mardi 29 mai 2012

Naoto Kan critique sévèrement le nucléaire (Info de type "étoile filante")

Naoto Kan se prononce pour l'abandon du nucléaire

Un communiqué de type "étoile filante" sur le site de la NHK



Voici ce que j’appelle un communiqué de presse de type "étoile filante". A peine vu, sitôt disparu !


Fort heureusement, j’ai fait ce matin une "copie écran" de sa trace dans le cache de Google, pour mémoire (voir l'image en dessous).

Vous trouverez bien sûr, reproduit sur nombre de sites, le même communiqué évoquant le témoignage de l’ex premier ministre Japonais, M. Naoto Kan, devant une commission d’enquête ce lundi 28 mai 2012.

Le communiqué de presse que vous lirez partout énumère les fautes présumées de l’ancien premier ministre et évoque brièvement la défense de celui-ci, qui plaide à présent pour l’abandon de l’énergie nucléaire. Mais il ne s’attarde pas vraiment sur les reproches de M. Naoto Kan vis-à-vis de l’industrie du nucléaire. Celui-ci aurait même déclaré que : « le nucléaire n’était sûr que si l’on ne s’en servait pas »Humour japonais ?

C'est sur le site en français de la NHK, la télévision japonaise, que j'ai pu trouver ce mardi matin le seul article en français, "un peu critique". Et encore, comme je vous l'ai dit, il n'en subsistait plus que la trace dans le cache de Google !

Hélas, le cache s'est effacé depuis, donc plus de trace de l'étoile filante, si ce n'est l'image ci-dessous !



(Si vous arrivez à retrouver l'article complet, faites-moi signe)


Je souligne : "L'ancien premier ministre a enfin reproché au "petit cercle" des décideurs, des experts et de l'industrie nucléaire, de chercher à conserver leur pouvoir en évitant toute remise en question."


P.S. : Un peu plus tard dans la soirée, j'ai trouvé cet article plus détaillé, mais en anglais, sur le site de Asahi Shimbun : 
http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201205290057

En voici un court extrait :

"It is impossible to secure reliable safety measures that would respond to the risks of the nation collapsing, including through terrorism or war,” Kan said at the Diet panel. “I am convinced that the safest nuclear energy is to move away from any reliance on nuclear energy."

"Il est impossible de garantir des mesures de sécurité fiables qui répondraient aux risques d'effondrement de la nation, y compris par le terrorisme ou la guerre", a déclaré Kan au panel du Gouvernement. "Je suis convaincu que l'énergie nucléaire la plus sûre est de s'éloigner de toute dépendance à l'énergie nucléaire."





vendredi 25 mai 2012

Apocalypse sur World 3 ? Ce n'est hélas pas un jeu vidéo...

Mises à jour :

03/09/2021 - Complément d'information (important) en bas de l'article.
07/02/2022 - Traduction de l'article anglais.

(Ce n'est pas un jeu vidéo)


Avez-vous déjà entendu parler de WORLD 3 ?


Il ne s’agit pas d’un jeu vidéo, mais plutôt d’un modèle mathématique permettant une simulation informatique des interactions entre population, croissance industrielle, production de nourriture et limites des écosystèmes terrestres.

Il a été créé pour une étude du Club de Rome qui a été l'auteur du modèle et du livre The Limits to Growth (en français, Halte à la croissance ?). Les principaux créateurs du modèle sont Donella Meadows, Dennis Meadows et Jørgen Randers.

Ce modèle est détaillé dans le livre Dynamics of Growth in a Finite World. Il rajoute de nouveaux éléments à World2, le modèle de Jay W. Forrester. Depuis, World3 a été légèrement ajusté afin d'obtenir le modèle World3/91 utilisé dans le livre Beyond the Limits lui-même réajusté afin d'obtenir World3/2000 publié par l'organisme Institute for Policy and Social Science Research.

