dimanche 23 janvier 2022

"Même si je n'ai pas le droit de le dire"

 


"Nous sommes à la fin d'une période interglaciaire. C'est mathématique, la glaciation va revenir."

    Qui dit cela ? François Djindjian, archéologue et préhistorien français, spécialiste du Paléolithique supérieur et des méthodes et théorie de l’archéologie. Ce n'est pas n'importe qui. Il a participé à l’introduction des mathématiques et de l’informatique en archéologie, notamment l’usage de l’analyse des données multidimensionnelles. Il a également développé, sous le nom d’archéologie des processus, une épistémologique globale qui, intégrant des techniques de structuration et d’apprentissage, permet de reconstituer les principaux processus qui définissent le fonctionnement systémique des sociétés du passé.

    Ce n'est pas n'importe qui, nous sommes d'accord ? Oui ? Merci.

    Je vous conseille de regarder et surtout d'écouter attentivement cette conférence donnée le 3 juin 2018, à l'occasion du Cycle "L'espèce humaine face au changement climatique", organisé par le Muséum d'Histoire Naturelle. Vous allez y apprendre l'histoire conjointe du climat et de l'humanité au cours des 100.000 dernières années.

    Les études du climat et de la préhistoire ont fait toutes deux des progrès immenses depuis les années 70. Les scientifiques sont à présent en mesure de reconstituer 1 million d'années de l'histoire du climat et vous allez voir que pour les derniers milliers d'années, le climat a eu des incidences sur l'humanité. Celle-ci a même failli disparaître lors de la dernière glaciation (réduite de moitié).

    J'ai déjà évoqué plusieurs fois l'histoire du climat dans quelques articles sur Transitio, et ce, avec plus ou moins de prudence.

    Je vous ai parlé du niveau de la mer Méditerranée 120 m plus bas à l'époque de l'ère glaciaire. Raison pour laquelle l'entrée de la grotte Cosquer se trouve à présent 37 m sous le niveau actuel. 

Article du 10 novembre 2014

    Je vous ai parlé du glacier Jacobshaven (Situé au Groenland) qui a reculé de 12.8 kilomètres et a perdu entre 6 et 9 mètres d'épaisseur entre 1850 et 1903. Ce qui signifie que le présent réchauffement climatique a commencé en 1850 (fin du petit âge glaciaire), quand la population ne comptait qu'1.2 milliard d'habitants, c'est-à-dire 6 fois moins que maintenant, et que la production de CO2 était près de 20 fois moins importante que de nos jours !...


    Mais qui suis-je pour vous parler de cela ? Juste un type qui dévore des livres de science et d'histoire depuis plus de 40 ans et qui ne risque pas sa carrière en le faisant.



 La conférence !

    Ecoutez la conférence, vous apprendrez comment au cours de la dernière ère glaciaire, la petite humanité a failli disparaître, tant les conditions étaient rudes. Les glaciers recouvrirent en grande partie l'Europe, nombre d'espèces disparurent, la végétation se réduisit à une toundra stérile, tous les arbres à feuilles caduques disparurent, seuls quelques chênes subsistèrent dans la péninsule ibérique. A la fin de l'ère glaciaire l'humanité était réduite à quelques centaines de milliers d'individus sur toute la planète.

Consultez cette page intéressante

François Djindjian pose la question suivante :

"Si le chasseur cueilleur a réussi à survivre, pour quoi nous, avec notre technologie fantastique n'arriverions-nous pas à survivre ?"

