vendredi 14 mai 2021

Bataille de rêves à Poitiers, à propos de l'avenir du monde...

 

Dame Eléonore arrêtant les avions à Poitiers


Les avions arrêtés à Poitiers par Dame Eléonore de Moncond'hui.

L'effrayante Maire de Poitier,
Léonore Moncond'huy
    La décision de la maire de Poitier de ne pas accorder de subventions à deux aéroclubs, a déchaîné un torrent de publications et de caricatures rageuses sur le WEB. L'élue ayant eu une expression malheureuse à propos du rêve de voler qui ne devrait plus en être un, les bonnes âmes se sont offusquées de cette atteinte faite aux rêves des enfants. Les plus sincères et les plus généreux arguaient du fait que les tenants de ces aéroclubs avaient la bonté de faire voler des enfants handicapés grâce à ces subventions.

    Bizarrement, personne ne s’est posé de questions quant à la nature de cette générosité subventionnée par la collectivité, ni sur le fait que l'élue ne faisait que suivre la politique pour laquelle elle avait été choisie, passons. 


Voici un petit exemple de dessin critiquant la politique
de ceux que certains appellent méchamment les "Khmers verts"...
(Etant bien entendu que les rêves du néolibéralisme
sont de loin les plus beaux.)


Les rêves sont-ils intemporels ? (Vous avez deux heures)
    
    La maire de Poitiers a mal formulé son idée, mais j’en comprends le sens général. Dans le même genre, je m’étais désolé de voir le conseil départemental de la Nièvre inviter 575 élèves de troisième à « se challenger » sur le karting de Magny-Cours "pour débusquer les futurs talents et faire naître des vocations". Le vainqueur avait remporté un stage de quatre jours dans l'école de pilotage de Jacques Villeneuve. Le président du conseil départemental, le brave Alain Lassus, s’était réjoui de cette expérimentation, "Si ça fonctionne, on pourra peut-être le refaire. Et dans quelques années, qui sait, le prochain pilote de Formule 1 sera peut-être nivernais", avait-il dit. Des courses de voitures, au 21ème siècle ? Remarquer, qu'il y a même encore, coincé dans une bulle spatio-temporelle, un "Paris Dakar".

Vous comprendrez mieux la raison de mon étonnement après avoir lu cet article.

Le "Dakar" existe toujours en 2021...



Vos rêves sont-ils bien les vôtres ?

    Bien sûr que les rêves sont indispensables et qu’il est beau de les réaliser. Mais le rêve de voler ne peut-il pas se décliner autrement que par un vol de vingt minutes dans un petit avion de tourisme ? Quant à celui de devenir pilote de courses, croyez-vous sincèrement, que de nos jours, ce soit encore, disons, raisonnable ? (Je m'expliquerai plus loin sur ce point).  

    Si l'on y réfléchi bien, ces fameux rêves que nous croyons nôtres, ne nous ont-ils pas souvent été transmis par d’autres (c’est le boulot des publicitaires par exemple). Combien de malheureux gosses ont été chargés de réaliser les rêves de leurs parents ?

    Pourquoi certains rêves sont-ils en passe de devenir aussi obsolètes que de vouloir être le meilleur tailleur de menhir ou le plus rapide cocher de fiacre à Paris ? C'est ce que je vais essayer d'expliquer dans cet article.




Les écolos-empêcheurs de danser en rond.

    Je voudrais vous parler de ces empêcheurs de danser en rond que sont les écologistes. Les écologistes dérangent, car ils ont l’inconscience d’oser aborder des sujets, qui du fait de leur gravité, sont quasiment impensables pour le commun des mortels, et ce, non pas parce qu'ils demandent des connaissances spéciales, mais parce que les enjeux sont trop lourds de conséquences.