Je suis prudent avec l’utilisation que l’on peut faire des modèles mathématiques (voir cet article), mais beaucoup de décideurs ne jurent que par ces simulations. Raison pour laquelle je pense qu’il est utile de connaitre World 3. Les « prédictions » de World 3 sont pessimistes, vous vous en doutez. Crise financière, crise énergétique, crise alimentaire, crise démographique, les quatre cavaliers de l’apocalypse, à peu de chose près…

Faute de pouvoir ou savoir combattre cette fatale charge de cavalerie, ne pourrait-on imaginer que certains "décideurs" aient choisi l’option de précipiter un peu les choses ? Afin de mettre en place des mesures ou des régimes d’exceptions qu’en d’autres temps les populations auraient refusées ? Terroriser les peuples, les mettre à genoux et s’enfermer dans des forteresses électroniques protégées par des armées privées (J'ai beaucoup lu de SF quand j'étais petit). Il s’agit là, vous l’aurez reconnue peut-être, de la fameuse "stratégie du choc" ou "Gouvernement par le chaos". Mais vous n’êtes pas sur un site traitant de la théorie du complot, pas d’article sur les illuminatis ou les chemtrails sur Transitio. Transitio est là pour donner à réfléchir (désolé). Je ne souscris donc pas à cette hypothèse car je pense que la plupart de nos misères sont plus dues à l'incompétence, voire à la bêtise, qu'à des complots ourdis par de géniaux et diaboliques malfaisants.

C’est en parcourant le site du parti socialiste anglais (quelle idée) que j’ai découvert un intéressant article sur World 3 que j’ai reproduit ci-dessous et que je vous propose de lire avec attention.
Si l’anglais vous propose problème, n’hésitez pas à utiliser google traduction ou un truc similaire.

Et si le sujet vous a intéressé, n'hésitez pas à visiter le lien que je vous propose en bas de la page. Celui du site American scientist.

Je vous propose également de lire cet étonnant article qui parle de quelqu'un qui a joué la même partie sur le fameux jeu vidéo "Civilization II" durant 10 ans. Sa civilisation a 6000 ans d'âge, le résultat est terrifiant et dépasse de loin le très sérieux modèle mathématique de World 3 :




Voici l'article de nos amis du parti socialiste anglais :


WEDNESDAY, MAY 23, 2012
Posted by ajohnstone at 12:20 PM Labels: Environmentsustainable development

Tout est-il déjà trop tard ?

Il y a quatre décennies, un modèle informatique du Massachusetts Institute of Technology appelé World3 a averti que le système industriel mondial a tellement d'inertie qu'il ne peut pas facilement corriger sa trajectoire en réponse aux signaux de stress planétaire. Mais à moins que la croissance économique ne s'arrête avant d'atteindre le bord, ont-ils averti, la société se dirigeait vers un dépassement, ce qui pourrait tuer des milliards de personnes.

Jorgen Randers de la BI Norwegian Business School à Oslo, et l'un des premiers modélisateurs de World3, soutient que la seconde moitié du 21e siècle nous amènera près de l'apocalypse sous la forme d'un grave réchauffement climatique.

Dennis Meadows, professeur émérite de politique des systèmes à l'Université du New Hampshire qui a dirigé le M.I.T. équipe et met à jour World3 en 1994 et 2004, a une vision encore plus sombre. Le programme des années 1970 avait produit une variété de scénarios, dans certains desquels l'humanité parvient à contrôler la production et la population pour vivre dans les limites planétaires. Meadows soutient que les voies durables du modèle ne sont plus à portée de main parce que l'humanité n'a pas agi en conséquence.
"Je vois déjà l'effondrement se produire", dit-il. "La nourriture par habitant diminue, l'énergie se raréfie, les nappes phréatiques s'épuisent".