Il ajoute :

"Il n'y a pas de bon climat ni de mauvais climats. Il y a une bonne ou une mauvaise adaptation de l'homme, de la végétation et des animaux à des changements climatiques. Si nous avons des scientifiques qui nous l'annoncent, qui nous le prévoit (le réchauffement climatique), eh bien, au lieu de nous recouvrir la tête de cendres et de pleurer, je pense que la meilleure solution, c'est de nous y préparer." (59:50)

Le préhistorien rappelle qu'il y a 4 raisons possibles pour que le climat change :

  • Les Cycles de Milanković (des cycles astronomiques faisant que l'inclinaison de la Terre et sa distance par rapport au soleil provoquent des périodes régulières de glaciations)
  • Les éruptions volcaniques (les poussières projetées dans l'atmosphère faisant écran à la lumière solaire et provoquant des refroidissements allant jusqu'à une décennie)
  • L'activité solaire (correspondance entre le minimum d'activité solaire commencé à la fin du XVIIe siècle et le petit âge glaciaire survenu entre le début du XIVe et la fin du XIXe siècle (A noter que cette période correspond également à un maximum volcanique)).
  • L'activité humaine.


La petite remarque gênante.    

    Dans la deuxième partie de la conférence, celle réservée aux questions, François Djindjian fait cette remarque "gênante" :

"La fin du petit âge glaciaire, c'est la fin du 19ème siècle et une partie du réchauffement climatique que nous avons, même si je n'ai pas le droit de le dire, parait-il, c'est quand même, c'est la fin du petit âge glaciaire, plus, effectivement nos activités industrielles à la fin du 19ème siècle" (1:37:36)

    Concernant les modélisations mathématiques, (je vous rappelle qu'il est aussi mathématicien), il précise :

"Les calculs de modélisation du climat sont d'un ordre beaucoup plus compliqué que ce que nous montrent les articles à sensation que l'on peut voir dans la presse" (1:38:10)

Il ajoute :

"S'il y a des vrais scientifiques, des vrais mathématiciens dans cette salle, ils vont me comprendre. Les modèles météorologiques, les modèles climatiques, sont des modèles d'une complexité fabuleuse et il faut des mégas ordinateurs pour pouvoir les traiter. Alors si vous voulez faire un travail sérieux, ce n'est pas en trois. Cela demande des décennies et des décennies pour arriver à mettre au point les modèles. C'est pour ça que nous, comment dire, on est un peu réservés face à l'aspect spectaculaire et catastrophiste de que l'on lit dans la presse (1:38:45) et puis notre vieille formation scientifique qui nous dit que quand même, quand on dit des choses, il faut rester prudent, humble et surtout il faut toujours travailler et toujours discuter, et surtout quand le politique s'en mêle et que vous savez que quand le politique s'en mêle, c'est quand il trouve une occasion que ce genre de chose soit l'occasion de faire un nouvel impôt… Nous dans la préhistoire, on est quand mêle contents, un million d'habitants sur la planète, des chasseurs cueilleurs, des variations climatiques, c'est vachement simple. Là aujourd'hui, je n'aimerais pas être à leur place. Je préfère être préhistorien."

 

    Voilà, je vous laisse regarder la vidéo. Dépêchez-vous de l'oublier ensuite et surtout n'en parlez à personne. 😉







Post Scriptum :

    Je vous avais déjà parlé des paramètres de Milanković et de l'embarras d'un scientifique essayent de les évoquer.




    Peut-être comprenez-vous mieux pourquoi j'ai voulu écrire ce grand article qui m'a demandé tant de travail : "Ces catastrophes qui n'ont pas eu lieu. Message d'espoir."




Quel dommage que personne ne me lise...

Vraiment dommage, car en 2012, vous auriez été avertis des risques de pandémie dus au coronavirus dans mon article "Les services de renseignement américains imaginent 2030"

Et en avril 2017, vous auriez même été informés de qui était vraiment notre futur président.

Tant pis, c'est comme ça...

Amicalement,

Bertrand Tièche


jeudi 20 janvier 2022

Transition ? Quel pouvoir avons-nous ?

 


    Depuis plus de 10 ans qu'existe Transitio, j'ai évoqué nombre de questions, nombre de sujets de société tournant autour de la transition. J'avais déjà traité de la notion de pouvoir (S'en déprendre, plutôt que le prendre). Mais aujourd'hui je vais vérifier si nous avons vraiment le pouvoir d'agir. Et je gage que vous allez être déçus.