    A la limite, on pourrait même dire que ces inconscients sont les seuls politiques à réellement se préoccuper de l’avenir, les autres préférant se dire "après moi le déluge" comme il en a toujours été depuis l’aube de l’humanité. Le grave danger qui menace actuellement la civilisation, bien plus que le climat ce me semble (le propre de l’homme est de s’acclimater à toutes les conditions climatiques de la planète), ou l’actuelle pandémie (qui pourrait se résoudre par les vaccins), c’est l’inévitable épuisement des ressources énergétiques et des matières premières. Le processus a commencé depuis quelques décennies et seules les crises économiques (crise bancaire de 2008 et actuelle pandémie), en ralentissant la croissance, ont contribué à la diminution des besoins en matières premières et masqué provisoirement les premiers effets, pourtant déjà visibles, de cette véritable crise énergétique.

    La petite vidéo ci-dessous vous fera très bien comprendre le rapport entre la croissance et l'épuisement des ressources.


Les incorrigibles pessimistes.

    Les inquiétudes des écolos quant à l'avenir du monde sont nées dans les années 70. Le sujet est tellement important que je me suis décidé à y consacrer un article complet (Très complet et très long). En voici le lien : "Ces catastrophes qui n'ont pas eu lieu"


Les incorrigibles optimistes.

    La plupart des honnêtes gens sont persuadés que les limitations de vitesses sur les routes, les implantations d’éoliennes et de panneaux solaires, les incitations à isoler les maisons, sont des trucs de bobos-écolos qui veulent se faire plaisir en cassant les pieds des péquenauds et des prolos. C’est totalement faux, cela correspondant à une nécessité vitale.

    Cela fait des années que les gouvernements préparent, autant qu’ils le peuvent et parfois même par la guerre, le tarissement des gisements d’énergies fossiles et la raréfaction des matières premières. Vous serez même sûrement étonnés d’apprendre que c’est même là une des principales explications de la relance de la conquête spatiale que vous constatez depuis quelques années. Saviez-vous qu’Obama a fait passer une loi en novembre 2015, le "Competitiveness Act" (HR2262), sur l’exploitation des astéroïdes par des compagnies privées ! Par cet acte, il a tout simplement annulé le consensus de 1967, ratifié par les grandes puissances, qui faisait de l’espace une propriété universelle...

    Les Américains sont d’incorrigibles optimistes. Ils croient toujours aux promesses des conquêtes "par-delà les frontières". Peut-être ont-ils raison, peut-être pas ?


Ce que savent les gouvernements.
Et qui n'est pas caché, puisqu'un citoyen lambda comme moi a pu avoir accès aux informations, comme vous à présent. (Ceci dit pour les amateurs de complots)

En France

    Je vous en avais déjà parlé sur Transitio en 2011 (Eh oui ! Lisez cet article). Voici pour vous donner une idée, ce que l’on pouvait lire dans un rapport du centre d’analyse stratégique, adressé au gouvernement en 2008.

Page 11 :

"Le paradigme a changé, depuis que le réchauffement climatique est devenu une réalité établie. À la crise possible, évitable, survenue puis surmontée, récurrente et finalement bénigne, jusqu’à la prochaine, a succédé un nouvel horizon mental, conceptuel, et donc politique.

Les hydrocarbures n’ont certes pas cessé de se raréfier, puisque disponibles en quantités finies, soumis aux aléas géostratégiques, comme les autres matières premières. Encore que les phénomènes s’accélèrent et que les horizons de danger paraissent se rapprocher :la croissance de la population mondiale et celle des économies émergentes (en premier lieu de la Chine) vont accroître rapidement la demande mondiale d’énergie, alors que l’on peut s’interroger sur la possibilité de repousser durablement les limites de ces ressources. Pour autant, la date du "peak oil" (moment où l’offre de pétrole commence à décliner) demeure incertaine et il n’est pas sûr qu’il ne survienne pas à cause du déclin de la demande pour d’autres motifs que l’insuffisance de la ressource."

(Nota : Les "autres motifs", causes d'un ralentissement de la croissance et de la réduction de demande d'énergie,  furent par exemple la crise économique de 2008 et de nos jours la pandémie mondiale de la COVID19.)