Le plus inquiétant, note Randers, c'est que les gaz à effet de serre sont émis deux fois plus vite que les océans et les forêts ne peuvent les absorber. Alors qu'en 1972, les humains utilisaient 85 % de la capacité de régénération de la biosphère pour soutenir des activités économiques telles que la culture d'aliments, la production de biens et l'assimilation de polluants, ce chiffre est maintenant de 150 % et continue d'augmenter. Au cours des prochaines décennies, prédit Randers, la vie sur Terre continuera plus ou moins comme avant. Les économies riches continueront de croître, quoique plus lentement car les investissements devront être détournés pour faire face aux contraintes de ressources et aux problèmes environnementaux, ce qui laissera moins de capital pour créer des biens de consommation. La production alimentaire s'améliorera : l'augmentation du dioxyde de carbone dans l'atmosphère accélérera la croissance des plantes et le réchauffement ouvrira de nouvelles régions comme la Sibérie à la culture. La population augmentera, bien que lentement, pour atteindre un maximum d'environ huit milliards vers 2040. Cependant, les inondations et la désertification finiront par réduire les terres agricoles et donc la disponibilité des céréales. Malgré les efforts de l'humanité pour atténuer le changement climatique, Randers prédit que ses effets deviendront dévastateurs après le milieu du siècle, lorsque le réchauffement climatique se renforcera, par exemple, en déclenchant des incendies qui transformeront les forêts en émetteurs nets plutôt qu'en absorbeurs de carbone. "Très probablement, nous aurons la guerre bien avant d'en arriver là", ajoute Randers d'un ton sinistre. Il s'attend à ce que la migration massive des terres rendues invivables conduira à des conflits armés localisés.

Graham Turner, de l'Organisation australienne de recherche scientifique et industrielle du Commonwealth, craint que l'effondrement ne se produise encore plus tôt, mais en raison du pic pétrolier plutôt que du changement climatique. Après avoir comparé les différents scénarios générés par World3 avec des données récentes sur la population, la production industrielle et d'autres variables, Turner et, séparément, l'Agence néerlandaise d'évaluation environnementale PBL, concluent que le système mondial suit de près une courbe de production du statu quo. Dans ce modèle, l'économie continue de croître comme prévu jusqu'en 2015 environ, mais s'essouffle ensuite parce que les ressources non renouvelables telles que le pétrole deviennent de plus en plus chères à extraire. "Ce n'est pas que nous ne manquions d'aucune de ces ressources", explique Turner. "C'est que lorsque vous essayez d'accéder à des sources non conventionnelles telles que les profondeurs des océans, il faut beaucoup plus d'énergie pour extraire chaque unité d'énergie." Pour maintenir l'approvisionnement en pétrole, le modèle prédit que la société détournera les investissements de l'agriculture, provoquant une chute de la production alimentaire. Dans ce scénario, la population culmine vers 2030 entre 7 et 8 milliards de personnes, puis diminue fortement pour s'équilibrer à environ 4 milliards en 2100.
Source


Mais il y a les optimistes.


La majeure partie de la surface de la Terre est recouverte d'eau. La pénurie d'eau ne devrait donc pas être un problème si un moyen efficace et écologique de la dessaler peut être trouvé. (Ils disent que oui.) Et il y a aussi des développements dans la purification de l'eau qui permettent la réutilisation de l'eau sale. La production alimentaire peut être augmentée grâce aux plantes génétiquement modifiées, à la viande artificielle (issu de cellules souches) et à l'agriculture verticale (utilisant des techniques hydroponiques). L'alternative évidente à la combustion de combustibles fossiles comme source d'énergie pour l'industrie, les transports et les ménages est le soleil. Jusqu'à présent, un problème majeur était de savoir comment stocker l'électricité. Diamandis et Kotler disent que cela est en train d'être résolu. Une biomasse appropriée peut également fournir un substitut à l'huile minérale.


Pourtant, les choses ne se présentent pas bien. Les buts de l'activité économique sont le profit et l'accumulation. Toutes les autres valeurs doivent leur être sacrifiées. Le système de marché ne se soucie malheureusement pas du développement durable.


P.S. :
Voici le lien vers l'article de American Scientist : The Limits to Growth and the limits to computer modeling



Mise à jour au 03/09/2021 :

Apprenez que la version anglaise de Wikipedia sur World 3 comporte un chapitre qui comme par hasard ne figure pas dans la version française, c'est celui de la critique du programme, y compris par ses auteurs. Lisez-là bien et vous comprendrez pourquoi je la trouve brillante !