Un changement trop lent

    La situation est plus claire à présent. Ce qui relevait il y a dix ans du confidentiel est traité partout ou presque (lire "Le double langage des élites" publié en 2011). On parle plus du changement climatique que de la fin des énergies fossiles, mais qu'importe, puisque lutter pour sauvegarder un climat vivable, va de pair avec économiser le peu d'énergies fossiles qui nous restent et retarder le choc civilisationnel d'une crise majeure d'approvisionnement énergétique. Je ne saurais d'ailleurs dire, lequel de ces deux fléaux indissociablement liés nous abattra le premier, ou pas.

    Il existe bien un déplorable déni vis-à-vis du réchauffement climatique, mais il en existe un autre vis-à-vis de l'énergie. Les uns ne veulent pas voir les hivers de plus en plus doux et les étés de plus en plus torrides et les autres croient fermement que le pétrole sera remplacé par une nouvelle énergie miraculeuse. Les uns nient leur propre perception du réel et les autres ne disposent pas de suffisamment de connaissances en physique pour comparer la miraculeuse densité énergétique du pétrole avec une autre énergie. Passons.

    Malgré tout cela, la société change, lentement, mais elle change. Mais comme je l'ai écrit dans un précédent article, de tels changements de société ne peuvent se faire en une seule génération. J'ai également expliqué dans un précédent article qu'une décarbonation de notre modèle de société était dorénavant techniquement possible.

    Il nous faut impérativement apprendre à consommer moins. Ça aussi c'est techniquement possible comme l'explique si bien Matthieu Auzanneau dans la vidéo ci-dessous. Cela ne demande même pas des investissements gigantesques, seulement une évolution de nos modes de vies. Et qui plus est, ces nouveaux modes de vies amélioreraient nos qualités de vies !



Alors, qu'est-ce qui coince ?

    Pourquoi avons-nous cette impression justifiée que malgré tout, les choses ne vont pas assez vite ?

    Il n'y a pas que nos modes de vies qui sont inadaptés à notre changement d'environnement. Je pense que nos politiques sont eux aussi obsolètes et totalement contre-productifs.

Dans la vidéo ci-dessus, Matthieu Auzanneau dit à un moment :

"A une époque où les problèmes sont techniques, on croit encore que l'on peut faire de la politique, comme avant la révolution industrielle. Les règles du débat politique sont antérieures à la révolution industrielle et les politiques méprisent, ignorent, le fait que nous sommes enchâssés dans des systèmes techniques qui sont plus puissants que nous."

    Il a tout à fait raison. Nous avons des dirigeants qui se prennent pour Louis XIV ou Napoléon et qui croient qu'il suffit de dire, pour que cela soit. Notre président actuel constitue à lui seul un triste exemple. Mais il n'est pas le seul dans son cas. Il fait partie de cette nébuleuse de gens de pouvoir qui dirige le monde selon un unique modèle de société, un modèle périmé, reposant sur l'exploitation illimitée des ressources et des hommes. Ce n'est ni bien ni mal. Ce modèle a même été utile un temps pour faire progresser une grande partie de l'humanité (sciences, médecine, alimentation, éducation, etc.) Oui mais voilà, ce modèle imparfait qui était plus ou moins adapté à un moment donné de notre histoire, nous conduit à présent à notre perte.

    Le problème se double du fait que si nos hommes et femmes politiques sont inadaptés à la situation, leurs électeurs le sont également. Du moins ceux qui croient encore qu'il suffit de voter pour l'un ou pour l'autre pour que les choses changent. Car en fait, le choix n'existe pas. Il n'y a pas d'alternative à ce système, comme disait l'ancienne première ministre britannique Margareth Thatcher.

En transition vers le tittytainment.