Page 13 :

"Il faut insister à nouveau sur la nécessité d’un effort massif et constant. Les scénarios que la commission Énergie a étudiés à l’aide de différents modèles donnent tous le même résultat. Une des dimensions commence à être bien connue et acceptée en France et au niveau mondial : la poursuite des errements actuels (scénarios dits « tendanciels ») est le chemin le plus court et le plus certain vers des perspectives de catastrophes mondiales.

Aucune correction spontanée n’est envisageable ; il faut agir avec détermination et sans délai, comme le prévoit l’Union européenne pour 2020. L’inaction ne laissera ouverte à terme qu’une alternative : changer de société par la force ou la voir disparaître, plutôt que de choisir aujourd’hui démocratiquement des développements souhaitables et possibles ménageant les intérêts de chacun, et d’abord les libertés – en particulier en matière de propriété et de mobilité.

L’autre leçon est moins connue et appellera une pédagogie à laquelle les acteurs politiques, mais aussi sociaux, devront d’urgence se livrer : les évolutions vraisemblables de la technique et les efforts raisonnables qu’on peut demander au pays sans compromettre sa croissance ni bouleverser son existence aboutissent, à un horizon de quinze ans, puis en 2050, à un niveau de réduction des gaz à effet de serre à peine égal à celui nécessaire pour nous faire quitter la zone de danger (en escomptant que les autres pays fassent de même)."

    Je vous laisse juges du ton dramatique : 

"La poursuite des errements actuels (scénarios dits « tendanciels ») est le chemin le plus court et le plus certain vers des perspectives de catastrophes mondiales."

"L’inaction ne laissera ouverte à terme qu’une alternative : changer de société par la force ou la voir disparaître,"

    Cliquez sur l'image ci-dessous pour télécharger le document depuis le site des archives du centre d'analyse stratégique, ou sur l'image du document pour le télécharger depuis mes archives quand il aura disparu du site officiel (ce qui arrive souvent).


Depuis mes archives


Aux USA

    Encore sur Transitio, en 2010, je vous avais parlé du rapport biannuel publié par le Commandement des forces interarmées des États-Unis, le fameux “The Joint Operating Environment” . Il s’agit d’un document visant à fournir à l’armée une base de réflexion sur laquelle construire des concepts pour guider sa stratégie future. Le chapitre le plus alarmant de ce rapport était celui sur l’énergie. On pouvait y lire : "Vers les années 2030, les besoins en pétrole pourrait passer de 86 à 118 millions de barils par jour."

Sachez qu'elle a atteint 100 millions de barils par jours à la fin de 2019 !

    Le rapport montrait des graphiques pour les ressources d'énergie prévues et la production mondiale de pétrole, y compris l'avenir du développement de nouvelles découvertes, non-conventionnelle de pétrole, les ressources du pétrole, de développement des réserves existantes et les capacités existantes. Ce rapport résumait la crise énergétique en affirmant que "la production d'énergie et les infrastructures de distribution devaient faire l’objet de nouveaux investissements importants, si l’on voulait continuer de satisfaire la demande d'énergie à un coût compatible avec la croissance économique et la prospérité."

Le rapport est devenu introuvable, mais je l'ai gardé dans mes archives. Cliquez sur l'image ci-dessous :


En Allemagne.

    Toujours sur Transitio et encore plus alarmant, j'avais publié le rapport rédigé en 2010 par les experts de l’armée allemande, la Bundeswehr, à propos des risques résultant du peak oil. Le peak oil correspond au pic de production, après lequel se produit le manque puis l’effondrement. Si vous souhaitez en savoir plus, je vous conseille de lire mon article sur les pics de production. Il date un peu, mais sachez que la situation n'a fait qu'empirer depuis : Pics de productions, le vertige de la transition énergétique.