Lisez aussi cet article que j'ai rédigé en mai 2021 :

"Ces catastrophes qui n'ont pas eu lieu."


mercredi 23 mai 2012

Sun Tzu, AREVA et l’écologie




L'Art de la guerre de Sun Tzu, vous connaissez ?


C’est un livre de stratégie militaire écrit au 6ème siècle avant notre ère. Il est fort prisé de certains cadres en quête tardive de culture ou plus simplement de managers à la recherche de précieux conseils pour manipuler leurs troupes ; (Ce qui n'empêche pas des gens comme vous et moi de le lire ;-).

Parmi les doctes avis édictés par ce vieux général chinois, prince de la guerre psychologique, certains relèvent plus du bon sens que du génie. Il en est un tout de même que je trouve fort utile, le voici :

Chapitre 3 : La stratégie offensive
3.18. Je dis que si tu connais ton ennemi et si tu te connais, tu n’auras pas à craindre le résultat de cent batailles. Si tu te connais toi-même sans connaître ton ennemi tes chances de victoires et de défaites seront égales. Si tu ne connais ni ton ennemi ni toi-même tu perdras toutes les batailles.

C’est donc ce sage précepte que j’applique lorsque je consulte ce site réalisé par AREVA qui a pour nom "alternatives, parler autrement de l’énergie". AREVA y publie de belles revues en couleur sur l’énergie.

Vous pouvez les trouver sur cette page : http://www.alternatives.areva.com/fr/tous_les_numeros/1


AREVA prétend donc parler « autrement de l'énergie" et va même jusqu'à afficher l'avertissement suivant : "Les opinions exprimées dans le magazine ne reflètent pas nécessairement celles d'AREVA et n'engagent que leur auteur"

AREVA se donne par exemple le frisson en publiant un numéro sur la biomasse !

Lisez-le et faites-vous une idée en cliquant sur l'image ci-dessous.



Hommage du vice à la vertu ? Ou ingénierie sociale ? (Manipulation)

L’obsession des ardents promoteurs du nucléaires est de convaincre que leur énergie mortifère est propre, voire plus que propre. Il suffit pour s’en convaincre de prendre la mesure de leur dévotion éperdue envers la sainte croisade contre le CO2 ! Le réchauffement climatique relève presque de l’intervention divine pour l’industrie du nucléaire. Quel message diffuserait-elle pour convaincre de son prétendu miracle si le réchauffement climatique n’existait pas ? Vous êtes-vous déjà posé cette question ?

A les entendre parler, on a parfois l’impression d’être face à de sincères défenseurs de la planète (et peut-être le sont-ils hélas, "sincères"). Voilà pourquoi ils adorent mettre des éoliennes et des panneaux solaires dans leurs messages publicitaires. Ils se voient comme de preux défenseurs du climat et se sentent presque solidaires des écologistes.


Et vous savez quoi ?

Eh bien, ça marche ! La plupart des gens croient tout cela…

Auraient-ils appris à connaitre leur ennemi ? Ont-ils appris à parler l’écologiste sans peine ?

"L'art de la guerre, c'est de soumettre l'ennemi sans combat" a dit aussi Sun Tzu...


Bertrand Tièche


dimanche 20 mai 2012

La grenouille libérale, le veau d’or, l’opinion sincère, Platon et Darwin...

Sincérité n'est pas vérité...



(Petite fable sans morale à la fin, qui parle de la sincérité des opinions)


Voici un article biscornu de ma composition. Il débute par l’évocation d’une grenouille du libéralisme voulant se faire plus grosse que le veau d’or, fait une pause en Grèce en compagnie du fantôme de Platon et se termine curieusement avec Darwin et La Boétie. Quel programme !
Je vous invite à le lire, et surtout, à vous faire votre opinion !