    Nos classes politiques dirigeantes suivent toutes le même modèle. Pourquoi en changeraient-elles me direz-vous, puisque c'est celui qui les a conduites au succès ? Ce n'est pas la seule raison. Elles n'ont pas, elles non-plus, la liberté de changer...


Quel pouvoir ont les politiques ?

    Sur mon blog perso, en 2009, j'avais publié un article intitulé " Noam Chomsky : Comprendre le pouvoir, extrait..."

    C'est avec plaisir que je l'ai retrouvé et que je vous le donne à lire, ci-dessous. Dans son livre « Comprendre le pouvoir », Noam Chomsky montre qui détient vraiment le pouvoir politique, en mentionnant pour l'exemple deux articles révélateurs parus dans la presse économique en 1992 et 1993 :

Extrait du chapitre 10 ‘‘ Le tournant’’, pages 278 à 280 dans l’édition française chez ‘‘aden’’.

Les parties en rouges sont terribles !

« … immédiatement après les élections de 1992, le Wall Street Journal a publié un article en première page informant ses lecteurs qu’il n’y avait aucune raison de craindre que les soi-disant ‘‘gauchistes’’ entourant Clinton agissent différemment en prenant leurs fonctions. Bien sûr, le milieu des affaires le savait parfaitement, comme vous pouvez le voir en observant les marchés financiers vers la fin de la campagne électorale. Quoi qu’il en soit, le Wall Street Journal expliquait pourquoi, c'est-à-dire que si par accident Clinton ou tout autre candidat essayait bel et bien d’initier un programme de réforme sociale aux Etats-Unis, on y mettrait fin sur le champ. Ils n’ont fait que rappeler l’évidence et donner les chiffres.

Les Etats-Unis sont profondément endettés – en réalité, cela faisait partie de l’ensemble du programme Reagan / Bush : endetter le pays au point que le gouvernement n’ait presque plus aucun moyen de conserver leurs programmes de dépenses sociales. Et le véritable sens de « être endetté », c’est que le Département des Finances a vendu énormément de titres, obligations, etc. – aux investisseurs, qui se les échangent ensuite sur le marché obligataire. D’après le Wall Street Journal, actuellement, environ 150 milliards de dollars sont échangés chaque jour de cette façon uniquement en bons du Trésor. L’article explique ensuite ce que cela signifie : cela signifie que si telle ou telle mesure du gouvernement américain déplaît à la communauté d’investisseurs qui détient ces titres, cette dernière peut très rapidement vendre une toute petite quantité de bons du Trésor en guise de signal, ce qui aurait pour effet immédiat d’augmenter le taux d’intérêt de 1% et d’aggraver le déficit de 20 milliards de dollars en une nuit – autrement dit si Clinton (dans une hypothèse improbable disons) proposait un programme de dépense sociales à 20 milliards de dollars, la communauté internationales des investisseurs pourrait instantanément le transformer en budget de 40 milliards de dollars, rien qu’avec un signal, et toute autre mesure en ce sens serait alors avortée.

De même, un excellent article est paru dans l’Economist de Londres – vous savez, ce journal spécialiste du libre-échange et de l’idéologie populaire – au sujet du fait que les pays de l’Europe de l’Est se sont remis à élire des socialistes et des communistes au pouvoir. Mais le message de fond de l’article, c’était ne vous inquiétez pas, parce que disaient-ils, « la politique du gouvernement restera exactement telle quelle est parce qu’on les tient par les couilles : c’est nous qui contrôlons les monnaies internationales, et nous sommes les seuls à pouvoir leur accorder des prêts, nous pouvons détruire leur économie si ça nous chante, ils ne pourront rien faire. Ils peuvent jouer n’importe quels jeux politiques et même prétendre être en démocratie si ça leur fait plaisir – tout ce qui leur chante – tant que « la politique du gouvernement ne dépend pas des politiques ».