Voici donc pour vous donner encore une petite idée, la traduction d’un extrait de la page 50 de ce rapport :

  • Effondrement des systèmes monétaires non rattachés. Lorsqu’une monnaie perd de sa valeur dans son propre pays, on ne peut plus l’échanger contre des devises. Les chaînes de distribution sont elles aussi rompues.
  • Chômage massif.  Les sociétés modernes sont organisées autour de la division des tâches, elles se sont de plus en plus différenciées au cours de leur histoire. De nombreux métiers n’ont de raison d’être que de par la gestion de ce degré élevé de complexité, ils n’ont plus rien à voir avec la production directe de biens de consommation. Dans toutes les sociétés modernes, la réduction de la complexité des économies nationales aurait pour conséquence une augmentation effrayante du chômage.
  • Des Etats en faillite. Dans la situation décrite, les recettes des Etats s’effondrent, les possibilités d’emprunt sont très limitées.
  • Implosion des services collectifs fragilisés. Ni les ressources matérielles, ni les ressources financières ne sont suffisantes  au maintien des services collectifs. S’y ajoutent des facteurs aggravants : l’interdépendance entre les infrastructures, l’interdépendance par rapport à différents sous-systèmes.
  • Famines. Au bout du compte, cela constituera un défi que de produire et de distribuer de la nourriture en quantité suffisante.

Le rapport est devenu introuvable, mais je l'ai gardé dans mes archives. Cliquez sur l'image ci-dessous :



Que s'est-il passé depuis 10 ans ?

    Je vous ai communiqué des données de 2010, afin que vous compreniez mieux ce qui s'est passé durant cette décennie. C'est important pour mieux comprendre où nous en sommes aujourd'hui !

    Pour vous aider, je vous conseille de lire cet article sur le site Révolution énergétique. Il rend compte du rapport annuel publié par le pétrolier BP en septembre 2020, le BP Energy Outlook 2020.

    Les simulations de BP reposent sur 3 scénarios d’évolution de la demande d’énergie, allant d’une transition plus lente à deux autres, plus rapides : le scénario BAU (Business As Usual, conforme aux politiques annoncées), le scénario « Rapid » (visant à contenir le réchauffement en-dessous des 2°C d’ici 2100), et le scénario « Net Zero » (visant à contenir le réchauffement en-dessous de 1,5°C). Alors que la consommation mondiale d’énergie a augmenté en moyenne de 2% par an au cours des deux dernières décennies, BP prévoit une hausse moyenne comprise entre seulement 0,7% (scénario BAU) et 0,3% (pour les deux autres scénarios) jusqu’en 2050.

    Vous apprendrez, entre autres, que si l’électricité couvrait 20% de la demande mondiale d’énergie en 2018, BP estime aujourd’hui qu’elle pourrait atteindre entre 34% (scenario BAU) et 50% (scenario Net Zero), ce qui confirme une anticipation de l’électrification du parc automobile, mais également une baisse de la consommation dans le bâtiment et l’industrie, grâce aux progrès en matière d’efficacité énergétique.

    Le développement massif des énergies renouvelables, éolien offshore en tête, combiné à l’électrification du transport routier et à l’énorme potentiel en matière d’efficacité énergétique, annoncent depuis plusieurs années la fin du règne des carburants fossiles.

    Alors que BP a fourni 5% de la demande d’énergie en 2018, BP admet que la filière renouvelable, hors hydroélectricité, pourrait satisfaire 45% des besoins énergétiques mondiaux en 2050. Raison pour laquelle, toutes les compagnies pétrolières investissent à présent dans les énergies renouvelables, et ce, même si nombre d’experts en énergie sur Facebook ou BFM nous expliquent par A + B que les énergies renouvelables sont une impasse.

Puisque nous parlons d'impasse, parlons de celle du nucléaire.


L'impasse française.

    En France les énergies renouvelables posent un problème aux gouvernements successifs, du fait qu’ils ont par le passé opté pour le tout nucléaire. A l’origine, ce choix pouvait se justifier par le désir louable de toute une génération ayant connu la débâcle de 1940, de sanctuariser le territoire avec le parapluie atomique (le nucléaire civile est indissociable du nucléaire militaire). Malgré son coût exorbitant, ils ont réussi à faire avaler la pilule amère du nucléaire en le faisant passer pour une énergie miraculeuse. Le nucléaire a coûté une fortune aux français, mais bien moins que ce qu’il va leur coûter bientôt, et ceci, que l'on décide de le prolonger (en construisant de coûteux et dangereux EPR) ou de l'arrêter (car le démantèlement d’une centrale nucléaire est quasiment impossible). 

