après décennie afin de sacrer leurs propres propriétaires nationaux. Goldman Sachs et la Royal Bank of Scotland sont désormais les Moubarak et les Ben Ali des Etats-Unis et du Royaume-Uni, chacun engloutissant la richesse du peuple sous forme de primes et de bonus bidons offerts à leurs patrons sans pitié, animés d'une cupidité infiniment supérieure à ce que pouvaient imaginer leurs frères en dictature arabes, pourtant rapaces.

    Je n'ai pas attendu Inside Job, de Charles Ferguson [ce documentaire sorti en 2010 revient sur les origines et les responsabilités de la crise financière de 2008], diffusé au début du mois sur BBC2 – même si ça m'a aidé – pour savoir que les agences de notation et les banques américaines sont interchangeables, que leur personnel passe sans heurt des agences aux banques et au gouvernement des Etats-Unis. Les gars des agences (presque toujours des gars, d'ailleurs) qui ont attribué un triple A aux prêts hypothécaires à risque et aux produits dérivés aux Etats-Unis ont désormais entrepris de dépecer – par le biais de leur influence délétère sur les marchés – les nations d'Europe en menaçant de dégrader, voire de supprimer, ces mêmes notes qu'ils avaient attribuées si généreusement à des délinquants avant le krach aux Etats-Unis. D'ordinaire, je considère que la retenue suffit généralement à l'emporter dans une discussion. Mais là, foin de sous-entendus, qui sont ces créatures dont les agences de notation font aujourd'hui plus peur aux Français que Rommel en 1940 ?

    Pourquoi mes camarades journalistes ne me le disent-ils pas ? Comment se fait-il que la BBC et CNN – oh mon Dieu, et même Al-Jazira – traitent ces bandes de criminels comme d'inébranlables institutions du pouvoir ? Pourquoi n'y a-t-il aucune enquête – Inside Job a ouvert la voie – sur ces magouilleurs scandaleux ? Cela me rappelle tellement la façon tout aussi veule qu'ont tant de journalistes américains de couvrir les événements au Moyen-Orient, évitant bizarrement toute critique directe d'Israël et expliquant, aiguillonnés par une armée de lobbyistes pro-Likoud, pourquoi la "médiation" américaine dans le conflit israélo-palestinien est digne de confiance, pourquoi les gentils sont des "modérés" et les méchants des "terroristes".

    Les Arabes, au moins, ont commencé à se débarrasser de ces absurdités. Mais que les manifestants de Wall Street fassent de même, et ils se transforment en "anarchistes", en "terroristes" sociaux des rues des Etats-Unis qui osent exiger que les Bernanke [président de la Fed] et les Geithner [ministre des Finances américain] passent devant les tribunaux comme Hosni Moubarak. Nous, en Occident – nos gouvernements –, avons créé nos dictateurs. Mais contrairement aux Arabes, nous ne pouvons pas y toucher.

    Début décembre, Enda Kenny, le Taoiseach [Premier ministre] irlandais, a solennellement déclaré à ses concitoyens qu'ils n'étaient pas responsables de la crise dans laquelle ils se retrouvaient. Ce qu'ils savaient déjà, bien sûr. Ce qu'il ne leur a pas dit, c'est qui en était à l'origine. Ne serait-il pas temps que lui et ses collègues Premiers ministres de l'Union européenne nous le disent ? Et nos journalistes aussi ?



mardi 31 janvier 2012

Via le Monde : "La troisième révolution industrielle", de Jeremy Rifkin

Article mis à jour le 11 juin 2023.

    J'ai découvert dans les pages "économie" du Monde cet article à propos du dernier ouvrage de Jeremy Rifkin. Je ne pouvais pas ne pas en parler sur Transitio, car il traite de la formidable transition que nous vivons.


Voici la copie de l'article, mais bien sûr il vaut mieux lire l'original sur le prestigieux site du Monde.
(Transitio conserve les copies de certains articles sachant que beaucoup finissent par disparaitre du WEB un jour ou l'autre).

Certes, le nouvel opus de l'économiste Jeremy Rifkin n'apporte pas de nouveauté renversante, par rapport à ses précédents essais, notamment L'Age de l'accès (La Découverte, 2005), ou L'Economie hydrogène (La Découverte, 2002), des best-sellers. Son principal mérite est de présenter de façon particulièrement claire et stimulante les défis auxquels nous sommes confrontés, en ce début de XXIe siècle, et de proposer également des solutions.

Nous vivons la fin d'une époque ; celle d'une économie fondée sur les énergies fossiles ; mais aussi, celle du travail à temps plein, du capitalisme patrimonial, de l'organisation pyramidale des entreprises, et de la gestion exclusivement marchande du monde.

Sans que nous nous en apercevions, nous sommes déjà entrés dans une troisième révolution industrielle ; celle-ci va bouleverser nos façons de vivre, de travailler, de consommer. Telle est, en substance, la thèse de l'économiste américain, qui affirme, après d'autres : "L'humanité est à un carrefour."


"METTRE ADAM SMITH À LA RETRAITE"

Si M. Rifkin aime le poids des formules - Il faut "mettre Adam Smith à la retraite" -, il ne dédaigne pas également le choc des images. Ainsi compare-t-il les actuelles compagnies de production et de distribution d'électricité - "la vieille garde" -, aux géants du disque "confrontés pour la première fois au partage des fichiers".