Le cas pathologique d’un expert médiatique.

Médiapart et Arrêt sur image viennent d’évoquer dans deux excellents articles, le cas pathologique de Marc Fiorentino, l’un de ces experts financiers habitués à psalmodier les pseudos vérités du libéralisme sur nos médias.

Cet expert autoproclamé a joué pendant des mois le rôle du prophète de malheur, en prédisant pire que les dix plaies d’Egypte, si François hollande était élu ! Ce triste sir a psalmodié les mantras de la sainte église néolibérale sur nombre de plateaux télés. Tapez son nom dans la barre de recherche de Google e, vous allez vous régaler ! Sachez qu’il officie d’ordinaire surBFMTV (c’est tout dire).

Lisez par exemple cet article publié sur la Tribune le 6 février, dans lequel il prédisait que la France devrait s’humilier à genoux dans la City londonienne en cas de victoire de François Hollande. C’est un petit bijou que la Tribune à la gentillesse de garder sur son site (Cliquez sur l'image) :














Un esprit "télé-visionnaire"

Je vous propose également de découvrir ce bel esprit en visionnant ce grand ( ?) moment de télévision durant lequel il a glosé sur la couverture de l’édition du 31 mars 2012 du journal anglais « The Economist ».


Le fameux mensuel d’outre-manche assurait en effet que la France était dans le déni et que la foudre jupitérienne des marchés financier allait s’abattre sur notre malheureux pays si la gauche était portée au pouvoir suprême élyséen.

La seule parole sensée de l’intervention de M. Fiorentino, est sa comparaison de « The Economist », cette bible du néolibéralisme, avec « La Pravda » à l’époque où ce journal russe se faisait l’écho des « vérités » communistes de la défunte union soviétique (Pravda veut d’ailleurs dire vérité). Ces deux journaux ont en effet en commun de défendre une idéologie, critiquable…

























François Hollande a été élu. Quid des horreurs annoncées par M. Fiorentino et ses coreligionnaires ?

Les eaux de la Seine se sont-elles changées en sang ? Une pluie de sauterelles s’est-elle abattue ? Les rues ont-elles été envahies par les grenouilles ? Les traders assoiffés d’argent de la City ont-ils crié haro sur la France. Les sacro-saints marchés financiers se sont-ils abandonnés à l’ivresse de la vengeance ?

Voici ce qu’écrivait le Figaro au lendemain du « séisme » de l’élection de François Hollande :
« Le premier emprunt important de la France sur les marchés depuis l'élection de François Hollande était attendu avec une certaine appréhension. Mais au vu des résultats de ce mercredi, les inquiétudes au sujet d'une attaque spéculative contre la France s'avèrent infondées pour le moment. L'Agence France Trésor (AFT) a emprunté, mercredi, un peu plus de 9,1 milliards d'euros dans des conditions historiquement favorables. En particulier, l'AFT a émis 3,65 milliards d'euros à 5 ans au taux record de 1,72%, le plus bas niveau jamais enregistré depuis la création de l'euro. »





En résumé, la France n’a jamais emprunté à un taux aussi bas, et ce malgré la perte du triple A de janvier et l’élection de François Hollande par les Français !



Où je parle (enfin) de la grenouille et du veau d'or...


L’objet de mon article n’est pas de m’acharner sur M. Fiorentino, qui n’est que l’une des milliers de bonnes grenouilles qui coassent en cœur dans la mare des flux financiers, rêvant de se faire un jour plus grosse que le veau d’or.


Peu importe que des sanctions soient infligées à ce monsieur et à la société qu'il dirige, comme le retrait d’agrément décidé par l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP) ou les sanctions répétées de l’Autorité des Marchés financiers (AMF).