Lisez cet article de Transitio sur l'histoire du nucléaire en France : "Transition énergétique vers la dépendance".

    Voilà pourquoi le gouvernement se contente de faire semblant avec les renouvelables et qu'il s'efforce de convaincre les Français que le nucléaire est une industrie propre ; il a déjà prévu de renouveler le parc nucléaire.

    Mais comme il a un peu tardé à prendre sa décision, il va d'abord commencer par prolonger de 20 ans la durée de vie des centrales construites pour ne durer que 40 ans. Lisez mon article 'Ingénierie sociale et ingénierie nucléaire".


L'impasse du nucléaire

    Même si la contribution du nucléaire à la production énergétique mondiale a été multipliée par 3 en 40 ans, elle ne représentait en 2016 que 4,9% de ladite production mondiale !

    Lisez ce rapport de 2019 sur les chiffres clés de l'énergie, publié par le Ministère de la transition écologique (page 37) :

Voir page 37

Attention ! Ne vous faites pas avoir par EDF !

    EDF clame en effet, haut et fort, que la part mondiale du nucléaire est de 10%, mais il s'agit de la part de la production d'électricité ! Ainsi, ils "oublient" les autres utilisations de l'énergie, dans les transports, l'industrie, le chauffage, etc.

    Notez d’ailleurs que selon l’Agence Internationale de l’Energie, il est probable que la part du nucléaire dans le mix électrique mondiale restera constante, environ autour de 12 %, d’ici à vingt ans.(Info CNRS)

Sur le plan mondial, le nucléaire ne représente donc rien.

    Rien sur le plan de l'énergie. Je ne nie pas son intérêt dans le cadre de la recherche fondamentale ou pour des applications plus pacifiques, comme la médecine nucléaire, ou (je vais en faire tousser certains), l'exploration spatiale (document plus technique, ici).

    Il n’y a qu’en France que cette énergie fatale soit considérée comme miraculeuse. La France produit un peu plus de 1% de l’énergie primaire globale mais surtout, plus de 17% de l’énergie nucléaire produite dans le monde ! (Voir document ci-dessus).

Répartition des sources de production d'énergies en 2012.
Le nucléaire est passé de 4.8% en 2012 à 4.9% en 2016...

Source : Connaissance des énergies


Nota : Pendant que j'écrivais cet article, j'ai appris que le malheureux Arnaud Montebourg, ce nucléophile bien connu, avait déclaré lors d'un débat avec Eric Piole, le maire de Grenoble (Un khmer-vert-écolo-terroriste bien connu), que la catastrophe de Tchernobyl n'avait fait aucune victime. Il s'est repris après le débat en reprenant un des sophismes du lui aussi bien connu Jancovici, sur la dangerosité du charbon et du diesel.

Mais attendez, vous allez être surpris, le meilleur reste à venir !

    Vous allez apprendre en lisant cette notice d'EDF publiée en 2012, que pour le nombre de centrales existantes (en 2012), les réserves d'uranium étaient estimées pour une durée de 100 ans.

    Cent ans de réserves pour 4.9% de la production mondiale d'énergie ! Vous n'avez pas besoin d'être un cador en mathématiques pour comprendre que si tout le monde passait au nucléaire, les réserves ne tiendraient même pas 10 ans !

Réserves pour 100 ans avec le nombre actuel de centrales. Voir page 5 :


    Je m'attends à ce que certains lecteurs avertis ou des fans de Jancovici (qui vendrait sa mère pour une barre d'uranium) m'annoncent fièrement que l'industrie du nucléaire est à l'aube de solutionner le problème des déchets et d'améliorer son fatal combustible par d'astucieux traitements. Les surgénérateurs (une autre promesse du nucléaire) n’ont fonctionné nulle part, et ce malgré les fortunes dépensées. En France le "Super Phénix" a été abandonné il y a près de 20 ans.