Je vous conseille également de lire cette page écrite par Noam Chomsky en 1995 pour Z magazine : http://www.thirdworldtraveler.com/Chomsky/Rollback_Part1_Chom.html

 

Vous commencez à comprendre ?

    Pourquoi d'après-vous, les Socialistes français des années 80 n'ont-ils jamais pu appliquer leur programme et qu'ils ont même dû rapidement faire marche arrière ? François Mitterrand appelait cela le pouvoir de l'argent…



    Les choses n'ont fait qu'empirer depuis, car nous avons même porté au pouvoir en 2017 un jeune banquier qui s'était fait fabriquer un costume d'homme politique en quelques mois à coup d'argent ! Son programme était simple, c'était celui de la finance, affaiblir les services publics, convaincre les gens que ce serait moderne et plus efficace de les privatiser, puis les brader à des sociétés privées qui gaveraient d'argent d'heureux actionnaires. 

    En avril 2017, je vous avais donné à lire un article de 2015 du Wall Street journal expliquant la formidable ascension du banquier Macron

    Vous pensez que j'exagère ? Mais avez-vous lu mon article du 31 janvier 2011 ? : 2004, aveux du ministre des "réformes sous la contrainte".

    Lisez également mon article du 60 août 2012 intitulé :"S'il vous plaît, lisez la stratégie du choc, de Naomie Klein". Vous y apprendrez comment la « crise du déficit » a été montée de toutes pièces au Canada dans les années 90 par des think tanks financés par de grandes sociétés.


Conclusion ? (Non)

    Alors voilà braves gens, vous pouvez toujours aller voter, mais vous n'êtes pas près de voir un gouvernement appliquer la réforme sociétale de grande ampleur, nécessaire pour nous éviter une crise majeure.

    J'en viens parfois à me demander si l'apparence de démocratie dans laquelle nous vivons ne sert pas qu'à reporter sur nous la responsabilité des décisions de nos maîtres et à nous faire culpabiliser ; la culpabilité étant un outil de manipulation depuis la nuit des temps.



 Alors que faire ?

    Les actions individuelles ? Citoyennes ? Voire mieux écocitoyennes ? Elles sont totalement inefficaces pour changer la société, mais elles vous aideront un peu à vous préparer à la crise. Là encore, on profite de votre manque d'information pour vous faire croire que raccourcir votre temps de douche, manger bio, trier vos déchets et aller au boulot à vélo, participera au changement nécessaire. Dans les chiffres, c'est absolument faux. Votre impact personnel est pathétiquement nul. Pire ! Même si dans un élan salvateur, la majorité de la population s'y mettait l'impact serait lui aussi minime.

Regardez cette vidéo, vous allez mieux comprendre :

Pour avoir les sous-titres en français, cliquez sur la petite roue d'engrenage en bas à droite et sélectionnez la langue.

(Ne vous laissez pas décourager par l'introduction maladroite).


La version avec les sous-titres en français est ici : https://www.youtube.com/watch?v=m2TbrtCGbhQ


Responsables ? Mais de quoi ?

    Cette idéologie de la responsabilisation des citoyens participe du même modèle managérial que celui qui nous est imposé dans le monde du travail. En effet, dans celui-ci, il n'y a plus d'employés ni d'ouvriers, il n'y a que des collaborateurs, des partenaires "responsables". La différence qui en résulte, c'est que si vous ne vous acquittez pas bien de votre fonction, ce ne sera jamais parce qu'on ne vous aura pas assez donné de moyens ni de temps pour la réaliser correctement, ce sera à cause de vous, vous qui êtes un agent responsable et non plus un simple exécutant. Le vice est poussé encore plus loin lorsque l'on vous invite à créer votre propre emploi quand il n'y en a plus autour de vous ! Comment ? Vous n'avez pas de travail ? Mais traversez la rue ! Achetez-vous un costume et créez votre startup !