Peu importe, car nous pouvons être surs que nombre de médias continueront de lui dérouler le tapis rouge. Pourquoi devrait-il en être autrement ? Ce malheureux évangéliste du dieu argent ne fait que défendre avec ardeur et sincérité le dogme de l’idéologie dominante !
Vous aurez peu de chance de voir ou entendre l'un des 700 économistes signataires du manifeste des économistes atterrés ! Je vous recommande d'ailleurs la lecture dudit manifeste : http://atterres.org/sites/default/files/Manifeste%20sous%20PDF.pdf

Gageons de plus que le pauvre bougre était probablement sincère lorsqu’il voyait en cauchemar les Méphistos des Marchés financiers s’abattre sur une pauvre France sans défense.

Je suis assez vieux pour me souvenir du vent de panique qui avait balayé la France après la victoire de la gauche en 1981. Je me souviens de Corine Lepage qui elle aussi était sincère lorsqu’elle prévoyait l’arrivée des chars russes sur les champs Elysée dans les 15 jours qui suivraient l’élection de François Mitterrand. (Sa peur des rouges et des roses s’est fort heureusement apaisée depuis, puisqu’elle a soutenu François Hollande au second tour).


La sincérité, quel problème en vérité !

Ils sont sincères ces gens qui croient fermement que les immigrés volent le travail des Français et qui ne veulent pas faire le rapport ne serait-ce qu’une minute entre le chômage et les délocalisations. C’est tellement plus facile et surtout plus lâche, d’accuser un immigré sans défense, qu’un brillant ingénieur qui planifie sans état d’âme la délocalisation de son entreprise (pour ne pas parler des patrons voyous qui déménagent les usines la nuit).

Juste pour nourrir votre réflexion, jetez un œil sur cette invitation d’une soirée organisée par une association de Supélec sur le thème de la délocalisation, ou « après les problématiques stratégiques, méthodologiques et pratiques qui seront présentées, les questions sociales et sociétales voire morales, vous seront proposées pour un débat ». C’est édifiant !


Ils seront sincères ces jeunes ingénieurs de Supélec qui mettront au chômage des milliers d’employés !



La sincérité, une arme de conviction massive...

Ils sont également sincères tous nos concitoyens qui pensent que la France est endettée parce qu’elle a trop dépensée pour ses services publics. Ils sont souvent bien éduqués et se croient parfois mieux informés parce qu’ils regardent BFMTV au lieu de TF1.
Ils étaient sincères, nos parents ou grands-parents, qui pensaient dans les années 60 que le nucléaire était une idée géniale !

Ils étaient sincères aussi ceux qui prétendaient à la même époque que les colonies devaient rester françaises !

Ils étaient sincères encore ceux qui redoutaient que l’instauration des congés payés, de l’assurance maladie ou de la retraite ruinerait la France. En ces temps-là il y avait la sainte peur de l’Allemagne (A-t-elle vraiment disparue ?). A présent il y a le chiffon rouge de la Chine et dans les bonnes familles, on fait apprendre le chinois aux enfants comme on faisait apprendre l’allemand avant la guerre…

Ils étaient sincères hélas, ceux qui étaient contre l’abolition de l’esclavage, le vote des femmes, l’interdiction du travail des enfants, l’école publique obligatoire, la séparation de l’église et de l’état, les 35 heures, et j’en passe…



Sincérité n’est pas vérité.

La sincérité est parfois désarmante, car elle a souvent des accents de vérité. Qui est sincère est seulement honnête (ce qui est déjà bien), et ne dit pas pour autant la vérité. Mais voici qu’en écrivant le mot « vérité », soudain j’éprouve le besoin de marquer une pause dans ma réflexion.

Après quelques instants de pause, le fantôme de Platon débarque en toge derrière mon écran et, fronçant les sourcils, me donne à lire son Théétète dans lequel Socrate se moque cruellement de la théorie de Protagoras sur les opinions. Lisez avec moi les propos du malicieux Socrate :