    On voit régalement très souvent passer des trouvailles fantaisistes annoncées sur des sites qui ressemblent plus à des agences de communication qu'à autre chose de scientifique. Hier, par exemple, j'ai vu passer sur Facebook une publication sur une batterie alimentée par les déchets nucléaires radioactifs, capable de fonctionner "pendant 28 000 ans" et qui pourrait être mise en vente d’ici 2023 ! J'espère que les marmottes prendront la peine de les envelopper dans du papier d'alu ! Cliquez sur la marmotte pour lire ce sublime article !


    Hélas, c'est là toute l'histoire du nucléaire. Son essor a toujours reposé sur ces promesses non tenues, et ce, depuis plus de 80 ans ! Regardez la jolie image ci-dessous, datant de la fin des années 40, promettant une énergie illimitée pour le monde entier avant la fin du siècle...



    Si vous souhaitez en apprendre un peu plus sur l'histoire du nucléaire en France, je vous conseille la lecture de mon article "Transition énergétique vers la dépendance".


Revenons aux énergies renouvelables

    Depuis 10 ans, à peu près partout dans le monde, la transition vers les énergies renouvelables a commencé. Des choix politiques ont été faits et les grandes compagnies énergétiques ont commencé d'investir dans les énergies renouvelables, y compris les compagnies pétrolières, comme nous l'avons vu avec BP. Vous avez compris que ce n'était pas vraiment le cas en France. Passons...

    Quoi que l'on vous dise sur Facebook ou sur BFM, la transition vers le tout renouvelable est possible. De nombreux rapports l'ont démontré depuis déjà longtemps et pas des rapports rédigés en écriture inclusive par ces benêts d'écolos, mais des rapports rédigés par exemple par des experts du cabinet Price Waterhouse, ou ceux de l'ONU !

    En 2010, le cabinet Price Waterhouse Cooper (pas vraiment des gauchistes), estimait possible 100 % d'électricité d'origine renouvelable pour l'Europe et l'Afrique du Nord. Cliquez sur l'image ci-dessous pour télécharger le rapport :


    En 2011, l'ONU envisageait environ 80% d'ENR en 2050 pour le monde entier. Cliquez sur l'image ci-dessous :


    En 2015, une étude pilotée par l'Ademe concluait qu'un scénario "100 % électricité verte" était possible en France à l’horizon 2050, à un coût comparable à celui d'un mix conservant 50 % de nucléaire. Curieusement cette étude a été déprogrammée du colloque à Paris où elle devait être présentée et depuis… Plus rien.

    


    En 2017, l’association d’experts négaWatt publiait son scénario 2017-2050 confirmant la possibilité technique d’une France utilisant 100% d’énergies renouvelables en 2050, tout en atteignant la neutralité carbone. Pour changer un peu, voici leur vidéo explicative :



    Même chez ENGIE, cette grosse compagnie privée spécialisée dans l'énergie, ils sont à fond pour le 100% renouvelable et ils ont même quitté le nucléaire en Belgique ! C'est pour vous dire ! Car croyez-moi, j'ai assez bossé avec eux, ce ne sont pas des Bisounours !



Les sophismes techniques...

L'ingénieur Youtube Jean-Marc Jancovici, est le spécialiste des sophismes techniques visant à attaquer tout ce qui touche aux énergies renouvelables. Il est donc courant de se retrouver confronté à quelques-unes de ses perles lorsque l'on discute avec quelqu'un. En voici une concernant les éoliennes :

  • Le béton servant de socle aux éoliennes n'est pas "écofriendly" (respectueux de la nature), sa production dégage du CO2 et on doit aller chercher du sable très loin. Na !
    • Bah oui, mais le béton des centrales nucléaires lui non-plus n'est pas écofriendly, qui plus est, il ne pourra même plus jamais redevenir petits cailloux, car il faudra attendre quelques centaines d'années avant de pouvoir s'en approcher.
    Absolument tout ce que ce brave ingénieur, (qui n'a pas du visiter un site industriel depuis longtemps), dit sur les matériaux utilisés pour construire des sites de production d'énergies renouvelables, peut être dit sur ceux utilisés dans le nucléaire. A la différence près que les installations produisant des ENR sont aisées à construire et qu'elles fonctionnent parfaitement, alors que l'EPR de Flamaville, criblé de malfaçons a déjà 10 ans de retard à la livraison...