 


    L'incitation à la démarche individuelle est un leurre. Son but réel n'est pas de faire de vous un acteur du changement, mais de reporter sur vous l'échec du changement.


    Ne soyez pas dupes non-plus des luttes mesquines dans lesquelles on veut vous engager. Comme aux USA depuis longtemps, les luttes sociales sont à présent interdites, seules sont tolérées les luttes sociétales. Pendant que vous vous disputez avec vos voisins à propos des droits de communautés persécutées ou ayant été persécutées, la vraie persécution de grande ampleur se déroule sans heurts, celle de la misère grandissante !


    Ne vous méprenez pas sur ce que je dis. Bien sûr que c'est nécessaire et louable d'être un citoyen responsable. Mais qu'il s'agisse d'un citoyen responsable de ses propres décisions, pas de celles des d'autres !

 

    Alors voilà, je suis désolé. Triste constat, le vote est inutile et l'action individuelle est inefficace. Hein ? Quoi ? L'action collective ? Pff…


Une intuition...

    Je ne veux pas terminer cet article d'une façon aussi défaitiste ou désabusée. En écrivant ce texte, je me suis souvenu d'un article que j'avais écrit en février 2013 sur Transitio : "Révolution ou évolution ? Soyons le changement !"

    Dans mon style de l'époque, je me demandais si la solution ne pourrait-elle pas être "tout simplement", de "tourner le dos aux murailles du kafkaïen château de l’ordre établi". Oui, je sais, de telles phrases peuvent décrédibiliser une idée. Mais telle que j'en avais l'intuition, l'idée était celle d'une sorte de démission. Il ne s'agissait pas de quitter la société avec pertes et fracas en claquant la porte. Mais plutôt de ne plus suivre la règle de ce jeu mortel dans lequel il n'y a de toute façon rien à gagner. Une sorte de pas de côté, une démission.

    Il faut dire que depuis 2013, nos gouvernants ont tout fait pour nous décourager en nous brossant un avenir affreux. Et comme si l'idée de devoir travailler jusqu'à 70 ans dans des conditions précaires avec une faible couverture sociale et une hypothétique retraite réduite au minimum ne suffisait pas, ils se sont même efforcés de de nous convaincre que nous n'aurions pas d'avenir du tout à cause de la catastrophe climatique ! Les plus vieux d'entre-nous, habitués à courber la tête sous le joug et plus influencés par l'ingénierie sociale (Média "mainstream", télé, journeaux, etc) n'ont pas réagi. Mais chez les jeunes, un nouveau mouvement apparait sous la forme d'une vague de démissions. J'ai connu les prémisses de cela la dernière année de mon travail, en 2018, où j'ai vu plusieurs jeunes ingénieurs refuser de jouer "le jeu" et démissionner. L'un d'entre eux, le plus brillant, refusant de se compromettre dans les magouilles des marchés publics et de s'épuiser à travailler sur des études inutiles, est devenu charcutier !

    Il y a une certaine logique à cela. Nos Etats ont rejeté la notion d'Etat providence et ils insistent depuis des années pour que nous soyons tous des citoyens responsables, c'est-à-dire, ne comptant que sur nous-mêmes.

    Si l'Etat n'assume plus sa fonction de protection, si les entreprises ne nous payent pas de façon que nous puissions vivre décemment, à quoi bon souscrire au contrat social ? A quoi bon travailler jusqu'à l'épuisement en vivant pauvrement ?

    Aux États-Unis, 4,5 millions de personnes ont volontairement quitté leur emploi pour le seul mois de novembre 2021, soit 3 % de la population active ! Ce mouvement arrive en France également. Même en Chine, "l'usine du monde" de jeunes cadres lèvent le pieds et lancent sur les réseaux sociaux, le mot d'ordre du "tangping" ! Lisez cet article : "La grande démission n'est pas une fatalité".

Tangping


Je ne dis pas que c'est la solution. C'est une intuition. Juste une intuition...


Bertrand Tièche