« Rappelle-toi, par exemple, ce qui a été dit précédemment, que les aliments paraissent et sont amers au malade et qu’ils sont et paraissent le contraire à l’homme bien portant. Ni l’un ni l’autre ne doit être représenté [167a] comme plus sage — cela n’est même pas possible — et il ne faut pas non plus soutenir que le malade est ignorant, parce qu’il est dans cette opinion, ni que l’homme bien portant est sage, parce qu’il est dans l’opinion contraire. Ce qu’il faut, c’est faire passer le malade à un autre état, meilleur que le sien.
« De même, en ce qui concerne l’éducation, il faut faire passer les hommes d’un état à un état meilleur ; mais, tandis que le médecin le fait par des remèdes, le sophiste le fait par des discours. Jamais en effet on n’est parvenu à faire qu’un homme qui avait des opinions fausses ait ensuite des opinions vraies, puisqu'il n’est pas possible d’avoir des opinions sur ce qui n’est pas, ni d’autres impressions que celles que l’on éprouve, et celles-ci [167b] sont toujours vraies. Mais je crois que, lorsqu’un homme, par une mauvaise disposition d’âme, a des opinions en conformité avec cette disposition, en changeant cette disposition contre une bonne, on lui fait avoir des opinions différentes, conformes à sa disposition nouvelle, opinions que certains, par ignorance, qualifient de vraies. Moi, je conviens que les unes sont meilleures que les autres, mais plus vraies, non pas. Et quant aux sages, mon cher Socrate, je suis loin de les comparer aux grenouilles… »

Et puis voilà à présent Marc Aurèle (c'en est trop) qui me tend son manuel d’Epictète et me pointe de son doigt impérial cette phrase du maitre : 

« Face à quelqu'un qui te fait du tort par sa conduite ou ses propos, souviens-toi que s'il agit ainsi, c'est qu'il pense avoir raison. Il ne lui est pas possible de régler sa conduite sur ta façon de penser : c'est la sienne qui le guide, et, si elle est erronée, il se fait du tort à soi-même en demeurant dans son erreur. En effet, si une vérité complexe passe pour un mensonge, ce n'est pas la complexité qui est en faute, mais bien celui qui se trompe. En te fondant sur ce principe, tu garderas ton sang-froid face à ceux qui t'insultent : chaque fois, tu n'auras qu'à te dire : « C'est ce que lui pense » (XLII).



Opinions vraies, sincères, bonnes, mauvaises ou utiles ?

Tout devient plus compliqué, semble-t-il, lorsque l’on commence à se donner la peine de réfléchir à tout cela. Ainsi, nous devrions nous satisfaire d’opinions sincères, à défaut d’opinions vraies ? Ou bien peut-être rechercher les « bonnes » opinions et écarter les « mauvaises » ? Mais alors quels seraient les critères moraux différenciant les bonnes opinions des mauvaises ? Gageons qu’ils changeraient diablement selon les cultures !

Et pourquoi pas l’interprétation Darwinienne dans ce cas ? Les « bonnes » opinions seraient alors les opinions « utiles » à l’espèce. Je ne vous cache pas que cette solution me séduit. La théorie libérale se dissimule d’ailleurs parfois derrière une interprétation erronée du Darwinisme, celle de la loi du plus fort, excuse facile pour justifier une l’exploitation des « faibles ». Mais qu’en est-il du projet libéral magiquement guidé par la main invisible du marché ? Où cette mystique délirante du capitalisme est-elle en train de nous mener ? Exploitation des hommes ? Pillage des ressources ? Saccage de l’environnement ?

Combien de temps encore les prétendus « faibles » accepteront-ils de s’appauvrir toujours plus, pour assouvir l’addiction maladive à l’argent des présumés « forts » ?
Et en vérité, qui sont les forts et qui sont les assistés ? Qui a vraiment besoin de qui pour vivre ?



Une économie de prédateurs ? Ou une économie solidaire ?

Comment disait autrefois ce bon vieux Etienne de la Boétie « Soyez résolus de ne servir plus, et vous serez libres ! ».

Comment dit-on outre-Atlantique ? « We are the 99 percent ? »

Une prise de conscience ?

Faites-vous votre opinion avant qu’il ne soit trop tard, et soyez sincère avec vous même...

A suivre sur Transitio.
Wink


Bertrand Tièche