Sinon il y a aussi les experts Facebook :

Les mêmes craignent souvent le compteur Linky qui est l'élément indispensable pour un réseau maillé intelligent (communiquant) à des sources de productions différentes et/ou intermittentes.


Mais revenons plutôt à nos écologistes !

    Depuis des années, les écologistes servent en quelque sortes aux gouvernants, d’idiots utiles et de boucs émissaires voués à la vindicte populaire (il faut dire que certains parmi eux sont doués pour cela). Mais lesdits gouvernants savent bien vers quoi nous nous dirigeons. Ce qu’ils écrivent dans leurs propres rapports est bien plus inquiétant que ce que disent les écolos, sans parler des rapports de prospective détaillant les périls à venir, rédigés par les militaires ! Il y aurait bien des solutions, bien sûr, mais elles seraient conditionnées à un changement radical de modèle de société, et à cela, personne n’est prêt, hormis quelques fichus écologistes ! Personne n’est prêt, y compris nos gouvernants. Prenons l’exemple des énergies renouvelables, par exemple.

    Par cet article, je ne veux pas dire que tous les écologistes soient tous des saints ou des sauveurs de l’humanité. Disons plutôt qu’ils sont comme Cassandre prédisant l’inévitable chute de Troie, que personne ne voulait croire. On a oublié que ce qui motivait les inquiétudes de certaines des grandes figures écolos des années 70, c’étaient les effets néfastes à plus ou moins long terme de l’accroissement exponentiel de la population sur terre : épuisement des ressources, pollution de l’eau de l’air et des sols, etc. Pour vous donner une idée, élevez des lapins dans un écosystème clos, sans aucun prédateur et observez ce qu’il adviendra au bout de quelques années. Si les catastrophes prédites par les écologistes des années 70 ne se sont pas encore produites, c’est parce que les progrès techniques en ont retardé l’avènement, mais aussi parce que certains ont cru à ces prédictions et que par leurs comportements et décisions, ils ont contribué à repousser la fatale échéance.

    Si le chimiste Prussien Fritz Haber, qui a reçu pour cela le prix Nobel de chimie en 1918, n’avait pas inventé le procédé chimique permettant la diffusion d'engrais azotés bon marché, la catastrophe malthusienne par manque de nourriture se serait déjà produite le siècle dernier !

    Oui, nous en sommes là ! Alors que faire si nous sommes à présent en surnombre sur le navire de notre civilisation ? Méfions-nous de certaines solutions qui pourraient être terribles ! Certains pourraient choisir de réduire drastiquement le nombre de personnes à bord. On devine déjà cette pulsion nihiliste plus ou moins consciente chez de plus en plus de gens qui cultivent une haine grandissante de l’humanité.

    Pour le moment il nous faudrait commencer par réduire la voilure de notre vieux rafiot, ralentir l’allure afin de pouvoir opérer quelques réparations de première urgence. Il ne nous reste plus d’îles à découvrir sur lesquelles nous pourrions nous réapprovisionner, en tout cas plus sur cette terre.

    Si nous voulons garder tout le monde à bord et ne pas nous entre-dévorer comme des zombies affamés, il va nous falloir abandonner bon nombre de nos comportements. Le problème est que ce sont précisément ces comportements qui ont conduit au succès de notre espèce et que les abandonner relève presque pour nous de l’impensable. C’est le cas par exemple de ceux qui sont persuadés que le progrès apportera une nouvelle fois la solution. Vous les entendrez, vous dire d’un air entendu que lorsqu’il n’y eut presque plus de bois à brûler, on utilisa le chardon, puis le pétrole et le gaz, puis l’uranium. Les défenseurs de cette dernière énergie étant les plus irréalistes, puisque depuis la construction du premier réacteur nucléaire à l’université de Chicago en 1942, ils nous promettent pour demain la solution à l’insoluble problème des déchets radioactifs !