Le titre à rallonge de cet essai ("Comment le pouvoir latéral va transformer l'énergie, l'économie et le monde") l'indique : c'est d'abord notre rapport au pouvoir qui va changer, estime l'auteur.

Le passage du pouvoir hiérarchique au pouvoir latéral, décentralisé et démythifié, va transformer notre rapport au monde, prophétise-t-il. Dans cette perspective, on pourra lire le chapitre consacré à la refonte du système éducatif, qui n'est pas le moins intéressant du livre. Mais aussi les pages consacrées à l'Europe. Un Vieux Continent, selon Jeremy Rifkin, plus avancé que les Etats-Unis, et le reste du monde, dans cette troisième révolution industrielle. En ces temps d'euro-morosité, voilà une bonne nouvelle !


lundi 30 janvier 2012

Global Chance analyse le rapport énergie 2050

Article mis à jour le 11 juin 2023.

Benjamin Dessus et Bernard Laponche de Global Chance, réagissent à la publication du rapport de la Commission énergie 2050.



    Vous trouverez leur analyse détaillée de ce rapport (sauvegardé sur Transitio) en cliquant sur l’image ci-dessous.

    Et je vous propose de lire le texte suivant rédigé à la suite de la publication d'un article sur Médiapart le 30 janvier 2012 à propos de ce "fumeux" rapport.

    Le site Mediapart leur a en effet demandé de faire l’analyse critique d’une version non encore définitive, mais manifestement très avancée et qu’il s’est procurée très récemment, du rapport de la Commission Energie 2050 mise en place par le ministre Eric Besson et qui doit lui être remise dans les jours qui viennent.

    Cette version provisoire du rapport de la Commission Energie 2050 ainsi que son analyse critique ont été présentés le 30 janvier sur le site de Médiapart. Son article de présentation fait mention de plusieurs des critiques apportées par Benjamin Dessus et Bernard Laponche à ce rapport.

    Je partage ci-dessous quelques-uns des commentaires formulés par ces deux experts, qu’ils ont eu l’amabilité de me transmettre :

Les rapporteurs de la Commission se proposent d’examiner les différentes trajectoires possibles du système énergétique français d’ici 2050 en comparant des scénarios contrastés produits par différents acteurs. Il apparaît cependant très vite que la question centrale qui intéresse le gouvernement est celle de l’électricité et plus particulièrement la production d’origine nucléaire.

Le rapport est donc très marqué par une approche presque exclusivement « offre » de la question énergétique, avec une insistance permanente sur le « mix énergétique », considéré comme beaucoup plus important que la demande d’énergie, et bien évidemment la place de l’énergie nucléaire dans ce mix. Ce biais, manifeste dès le début du rapport, en réduit considérablement l’intérêt comme outil de prise de décision en matière de politique énergétique globale.

L’analyse du corps du rapport qui comporte 5 chapitres principaux nous conduit à mettre l’accent sur plusieurs points.

Du point de vue méthodologique, l’étude exclut de façon incompréhensible l’analyse des seuls scénarios contrastés établis sur une base commune, ceux d’Enerdata, pourtant utilisés officiellement par le gouvernement dans les négociations européennes, au profit de notes et scénarios produits dans la hâte par des acteurs du nucléaire. Elle privilégie ouvertement l’analyse du seul mix électrique au détriment du système énergétique, laissant ainsi à l’écart les questions qui concernent 75% de l’énergie finale du bilan français, ne prend pas en compte les marges de manœuvre ouvertes par les économies d’électricité et exclut corrélativement toute discussion sur le coût d’accès à ces mesures d’économie d’électricité.

Elle réduit le concept de transition énergétique à la question des émissions de CO2 et fait l’impasse totale sur les risques environnementaux associés aux filières non fossiles, et très particulièrement nucléaires en faisant l’hypothèse que le suivi des recommandations du dernier rapport de l’ASN règlent définitivement ces questions.
Elle réduit enfin le débat à la seule question du coût unitaire du kWh électrique associé à différents mix électriques, en « oubliant » que le coût pour l’usager et la collectivité dépend aussi des quantités d’électricité distribuées.

S’ajoutent à ces critiques des erreurs factuelles telles que l’oubli du rôle prépondérant des économies d’énergie dans les scénarios bas carbone (450 ppm) de l’AIE, ou sur la définition même de grandeurs comme l’énergie primaire ou l’indépendance énergétique.
Nous considérons donc que le document dont nous disposons aujourd’hui est un exercice de médiocre qualité, biaisé par des erreurs factuelles, des non-dits, des hypothèses implicites et des omissions majeures, sans aucune analyse de cohérence, ni aucun recul par rapport aux études analysées. Il distille çà et là des affirmations non étayées qui relèvent plus de partis pris ou d’opinions subjectives que de jugements objectifs. Cette complaisance et cette médiocrité méthodologique nuisent gravement aux conclusions qui sont ainsi suggérées, sinon proposées aux pouvoirs publics pour une politique énergétique à long terme de la France.

Benjamin Dessus et Bernard Laponche



Le rapport de la Commission Besson, se trouve sur le site de Médiapart à l’adresse suivante : "Le rapport Besson sur l'énergie plaide pour une prolongation du nucléaire"


PS : Vous aurez noté que j'ai classé cet article dans la rubrique "énergies fossiles", puisque le seul avenir que semble envisager la Commission énergie du gouvernement, repose sur cette énergie fossile qu'est l'uranium...