    Non, en l’état actuel des connaissances, aucune énergie ne pourra remplacer le pétrole, par sa densité énergétique et sa facilité d’utilisation. Pour les fans du nucléaire, sachez que dans les conditions actuelles de son utilisation, c’est-à-dire pour ne produire avec que 4.8 % de l’énergie mondiale, nous ne disposons de réserves que pour une petite centaine d’années. Alors imaginez que nous passions au « tout nucléaire » ! Soyons sérieux…

    Quant aux énergies renouvelables, de nombreuses études ont démontré qu’elles pourraient effectivement remplacer tout ou partie des énergies fossiles. Je vais vous en donner quelques liens ci-dessous. Mais comprenez bien, que cela ne sera pas possible dans un monde où nous continuerions à nous gaver d’énergie comme nous le faisons actuellement. Dans mon boulot d’ingénieur, nous avions coutume de dire que l’énergie la plus précieuse était celle que l’on n’utilisait pas. En même temps que nous devons augmenter la diffusion de ces nouveaux moyens de produire de l’énergie, nous devons parallèlement modifier notre façon de la consommer en l’économisant précieusement.

    Mais, allez vous me dire, la population ne va pas cesser d’augmenter et le problème reviendra tôt ou tard ? Je vais enfin tenir des propos rassurant en vous répondant non. Les démographes constatent que nous allons atteindre effectivement un pic de la population mondiale, mais que si les politiques menées se poursuivent, les uns après les autres, les pays verront leurs courbes démographiques décroître. Certains vont même jusqu’à redouter une dramatique diminution de la population mondiale ! Ce qui conditionne cette diminution ? Le progrès, aussi bien politique qu’économique ! Dans tous les pays où les politiques menées conduisent à l’éducation des femmes ainsi qu’à la lutte contre la pauvreté, le nombre d’enfants dans les familles diminue !

    Je n’exclus personne du bateau de la civilisation mondiale. Aussi bien les prophètes d’apocalypse que ceux qui ont une fois aveugle dans le progrès, ont leur place à bord. Tous ont leur utilité, aussi bien ceux qui prédisent des catastrophes qui n’arriveront pas parce qu’ils les auront prédites, que ceux qui par leur ingéniosité auront inventé un nouveau procédé technique, ou par leur sagesse une nouvelle philosophie pour mieux vivre ensemble.

    Alors soyons tolérants avec ces sacrés écologistes, leur tâche est ingrate. Ils ont le mérite, eux, de se préoccuper de l’avenir de vos enfants. Parfois maladroitement, je le concède. Mais il ne tient qu’à vous de vous mêler de politiques et de ne pas la laisser à des incompétents !

    Si vous vous inquiétez pour les deux aéroclubs de Poitier, soyez rassurés en apprenant que le ministre des Transports Jean-Baptiste Djebbari (fervent lobbyiste des transports aériens) a décidé de demander la légion d'honneur pour les deux présidents des aéroclubs, Jean-Marie Arnault et Alain Martin !...  Non, vous ne rêvez pas !

Non, vous ne rêvez pas !


    Je me moque du ministre parce que sa réaction est aussi ridicule qui disproportionnée. Mais que dire de la réaction du pitoyable Yannick Jadot, collègue écolo de la Maire de Poitier, qui plutôt que d'expliquer la motivation de celle-ci, a préféré hurler avec les loups ? (une spécialité écolo (humour) ).

    En revanche, j'éprouve du respect pour la réaction du président de la Fédération Française Aéronautique qui a adressé une lettre ouverte pleine de bon sens à l'élue de Poitiers. Dans celle-ci Jean-Luc Charron a proposé à la Maire de Poitiers, de venir lui présenter l'avion électrique qui incarne la transition énergétique dans laquelle sont engagés les aéro-clubs français.

Lire la lettre ouverte.



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